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Le numérique pour l'affichage couleur (très) grand format

Thierry Mahé

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Les encres numériques sont en passe de révolutionner l'affichage public et, par là même, le métier des afficheurs.

L'affichage dynamique très grand format - au-delà d'une dizaine de mètres carrés - échappe à la flambée des technologies de visualisation numériques propres à l'ordinateur et à la télévision. En effet, les écrans à cristaux liquides rétroéclairés (LCD) excèdent difficilement 2 m2. Ce sont des équipements fragiles, d'une médiocre durée de vie, mal adaptés aux conditions en plein air sur des lieux publics où l'ensoleillement, très variable, perturbe voire obère la lecture. Aussi, la seule technologie pratiquée - et qui va perdurer - est à ce jour celle des écrans à Led (diodes électroluminescentes). Étant purement émissive, elle s'affranchit en partie des conditions d'éclairage. Revers de la médaille, elle est coûteuse en consommation électrique et, qui plus est, chère à l'achat. En revanche, cette technologie a ouvert la voie, chez les grands afficheurs publicitaires, à la logistique du téléchargement numérique de contenu. Soit les panneaux sont connectés en réseau, soit un agent transmet l'image grâce à une technologie sans fil, type Bluetooth.

À base de cristaux liquides cholestériques

Mais, dans le grand format, la technologie qui monte est assurément "l'encre numérique". Cette dernière a d'abord été développée pour des applications type e-book (livre électronique) par le Massachusetts Institute of Technology de Boston (e-ink) ou Rank Xerox (Gyricon). Mais ce sont des procédés noir et blanc, inappropriés à l'affichage public. D'où le succès foudroyant de la start-up Magink qui, elle, maîtrise la couleur. Au dernier Cebit de Hanovre, la firme israélienne s'est trouvé un challenger de poids : Fujitsu. Ce dernier présentait en effet le prototype format A4 d'un afficheur couleur, l'e-paper, lui aussi à encre numérique, et lui aussi candidat au grand format.

L'encre numérique est le terme grand public qui désigne la technologie des cristaux liquides cholestériques. Ces derniers ont été découverts au xixe siècle dans des substances naturelles dérivées du cholestérol, et sont à l'origine de certains coloris d'écailles ou de carapaces. En fonction de la température ou d'une tension électrique, les longues molécules en pas de vis qui les constituent polarisent différemment la lumière reflétée, et offrent un changement de couleur - qui ne doit donc rien à la pigmentation. L'immense atout des cristaux liquides cholestériques est d'être bistables. Une impulsion suffit à déclencher le changement de couleur, qui persiste après que la tension a disparu. D'où une très basse consommation électrique.

Encore fallait-il améliorer leur taux de réflexion - qui est naturellement bas - et agencer sur une même surface trois types de cristaux afin de recomposer le spectre lumineux. C'est la prouesse qu'a réalisé Magink avec son procédé Digital Inkâ, apte à transformer presque toute surface, de n'importe quelle taille, en un système numérique "full color".

La start-up israélienne, fondée en 2000 par Ran Poliakine, est présente aux États-Unis et au Royaume-Uni. Mitsubishi Electric fabrique d'ores et déjà des écrans de 3 x 6 m (10 x 20 pieds) grâce à son procédé. Le même procédé que JCDecaux vient d'étrenner à l'occasion du Festival de Cannes (voir encadré).

Jacques Le Gars, qui dirige le département des nouvelles technologies de JCDecaux explique : « Pour des écrans au-delà de 8 m2, l'encre numérique va concurrencer les Led car elle sera, à terme, 3 à 4 fois moins chère. Magink a pris une sérieuse longueur d'avance dans le rendu des couleurs, déjà excellent. Les écrans de 8 m2 que nous testons offrent une définition, largement suffisante, de 360 colonnes de 252 points. »

L'ENCRE NUMÉRIQUE FAIT SON CINÉMA À CANNES

Le français JCDecaux, grand spécialiste du mobilier urbain, est aussi le numéro 1 européen de l'affichage grand format. Logique qu'il ait étrenné, dans ce domaine, la technologie d'encre numérique de la firme Magink. Trois écrans de 18 m2 sont installés à Cannes, depuis le dernier Festival du cinéma, à proximité immédiate du Palais des festivals. Ils diffusent un contenu qui associe actualités locales et annonces publicitaires. Ce sont des images fixes, mais aussi animées. Ces dernières demeureront d'un usage exceptionnel, en raison du caractère accidentogène de la vidéo en ville.

EN BREF

Les atouts - Excellente luminosité par grand soleil, sous tous les angles - Très faible consommation électrique - 4 fois moins cher, à terme, que l'affichage à Led - Durée de vie satisfaisante Les freins - "Remonte" beaucoup de blanc : noirs imparfaits et couleurs pastel - Technologie émergente, entre les mains de peu d'acteurs, peu de retour d'expérience

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