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Le paradoxe de la recherche

PAUL WAGNER, DIRECTEUR DE LA RÉDACTION

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Inquiets de voir amputer le budget de la recherche française, les chercheurs n'hésitent pas à quitter leurs laboratoires pour manifester dans la rue. Ils n'ignorent certes pas que la situation économique reste préoccupante ; et ils ont noté que le gouvernement vient de revoir à la baisse la réduction budgétaire qui les frappe. Mais leur inquiétude demeure.

Il leur est facile de noter les contradictions de nos édiles. Au moment même où le gouvernement affirme viser un objectif ambitieux - qu'à moyen terme l'effort de recherche atteigne 3 % du PIB français alors qu'il plafonne à 2 % -, il pénalise la recherche publique. Au moment où il constate une relative désaffection de nos jeunes pour les filières scientifiques, il réduit de facto le nombre de doctorants dans les laboratoires.

Personne n'ignore pourtant que la recherche - ''sur laquelle repose notre avenir'', comme chacun se plaît à le répéter -, ne peut être évaluée que sur le long terme. Les résultats obtenus par les chercheurs, au-delà de la reconnaissance de leurs pairs, ne se font sentir, en matière de transfert technologique, que longtemps après leurs travaux. Il faut vingt ans, et souvent plus, pour qu'une découverte aboutisse à des innovations.

Le laser, auquel nous consacrons un dossier qui fait le point sur ses toutes dernières applications (p. 46), en fournit un magnifique exemple.

Son origine remonte aux travaux qu'Albert Einstein consacra en 1917 à l'émission stimulée de rayonnement par la matière, puis à la théorie du pompage optique d'Alfred Kastler, qui permettait d'envisager cette stimulation (1950), et qui fut couronnée par le prix Nobel en 1966. C'est en 1954 que les Américains Schawlow et Townes mirent au point l'amplificateur maser, ancêtre du laser, mais dans le domaine des ondes courtes.

Le grand bond technologique eut lieu en 1960 quand Theodore Maiman, ingénieur aux Hughes Research Laboratories, fit jaillir le premier rayonnement de lumière cohérente d'un cristal de rubis à l'aide de simples ampoules de lampes flash, et alors même qu'aucun théoricien ne croyait la chose possible. Puis vinrent les applications, innombrables, en mesure, en découpe, en chirurgie, en électronique, en hi-fi, dans les télécoms...

Et personne n'a pu prévoir ces développements. Toute la difficulté d'évaluer l'intérêt d'une recherche réside dans ce paradoxe. Un avantage et un inconvénient pour les chercheurs ; un éternel problème pour les politiques. -

« Ses applications sont imprévisibles... »

p.wagner@industrie-technologies.com

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