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La semaine de Jean-François Prevéraud

Le PLM 1.0 est mort, vive le PLM 2.0

Industrie et  Technologies
Dassault Systèmes nous a offert cette semaine une vision de ce que sera le PLM dans un avenir proche. Un outil 3D véritablement démocratique pouvant être mis entre les mains de tous, facilitant l'expression des besoins des consommateurs et leur prise en c


Le rêve de tout à chacun est de pouvoir façonner à son image les produits dont il se sert. Seulement tous les consommateurs ne sont pas des ingénieurs et la technicité grandissante des biens de consommation rend la chose toujours plus ardue. D'où la multiplication des modèles et des options chez nombre de fabricants. L'annonce de la sortie de près d'une trentaine de nouveaux modèles en 3 ans chez nos deux constructeurs automobiles nationaux en est l'illustration parfaite.

Pourtant cette offre pléthorique ne pourra, à mon sens, que renforcer les insatisfactions, car on ne va pas jusqu'au bout de la démarche en offrant du véritable "sur mesure". Qui n'a pas été frustré d'être obligé de prendre l'autoradio 4 voies avec chargeur 8 CD pour bénéficier des phares au Xénon qu'il jugeait indispensable au confort et à la sécurité de la conduite nocturne ? Les arcanes des niveaux d'équipement créés par les services marketing des constructeurs relèvent d'un mystère que le consommateur vit comme une obligation à toujours dépenser plus. Et il en va de même pour la téléphonie, l'électronique grand public, l'électroménager ou encore le mobilier. La seule solution serait alors d'inclure le consommateur final dans la boucle de conception de son propre produit. Utopique diront certains ! Peut-être pas tant que cela.

Tous concepteurs

Dassault Systèmes, zélateur de longue date du "3D pour tous", vient de faire cette semaine lors de DevCon, sa conférence destinée aux développeurs tiers travaillant sur sa plate-forme V5, un certain nombre d'annonce allant bien dans ce sens. Bernard Charlès, directeur général de l'éditeur de Suresnes, a ainsi présenté 3DVia, une nouvelle marque, qui trouve sa place aux côtés de Catia, Enovia, Delmia, Simulia et SolidWorks.

« Imaginez un monde où nous pourrions tous profiter de la puissance de la 3D, où nous pourrions créer, partager et vivre des expériences en ligne en 3D et où nous pourrions mettre nos efforts en commun pour améliorer les espaces de vie et les produits que nous utilisons au quotidien. Nous allons avec nos partenaires développer 3DVia pour ouvrir la voie dans ce domaine et permettre à toute personne disposant d'un ordinateur et d'une connexion Internet, d'utiliser des services en ligne en 3D innovant et conviviaux », promet Bernard Charlès.

De fait, il s'agit d'établir à travers cette nouvelle marque la 3D comme un média à part entière pour les communautés d'utilisateurs, tant professionnels que grand public. Elle permettra à tous d'imaginer, de faire vivre et d'expérimenter en 3D de futurs produits ou services de la vie quotidienne. Après avoir été mis au point dans le monde virtuel, ces produits et services pourront être lancés dans le monde réel.

« Pourquoi limiter le 3D au seul temps de la conception ? C'est un média très riche, accessible au plus grand nombre. Il faut l'utiliser pour permettre au consommateur d'influer sur le cycle de développement des biens de consommation et des services, en le faisant essayer ces offres de manière virtuelle avant d'acheter et en lui donnant le moyen d'exprimer concrètement ses griefs et ses idées ».

Aller au-delà de la visualisation

Ce partage d'expérience 3D est déjà connu, notamment depuis l'acquisition de Virtools par Dassault Système il y a juste deux ans. Mais là il s'agit d'aller plus loin en donnant à l'utilisateur la possibilité de créer ou de modifier des objets en 3D. A la manière de SketchUp dans Google, 3Dvia est doté d'un modeleur permettant la création ou la modification rapide de modèles 3D relativement complexes. « 3DVia Shape est un modeleur hybride avec solveur variationel utilisant des textures procédurales, ce qui permet les modifications à posteriori, tout en proposant un format très compact », explique Florence Hu-Aubigny, vice-président R&D en charge du projet. 3DVia Shape sera l'un des services proposés sur le site. Parmi les autres services offerts on trouvera 3DVia PrintScreen, un outil de sauvegarde à des fins de partage de scènes ou d'objets 3D, indépendant du logiciel auteur, dont les "sorties 3D compressées" seront lisibles à l'aide du viewer gratuit 3D XML Player.

La plate-forme 3DVia va aussi accueillir des services professionnels tels SupplierSource. Il s'agit d'une communauté en ligne qui permet aux concepteurs et aux fournisseurs de dialoguer plus facilement en ligne autour du 3D. Le service est accessible sur le site http://www.suppliersource.3dvia.com. Et là on entre dans le monde du business où tous les services ne seront pas gratuits, puisque les fournisseurs auront un niveau de visibilité dépendant du package (Base ou Premiun) qu'ils auront choisi.

Cette plate-forme 3DVia entend aussi fédérer un certain nombre de partenaires. Ainsi Dassault Systèmes et Microsoft ont annoncé l'extension de leur partenariat concernant Virtual Earth, et deux nouveaux partenaires arrivent sur cette plate-forme : RealViz et Allegorithmic. Ces derniers vont contribuer à l'amélioration du réalisme des environnements 3D en proposant respectivement des fonds 3D reconstitués à partir de photos et des textures procédurales réalistes. Concernant l'extension de l'accord avec Microsoft, Bernard Charlès remarquait : « Le monde n'est pas plat, l'ajout de nos compétences 3D dans Virtual Earth va permettre de recréer un monde réaliste totalement numérique, dans lequel clients et fabricants vont pouvoir tester de manière réaliste des produits virtuels de façon à en améliorer l'usage, bien avant qu'ils ne se transforment en produits réels ».

Vers un marketing 3D

Et ce mouvement va aller en s'accélérant. Ainsi ce matin, moins de 48 heures après l'annonce officielle de 3DVia, Dassault Systèmes nous a présenté 3dswym (See What You Mean), une joint venture avec le groupe Publicis. L'objectif étant de développer une plate-forme collaborative permettant aux responsables marketing des grandes marques, de la grande distribution et aux consommateurs de développer, ensemble, des produits et des concepts de point de vente, en faisant appel aux technologies 3D en ligne.

En effet, tant Bernard Charlès que Maurice Lévy, président du directoire de Publicis, sont intimement convaincu qu'il faut impliquer le consommateur très en amont dans le cycle de développement des produits grand public et de leurs lieux de vente, pour aboutir à une co-génération de produit et de services. « 3dswym permettra une rencontre autour du 3D des imaginations de l'ensemble des acteurs de la chaîne. C'est un changement radical pour le marketing, mais cela devrait améliorer sensiblement les chances de succès des nouveaux produits et donner ainsi un avantage compétitif réel aux marques qui y auront recourt », estime Maurice Lévy.

La démonstration proposée sur le site http://www.3dswym.com est très parlante. Il s'agit d'un pot de yaourt. Vous pouvez jouer en 3D sur la forme, la taille, l'habillage, les marquages et la couleur du pot. Vous pouvez ensuite en tester l'attrait dans la vitrine réfrigérée d'un supermarché et modifier à votre goût, toujours en 3D, la zone du rayon où il se trouve pour en renforcer le pouvoir de séduction. Enfin, lorsque vous l'aurez acheté (virtuellement) vous pourrez aller le chercher dans votre frigidaire et l'ouvrir sur la tablette de votre cuisine américaine (frigo et cuisine que vous aurez modélisés en 3D à l'aide de 3DVia Shape) avant de le savourer.

Cela illustre le parcours-consommateur d'un produit, depuis sa création, avec sa présentation, son packaging, sa mise en place dans le point de vente, jusqu'à son utilisation finale à domicile. Le développement des produits deviendra ainsi plus précis et plus rapide, tout en pouvant répondre à des besoins particuliers très ciblés.

« Nous entrons dans l'ère où le pouvoir va au consommateur. La théorie traditionnelle d'Adam Smith sur "l'offre et la demande" est renversée. Dans le nouveau monde de la "demande et de l'offre", les consommateurs seront de plus en plus impliqués tout au long de la chaîne de l'innovation. Le marketing du futur dépendra en partie de la création d'expériences virtuelles en 3D qui permettront d'imaginer, de transformer et de créer un magasin, un produit ou un emballage. 3dswym est l'illustration d'une nouvelle génération d'innovations marketing issues de la collaboration entre des experts mondiaux de la technologie 3D et des spécialistes de la connaissance du consommateur et de ses besoins. Sans exagérer, on pourra dire qu'il existera un avant et un après 3dswym dans le marketing des produits et services de grande consommation et dans la distribution », promet Maurice Lévy.

Continuer à développer le PLM "Classic"

Cette arrivée tonitruante du "3D grand public" dans la gamme de Dassault Systèmes ne lui fait toutefois pas oublier ses racines industrielles. « Nous resterons un acteur majeur du PLM "traditionnel" et nous allons poursuivre nos investissements massifs autour de Catia, Delmia, Simulia et Enovia. La mise en place progressive de l'architecture SOA devrait en faire de véritables "killers" sur le marché », rassure Dominique Florack, directeur général adjoint de Dassault Systèmes, en charge des produits et de la R&D. « Nous sommes simplement entrain d'ajouter au PLM les moyens permettant aux industriels d'offrir des produits et des services qui répondent mieux aux attentes des consommateurs. N'oublions pas que le monde virtuel n'est intéressant que s'il est utile dans le monde réel ».

Et de fait, Dassault Systèmes entend bien profiter, réellement cette fois, de ce qu'il espère voir devenir une notoriété "grand public". Celle-ci devrait en effet renforcer l'image de marque de l'éditeur de Suresnes chez les industriels et y conforter ses ventes.

Toujours est-il que cette multitude d'annonces, qui tendent à développer la place des clients finaux dans le développement de produits nouveaux innovants, marque à mon sens une inflexion importante dans la courbe de développement du PLM. A l'instar de ce qui ce passe actuellement pour le Web, nous venons d'ouvrir cette semaine la porte d'un nouveau monde. Nous allons tous devenir les concepteurs des produits que nous achetons.

Le PLM 1.0 est mort, vive le PLM 2.0.

A la semaine prochaine.

Pour en savoir plus : http://www.3dvia.com & http://www.3dswym.com

Jean-François Prevéraud, journaliste à Industrie & Technologies et l'Usine Nouvelle, suit depuis plus de 25 ans l'informatique industrielle et plus particulièrement les applications destinées au monde de la conception (CFAO, GDT, Calcul/Simulation, PLM...). Il a été à l'origine de la lettre bimensuelle Systèmes d'Informations Technologiques, qui a été intégrée à cette lettre Web hebdomadaire, dont il est maintenant le rédacteur en chef.

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