Nous suivre Industrie Techno

Le numérique change tout

Youssef Belgnaoui

Sujets relatifs :

,
- Les systèmes de vidéosurveillance numériques apportent une grande facilité d'installation ainsi qu'une formidable souplesse d'exploitation, de traitement et de sauvegarde des images.

La révolution numérique est en marche. Elle va progressivement remodeler l'architecture des réseaux de vidéosurveillance et modifier les modes opératoires des entreprises. « La vidéosurveillance numérique est le point de convergence de la vidéosurveillance classique, du traitement numérique d'images et de la communication », résume Jérôme Wischerop, directeur sécurité et incendie chez Johnson Controls. Les solutions de vidéosurveillance s'appuient sur les réseaux Ethernet traditionnels sur lesquels viennent se connecter des caméras numériques disposant de leur propre adresse IP (Internet Protocol) et intégrant un serveur Web. L'exploitation des réseaux informatiques permet de réaliser des architectures décentralisées : tout point du réseau peut être une entrée ou une sortie. Les images sont disponibles en tout point du réseau.

Les câbles coaxiaux par lesquels transitent les images saisies par les caméras analogiques feront bientôt partis du passé. Leur mise en oeuvre manque sérieusement de souplesse. Chaque câble coaxial doit être associé à sa caméra. Des dispositifs de multiplexage assurent la transmission des images vers les moniteurs de surveillance. Les solutions numériques autorisent, quant à elles, un transport de flux multiples sur le même câble. Le câblage s'en trouve singulièrement optimisé puisque les caméras et équipements de vidéosurveillance ne sont plus connectés de point à point mais en réseau. « Ces architectures réparties évitent un dysfonctionnement de l'ensemble du dispositif de télésurveillance en cas de panne d'un seul élément. Par ailleurs, les techniciens vont directement profiter de la souplesse des outils de maintenance et de diagnostic issus du monde de l'informatique », précise François Dacquin, directeur opérationnel chez Tyco Integrated Systems.

En exploitant le réseau Ethernet, l'architecture de vidéosurveillance peut, par ailleurs, évoluer facilement en fonction des besoins. Il suffit qu'un point d'accès Ethernet soit disponible. « Il peut se révéler nécessaire de surveiller un nouvel accès ou une nouvelle pièce. Il peut également être utile de déplacer la caméra lorsque le problème se déplace. Avec la technologie analogique, il faut refaire l'installation câblée, observe Patrick Tennevin, responsable marketing chez Axis Communications. Les caméras IP offrent également la possibilité de commander un élément extérieur. Une sortie peut être utilisée pour allumer la lumière, fermer une porte ou mettre en route une machine lorsque les conditions de déclenchement surviennent. Alors qu'une caméra analogique exige la mise en place d'un système de télémétrie complémentaire. »

La numérisation des images conjuguée à leur traitement par des outils informatiques apporte de nouvelles fonctionnalités à la vidéosurveillance. La reconnaissance de plaques d'immatriculation de véhicules est l'une des plus répandues. Mais on peut imaginer bien d'autres traitements comme la reconnaissance de personnes, le suivi automatique d'individus dans des locaux, la disparition ou l'apparition d'objets sur une image, la détection de personnes évoluant en sens inverse d'un flux, la surveillance d'objets isolés, etc.

Éviter les traitements déportés et centralisés

Les possibilités sont innombrables et dépendent des besoins de chacun. « Ces traitements d'images exigent toutefois de la puissance de calcul et le développement d'algorithmes spécifiques. Mais les technologies vont évoluer dans leur capacité d'analyse d'image. Une fois que cela tournera bien sur les systèmes informatiques, certains traitements pourront se faire directement au niveau de la caméra numérique », indique Jérôme Wischerop, de Johnson Controls.

C'est également le point de vue de Philippe Abbas, chef de produit vidéosurveillance chez Chubb Sécurité : « L'intelligence embarquée des caméras évitera de réaliser des traitements déportés et centralisés. La distribution des fonctions de sécurité sur le réseau peut accélérer le développement du tout-numérique. L'avantage du numérique pour la sécurité sera alors plus perceptible par le client. »

Si les solutions numériques ont l'avenir devant elles, sur le terrain, on est encore bien loin du 100 % numérique. Plusieurs raisons à cela.

L'architecture numérique bridée

Tout d'abord, les clients regardent ce qui se fait et sont un peu attentistes. Il existe en la matière une offre pléthorique.

Le marché n'est pas encore assez mûr pour permettre qu'une solution éprouvée, fiable et pérenne ne se dégage. « Les entreprises souhaitent avant tout réutiliser les caméras et le câblage existant, assurer la continuité de l'exploitation, conserver les habitudes opératoires et que les équipements de vidéosurveillance vivent en bonne intelligence avec les autres équipements du réseau », explique Raphaël Di Pace, ingénieur commercial chez Cegelec Secure.

L'un des principaux freins à l'adoption d'architecture numérique, depuis les caméras jusqu'aux systèmes de supervision en passant par les enregistreurs, provient de la réticence, et même du refus absolu des directions informatiques qu'une partie de leur réseau soit occupée par la transmission d'images de vidéosurveillance. « Les responsables informatiques ne voient pas d'un très bon oeil la connexion de caméras sur le réseau informatique. Ils craignent que la vidéosurveillance n'absorbe la bande passante, perturbe le fonctionnement des outils informatiques et ralentisse l'activité de l'entreprise », explique Jean-Louis Botteau, chef produit vidéosurveillance chez ADT.

Des algorithmes de compression

Dans les petites installations de cinq à dix caméras, l'informatique et la vidéosurveillance peuvent cohabiter. Par contre dans les grosses PME-PMI, le réseau est le plus souvent dédié à la sécurité. Mais encore faut-il qu'il existe un réseau Ethernet spécifique. Dans les bâtiments neufs, cela a été intégré dans le plan de construction de l'ensemble. Un réseau réservé à la gestion technique du bâtiment est installé parallèlement au réseau informatique.

Les directions informatiques craignent un encombrement de leur réseau par la transmission d'images. « Cela ne sera pas le cas si l'on met en place des réseaux commutés. Il n'est pas utile de disposer de 1 Gbit pour constituer un réseau de surveillance. 100 Mbits suffisent s'il est construit correctement », assure Patrick Tennevin, d'Axis Communications.

Pour rassurer les responsables informatiques, les fournisseurs proposent des solutions. Sur certains systèmes, il est possible de limiter la bande passante utilisée par les personnes qui veulent accéder à distance aux images, limiter le nombre d'individus qui se connectent simultanément ou encore réaliser une déconnexion automatique après un certain délai. Le dispositif peut également être paramétré pour que les caméras n'envoient des images sur le réseau que lors de l'apparition d'un événement. Les images peuvent encore n'être transmises que lorsque la caméra est interrogée.

« Si l'entreprise nous fournit la bande passante disponible pour la vidéosurveillance, nous configurons le système pour qu'il ne dépasse pas la bande allouée. Nous jouons, notamment, sur le flux d'images et leur définition », explique Philippe Abbas, de Chubb Sécurité.

La mise en oeuvre d'algorithmes de compression appropriés permet en outre de réduire l'encombrement du réseau. La transmission d'images au format JPeg est la plus courante. Elle n'exige pas le paiement de licences et offre une grande portabilité d'un système à l'autre. Le mode de compression MPeg 2, progressivement remplacé par le MPeg 4, offre une réduction considérable de la taille des fichiers mais leur utilisation est payante. « Alors qu'au format MPeg 2, une image occupe de 15 à 60 Ko, elle n'utilise plus que 3 à 10 Ko en MPeg 4 », précise Philippe Abbas.

Mixer analogique et numérique

En marge de ces solutions standards, certains fournisseurs proposent leur propre mode de compression. Toutefois selon Raphaël Di Pace, de Cegelec Secure, « si une forte compression permet de passer un flux d'images plus important sur le réseau, cela se fait au détriment de la qualité d'images. Le taux d'occupation de la bande et le temps de compression dépendent de la qualité des algorithmes de compression ».

En attendant l'avènement du tout-numérique, des solutions mixtes sont, pour l'instant, les plus couramment rencontrées. Les caméras analogiques existantes sur un site sont conservées pour éviter d'investir dans des équipements numériques et de recâbler l'ensemble. Les signaux sont transportés par des câbles coaxiaux traditionnels vers des enregistreurs ou codeurs vidéo qui convertissent les signaux en fichiers numériques. L'entreprise profite ainsi de la souplesse de gestion des images numériques, des outils de traitement d'images et de la simplicité de sauvegarde sur disque dur. « La mise en place d'un enregistreur numérique ou d'un codeur vidéo raccordé au réseau Ethernet permet l'accès à distance aux images des caméras analogiques qui y sont connectées », observe Philippe Abbas, de Chubb.

La transition du traditionnel magnétoscope aux enregistreurs numériques a bien d'autres atouts. Les enregistreurs numériques autorisent notamment de moduler le flux d'enregistrement des images en fonction de chaque caméra. L'archivage des images s'effectue à une cadence donnée. Celle-ci augmente lorsqu'un événement est relevé par une caméra. Avec les magnétoscopes, les images provenant de toutes les caméras sont enregistrées à la même vitesse (3 images/s en mode 24 heures, 1 image/s en mode 72 heures et 1 image/10 s en mode 720 heures). Le passage à la vitesse de 25 images/s est déclenché par un signal externe lorsqu'une alarme survient.

ATTENTION !

- Une déclaration préalable doit être effectuée auprès de la Cnil (Commission nationale de l'informatique et des libertés) dès lors qu'un système de vidéosurveillance mis en oeuvre sur un lieu de travail permet la saisie numérique et la conservation sur un support informatisé des images. - Le personnel doit être informé et la durée de conservation des images limitée.

AUJOURD'HUI LES SOLUTIONS MIXTES...

- Elles permettent de conserver les caméras analogiques existantes. - Les signaux sont transmis par les câbles coaxiaux vers des codeurs vidéo ou des enregistreurs numériques connectés au réseau Ethernet. - Les images sont donc disponibles à distance depuis n'importe quel poste du réseau. - Cette migration progressive vers le tout-numérique permet de profiter de la souplesse de sauvegarde et de traitement des images numériques.

... DEMAIN LE TOUT-NUMÉRIQUE

- Les caméras numériques se connectent directement sur un réseau Ethernet. - L'architecture est décentralisée et le câblage optimisé. - Les images sont accessibles en tout point du réseau. - Le dispositif de surveillance peut évoluer simplement au gré des besoins. La caméra IP peut même être interrogée via Internet.

LA VIDÉOSURVEILLANCE DEVIENT MOBILE C'est nouveau. Pratique. Mais ne fait pas l'unanimité.

- Les solutions de visualisation d'images sur les écrans de téléphones, Pocket PC et autres terminaux portables permettent au responsable sécurité de visualiser immédiatement sur son téléphone mobile les images transmises par le système de vidéosurveillance. Plus la peine de stationner devant un moniteur vidéo pour vérifier ce qui a déclenché une alarme. Faible qualité des images Les promoteurs de cette solution font valoir la suppression des déplacements inutiles. Les détracteurs lui reprochent la faible qualité des images envoyées. « Sur ces écrans, la résolution d'images est, bien entendu, plus faible mais on peut transmettre par GPRS ou Wi-Fi un flux d'images suffisant malgré une bande passante restreinte », assure Jérôme Wischerop, de Johnson Controls. « Il n'est pas utile de transmettre un flux de 25 images/s pour vérifier si une porte est ouverte ou une vitrine cassée », renchérit Philippe Abbas, de Chubb Sécurité. « La qualité d'images suffit dans 80 % des cas pour lever le doute. On pourra s'assurer qu'il y a bien eu intrusion dans un local sans pour autant identifier l'intrus », poursuit Patrick Tennevin, d'Axis. Jean-Louis Botteau, d'ADT, considère cela plutôt comme un gadget qu'un outil sécuritaire et qu'une liaison Wi-Fi n'est pas sécurisée. Mais le téléphone mobile n'était-il pas perçu comme un gadget à ses débuts ?

FACE AUX DISQUES DURS, LES BANDES S'EFFACENT

- Les enregistreurs numériques poussent les magnétoscopes à bande sur la touche. Ils ont l'avantage de se passer de maintenance et, surtout, de communiquer : ils peuvent envoyer des alarmes et être consultés à distance. - Ils offrent par ailleurs une grande souplesse d'archivage. Ils peuvent être paramétrés pour réaliser automatiquement l'effacement des images passé le délai de conservation autorisé par la Cnil (Commission nationale de l'informatique et des libertés) de trente jours maximum. - L'archivage des images sur disque dur est convivial et confortable. Plus de bandes qui s'usent et de manipulation par des opérateurs. Ce type de sauvegarde offre un accès direct aux images enregistrées et la recherche plus simple d'événements. Il rend possible l'enregistrement d'images qu'à partir du moment où il se passe quelque chose.

vous lisez un article d'Industries & Technologies N°0865

Découvrir les articles de ce numéro Consultez les archives 2005 d'Industries & Technologies

Bienvenue !

Vous êtes désormais inscrits. Vous recevrez prochainement notre newsletter hebdomadaire Industrie & Technologies