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Le photovoltaïque, oui c’est possible !

Industrie et Technologies
Paris, 7 – 11 juin. A la 19éme conférence exposition sur le photovoltaïque solaire, tous les aspects de ce mode de production d’énergie ont été abordés : politique, technologique, industriel. Passionnants d&#

Plus de 200 exposants venus du monde entier exposer des cellules, des panneaux solaires, des baies électroniques pour la connexion au réseau, des moyens de production, de l’ingénierie pour construire des usines de cellules photovoltaïques etc. Au milieu de cela 12 exposants français. En comptant très large… Mais que venait donc faire la 19ème conférence exposition européenne sur le photovoltaïque dans un pays qui ne croit pas à cette énergie ?

Il fallait entendre les discussions animées autour des posters, voir certaines salles combles d’auditeurs, constater la fréquentation des stands des exposants pour sentir à quel point cette industrie est passionnante !

Le photovoltaïque n’est décidément plus une curiosité de laboratoire. Usines de production robotisées, installations de plusieurs centaines de kilowatts… les réalisations n’ont rien à voir avec de doux rêves d’écolos entourés de chèvres. Ici on parlait affaires, et technologies aussi car il reste de nombreux sujets de progrès : rendements des cellules, des panneaux, de la production, connexion au réseau etc.

Le Japon et l'Allemagne en tête

On parlait aussi de bien d’autres choses. Un responsable allemand déclarait il y a quelques jours lors d’une conférence sur l’énergie à Bonn, que l’on ne se battrait jamais pour les énergies renouvelables. En filigrane de ces débats, il était donc question de développement durable (moins de pollution), stabilité mondiale, développement réel des pays et satisfaction des besoins primaires en eau saine (moins de maladies) en soins (réfrigérateurs pour vaccins) en éducation (no more moonshine schools).

Isao Yukawa, Managing Executive Officer de Kyocera, président du Solar Group, qualifiait même le photovoltaïque de “piece of peace“ et disait que c’était une tâche merveilleuse de travailler à une Terre en paix durablement.

Pour les pays développés comme l’Europe, les partisans de cette énergie avancent également les avantages environnementaux (moindre pollution), mais aussi les retombées économiques locales : usines de production, réseaux d’installateurs et artisans assurant la maintenance représenteront un nombre d’emplois important.

Est-ce vraiment un hasard si les deux pays en tête dans le monde pour la puissance installée et l’effort de développement sont le Japon et l’Allemagne ?

En 2003 l’Allemagne disposait de 400 MW installés (562 pour toute l’Europe dont 170 installés en 2003 !), d’une capacité de production de cellules de 110 MW et de modules de 80 MW.

Pour le Japon, les chiffres sont respectivement de 860 MW, 365 et 400 ! Et le courant produit n’est plus seulement réservé aux applications isolées, mais on constate depuis cinq ans la montée inexorable de la connexion au réseau.

Pour d’autres raisons bien compréhensibles, la Chine, avec ses besoins énergétiques gigantesques est sur leurs talons ! La surface d’expostion occupée par les 30  (trente !) exposants chinois révélait leur technicité et leurs ambitions.

50% pour les énergies renouvelables en 2040 ?

On parlait aussi politique ! Que réclame aujourd’hui l’industrie mondiale du photovoltaïque ? Un cadre politique cohérent, législatif clair qui soient stables dans la durée. Décidément le marché ne se crée que par la volonté politique et c’est un soutien politique et non des subventions que les industriels réclament.

EREC European Renewable Energy Council (organisation qui chapeaute les industriels, les commerçants et chercheurs actifs dans les énergies renouvelables) a édité une plaquette sur ses objectifs intitulée : 20 % by 2020 ! dans lequel sont avancés à la fois les avantages économiques et les économies de pollution (donc tous les frais et les atteintes à la santé inhérents) tirés des énergies renouvelables.

Un document complété par un scénario pour 2040 qui expose tout simplement qu’il est possible de produire à partir des énergies renouvelables la moitié des besoins de la planète en 2040. «Un scénario seulement et pas des prévisions encore moins des prédictions» comme l’a précisé Christine Lins d’Erec, qui précisait que «dans la situation énergétique et environnementale actuelle on ne pouvait pas en rester là et que le développement ne pouvait pas être business as usual.'

Quant aux objections des partisans du nucléaire et des énergies fossiles qui mettent en avant le prix du kilowattheure, les partisans du renouvelable répondent que ce n’est pas la bonne question.

Lors de la session réservée à la comparaison des programmes nationaux européens en matière de photovoltaïque raccordé au réseau, la performance de la France s’apparentait à un Waterloo.

Hans Josef Fell président d’Eurosolar Allemagne et membre du parlement a été très clair à propos des conditions de marché les plus favorables : «la politique de prix imposé de rachat de l’énergie est la seule qui fonctionne, comparée aux quotas de production ou à la certification. On ne peut créer un marché que si l’investissement est rentable.» Et il cite, concernant l’éolien le succès de l’Allemagne et de l’Espagne et l’échec en Grande Bretagne et en Italie qui avaient choisi les quotas (on ne parle même pas de la France...).

Cette politique de prix est modulable en fonction des puissances installées et s’accompagne de dégressivité au fil des ans. Ainsi, il n’y a pas à se fourvoyer dans des subventions ou des modulations de TVA, toujours délicates à manier et qui réclament l’approbation au niveau européen. C’est comme cela que se sont déroulés les programmes 1000 toits solaires en 1990 et 100 000 toits (1998-2003). Winfried Hoffmann de RWE Schott Solar et président de l’EPIA ajoute «qu’il faut généraliser à toute l’Europe le système de prix de rachat. L’Allemagne ne fera pas tout toute seule en Europe».

Une nouvelle chance pour la France

L’Italie a une politique à la fois nationale et régionale, certaines régions faisant des abondements aux projets. La puissance installée en 2000 était de 19 MW et ce pays vise 50 en 2005, date à laquelle sera mise en place une politique de prix de rachat.

La Grande Bretagne s’est lancée dans des programmes pilotes de démonstration divisés en petites installations et en collectif et non domestique avec pour objectif environ 10 MW installés globalement. Buts de l’opération : installer un marché, accroître l’information dans le public, réduire les coûts des systèmes. Si le pays n’est pas très porté sur l’utilisation du photovoltaïque, il n’hésite pas à accueillir des producteurs comme récemment Sharp, sans parler de BP Solar.

L’Espagne a elle aussi un programme conséquent. En 2003 le nombre d’installations a été multiplié par 5 par rapport à 2000 et l’on atteint 27 MW installés. Début 2004 un décret royal a fixé les prix de rachat de l’électricité. Le pays accueille aussi des producteurs : capacité de production de panneaux solaires de 97,5 MW en 2003.

La France frise les 22 MW installés fin 2003 (importance des sites isolés et dans les DOM-TOM). Mais la politique française n’est vraiment pas favorable à cette énergie. Il fallait tout le sérieux de Jean Louis Bal (Ademe) pour annoncer le chiffre des dossiers en attente (plus de 1000 pour une puissance de 6 MW) de raccordement au réseau devant une salle qui retenait son rire.

Cette politique se sent sur les capacités de production (Photowatt environ 17 MW, capitaux canadiens) et l’activité industrielle en générale très faible malgré les efforts d’un Total Energie ou d’Imeris (filiale d’un groupe américain) producteur de tuiles qui propose des modules de toit (fabriqués par Total Energie). A saluer le démarrage d’Emix, jeune société qui se lance dans la coulée continue de lingots de silicium directement débitables en tranches.

En fait c’est toute une infrastructure qu’il faut mettre en place si l’on veut équiper un pays. Sans parler de production de cellules ou de panneau, ce sont des réseaux de vente, des bureaux d’études, la formation d’installateurs qu’il faut mettre en place. Et cela ne se crée pas un jour ni une année, sans parler de l’éveil du public à cette technologie.

Si la France a raté le silicium, peut-être sera-t-elle au rendez-vous de la technologie suivante, moins chère, mais à un horizon de dix ans. Pour ce saut technologique, EdF Recherche et le CNRS ont créé fin 2003 un laboratoire mixte (Chatou, 25 personnes budget 5 M€ sur 18 mois) sur la technologie Cisel Cuivre Indium Sélénium électrodéposé . Tout est dans le dernier terme ! En réalisant un dépôt mince (4 µm) par électrolyse, méthode rustique par rapport à la technologie silicium, le coût de production est abaissé.

Outre le développement du procédé, il faut ensuite assurer le développement des modules, et réaliser un développement industriel complet. On ne peut que souhaiter le succès de l’entreprise. Mais en regardant d’autres secteurs on s’aperçoit qu’un développement technologique n’est assuré que si une industrie nationale forte vient le faire fructifier.

 Il reste du pain sur la planche !

Christian Guyard

Pour en savoir plus
- Organisation de la 19 ème conférence www.wip-munich.de
- Photovoltaic Power Systems www.iea-pvps.org et www.task2.org
- Erec www.erec-renewables.org
- Epia European Photovoltaic Industry Association www.epia.org

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