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Le numérique protège les sites industriels

Éliane Kan / T.C.A. (TechnoChroniqueurs Associés)
Le numérique protège les sites industriels

Souvent considérée comme intrusive, la lecture de l'iris présente une grande fiabilité.

© D.R.

Les industriels sécurisent leurs sites en les entourant d'un cordon de protection virtuel. Au menu : lecteurs de contrôle d'accès et caméras de vidéosurveillance.

Robinets, calculateurs, paires de chaussures, câbles électriques... aucun bien manufacturé n'est aujourd'hui à l'abri d'un détournement interne à des fins de revente. « Comme dans la grande distribution, les industriels souhaitent lutter contre la démarque inconnue », soulève Franck Anicic, directeur technique de la société VAE (Vidéo, alarme électronique), installateur, entre autres, pour Peugeot et Vuitton. Le célèbre fabricant de malles et de sacs n'avait pas attendu ce phénomène pour prévenir les vols internes ou les tentatives d'intrusion. À distance, le responsable sécurité peut faire des levers de doute sur des images prises en temps réel par des caméras vidéo disséminées dans des sites distants. De quoi faire rêver la plupart des responsables sécurité...

Pour autant, bien des progrès ont été accomplis. La majorité des sites industriels est équipée d'un système de contrôle d'accès. C'est du moins ce qu'indique le premier baromètre européen de la sécurité électronique réalisé par le cabinet Concomitance pour le compte de Gunnebo, un spécialiste des équipements de sécurité. Lequel classe, par ordre d'importance, les systèmes les plus répandus dans les entreprises : d'abord les systèmes de détection d'intrusion, puis le contrôle d'accès, ensuite la vidéosurveillance.

Le couplage du contrôle se généralise

En France, les entreprises sont généralement mieux équipées en systèmes de surveillance électronique des accès que leurs voisines européennes. Le marché, qui pesait 765 millions d'euros en 2006, est d'ailleurs en progression de près de 3 %. De plus en plus d'entreprises sautent le pas, parfois sous la pression de leurs donneurs d'ordres ou de leurs assureurs qui veulent limiter les risques. « La demande des industriels s'oriente aussi vers un doublement du contrôle en sortie, afin de limiter les vols, et vers un renforcement des équipements au moyen de caméras vidéo fixées près des fenêtres de bureaux ou d'ateliers ainsi qu'aux alentours des entrepôts », résume Alain Villard, président d'Axiom, une PME qui développe des logiciels et cartes électroniques pour le contrôle d'accès.

Autre tendance forte, le couplage du contrôle d'accès avec des applications de gestion des temps pour faciliter la production de la paie. Et avec des fonctions domotiques afin de réduire la consommation énergétique du bâtiment. C'est du moins ce qu'observe Benoît Dissaux, chef produit électromécanique chez Dény Fontaine qui fabrique des systèmes de fermeture et du matériel de contrôle d'accès.

Sur le plan technologique, les lecteurs poursuivent leur migration vers le protocole Mifare qui fait grimper la fréquence des badges sans contact de 125 kHz - qui sont de loin les plus répandus - à 13,56 MHz. Grâce à cela, ces supports électroniques vont passer d'une fonction "lecture simple" à de la "lecture/écriture", sachant que le passage au 13,56 MHz confère plus de mémoire, plus de sécurité et un plus grand débit de transmission. D'où la généralisation annoncée des badges multifonctions qui ajoutent à la simple identification du salarié d'autres applications, telles la monétique ou la gestion du temps. Philippe Anquetin, directeur commercial de Nedap, un fabricant finlandais de contrôle d'accès, met toutefois en garde contre les failles de sécurité découvertes au niveau de ce protocole : « Le badge Mifare reste toujours plus sûr qu'un équipement à codes-barres. En revanche, il pose problème dès qu'il intègre des fonctions monétiques. » Cette difficulté sera néanmoins contournée avec des lecteurs mixtes (125 kHz et 13,56 MHz) ou intégrant des systèmes d'identification biométrique.

La biométrie poursuit sa croissance

Longtemps cantonnées à la protection des espaces sensibles, comme les salles informatiques, les technologies biométriques gagnent du terrain. Notamment auprès des entreprises qui ne veulent plus avoir à gérer des badges de contrôle d'accès. En 2006, le salon APS (Alarme Protection Sécurité) présentait le classement suivant des systèmes biométriques : l'empreinte digitale (48 %), la morphologie faciale (12 %), la géométrie de la main (11 %), l'iris (9 %), la reconnaissance vocale (6 %) et autres (1 %).

Parmi les dernières technologies disponibles, la lecture du réseau vasculaire du doigt a fait son entrée dans le contrôle d'accès. Point faible, le peu de retours d'expérience disponibles, souligne Pascal Lentes, gérant d'Abiova, un distributeur de biométrie. Ce dernier estime que la lecture de l'iris est très fiable, mais elle est considérée comme intrusive par les salariés. « Quant à la reconnaissance du visage, son taux de rejet par l'ordinateur est relativement élevé. Idem pour l'empreinte du doigt, notamment lorsque sa surface est maculée. » Autant d'arguments qui jouent en faveur des lecteurs biométriques de la forme de la main, dont les ventes connaissent une croissance annuelle à deux chiffres.

Même succès, dans un autre registre, pour la vidéosurveillance. Si la technologie existe depuis une trentaine d'années, elle n'en connaît pas moins une croissance de ses ventes supérieure à 10 %. La demande relative aux installations électroniques de vidéosurveillance répond à plusieurs besoins : le filtrage des entrées et sorties du site ainsi que la surveillance des entrepôts et des process de production.

« Dans ce dernier cas, il s'agit de repérer au plus vite des accidents ou tout incident qui pourrait enrayer la bonne marche de la production », souligne Pierre-François Verbecque, en charge de la clientèle Grands comptes chez Sony. Le fabricant nippon voit en rose l'avenir des caméras de vidéosurveillance sur réseau IP (Internet Protocol) qui connaissent déjà une progression annuelle atteignant 40 %. « D'ici à deux ou trois ans, ces dernières constitueront 75 % de la demande. Contre 25 % aujourd'hui », pronostique Mathieu Lesieur, chef de produit vidéosurveillance chez Sony.

Acheminer les images sans câble

Face aux caméras analogiques, les caméras numériques multiplient les atouts, compensant ainsi des prix encore élevés. Premier avantage, la simplicité d'installation. Dans les nouveaux bâtiments équipés d'un câblage informatique, les nouvelles caméras se branchent via leur prise RJ45. Ce qui évite d'avoir à tirer des câbles vidéo spécifiques. De quoi gagner 20 % sur le coût d'un budget de vidéotélésurveillance. À condition toutefois de bien calculer la capacité du réseau informatique.

Quant aux bâtiments existants déjà équipés de liaisons radio sans fil de type Wi-Fi ou de bornes Wimax, ils pourront acheminer leurs images, sans tirer un seul mètre de câble. Dès lors, à l'aide d'un simple navigateur Internet, le responsable sécurité accède depuis un micro-ordinateur aux images filmées en local ou à distance.

Mieux, grâce à une application dédiée, la caméra va automatiquement déclencher des fermetures de porte en cas de détection d'intrus. Ou encore passer le relais à sa voisine pour suivre un intrus, au travers des locaux ou sur le site. Une fonction disponible sur les caméras à intelligence embarquée qui viennent en appui au logiciel de vidéosurveillance. Certes, deux fois plus chers que les caméras analogiques, ces produits savent donner l'alerte en cas de disparition ou de détection d'objet, repérer des individus en mouvement en les distinguant de toutes les autres formes en mouvement (comme le feuillage d'un arbre). Les alarmes sont alors dirigées vers le logiciel de surveillance électronique, mais aussi vers les enregistreurs.

Dans ce domaine, ces derniers gagnent en ergonomie et en capacité de stockage. Certains vont même jusqu'à intégrer un logiciel de reconnaissance du visage pour faciliter les recherches. Ce dernier point est d'autant plus intéressant que de nouvelles caméras dites mégapixels débarquent sur le marché. Certaines affichent une résolution atteignant 5 millions de pixels. Avec une telle qualité, le responsable sécurité va pouvoir zoomer très rapidement dans l'image pour lire une plaque minéralogique ou identifier un individu. Surtout, en équipant une caméra mégapixel d'un objectif grand angle, l'entreprise peut réduire le nombre de caméras sans perdre de vue les éventuels intrus.

L'ESSENTIEL

- Le contrôle d'accès tend à se combiner avec la gestion des temps - Les technologies biométriques gagnent du terrain - Le numérique s'impose dans la vidéosur<<

BIOMÉTRIE ATTENTION À BIEN SUIVRE LES PROCÉDURES

- En France, l'utilisation de systèmes biométriques à des fins de contrôle d'accès est très encadrée et reste majoritairement soumise à demande d'autorisation préalable auprès de la Cnil (Commission nationale informatique et libertés). Deux exceptions à cette règle. La première concerne la lecture de la forme de la main à des fins de surveillances des accès et du contrôle des horaires. Sa mise en oeuvre fait l'objet d'une simple déclaration de conformité en ligne, sur le site de la Cnil. Idem pour la reconnaissance d'empreinte digitale. Laquelle n'est applicable qu'au contrôle d'accès (et non au contrôle horaire) et sous réserve que les données de l'empreinte soient stockées sur un support individuel (carte à puce, clé USB, etc.). Dans tous les cas, l'installation de systèmes biométriques doit faire l'objet d'une déclaration auprès du comité d'entreprise ou des délégués du personnel. Le non-respect de ces formalités auprès de la Cnil est passible de cinq ans d'emprisonnement et de 300 000 euros d'amende.

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