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Avis d'expert

Le nucléaire devrait être au cœur de la campagne présidentielle, selon Stéphane Aubarbier, Vice-Président Executif d'Assystem

Le nucléaire devrait être au cœur de la campagne présidentielle, selon Stéphane Aubarbier, Vice-Président Executif d'Assystem

Stéphane Aubarbier, vice-président exécutif du groupe d'ingénierie Assystem.

Stéphane Aubarbier, Vice-Président  Exécutif d’Assystem, adresse une lettre ouverte aux candidats à l'élection présidentielle. Selon lui, le nucléaire s’avère être  une des seules énergies capables de produire de l’électricité en quantité suffisante pour subvenir aux besoins de nos sociétés tout en répondant aux enjeux de la lutte contre le réchauffement climatique.

Les candidats de tous bords politiques s’affrontent, à juste titre, sur les enjeux économiques et sociaux, l’analyse des maux, les promesses de remèdes. Un point demeure néanmoins pour le moment le grand oublié de cette campagne : le mix énergétique. Les engagements pris récemment par la France, notamment à l’occasion de la COP21 et de la COP22, ne dispensent pas d’un débat. La Grande-Bretagne a fait un choix historique il y a quelques mois en relançant son programme nucléaire. L’Allemagne s’est, elle, engagée dans une autre voie, avec les résultats que l’on sait. Et la France ?

L'énergie, défi majeur de la lutte contre le réchauffement climatique

L’humanité fait aujourd’hui face à un défi climatique sans précédent. Il devient urgent d’agir afin de limiter le réchauffement climatique de la planète. Lors de la COP21 à Paris, les dirigeants s’engageaient à limiter ce réchauffement à 2°C. Pour atteindre cet objectif, nous devons relever un défi majeur : décarboner notre mix énergétique et notamment notre production d’électricité qui continuera à progresser dans les prochaines décennies. En effet, si les efforts en termes d’efficacité énergétique dans les pays industrialisés permettent de limiter la croissance de consommation électrique, les enjeux climatiques conduisent à accélérer la migration des secteurs consommateurs d’énergies fossiles vers l’électricité (le transport par exemple).

Dans le même temps, les pays émergents n’ont de cesse de développer leur industrie et aspirent à développer un mode de vie au même standard que l’Europe et les Etats-Unis. La consommation électrique va donc continuer à progresser, à moins que tous les pays du monde reforment drastiquement leur développement. Il faut donc repenser notre mix énergétique pour réconcilier évolution de nos sociétés et protection de l’environnement. Aujourd’hui, encore 70% de la production d’électricité provient d’énergies fossiles contre 30% d’énergies bas carbone. D’après les dernières prévisions de l’Agence Internationale de l’Energie, ce ratio devra s’inverser d’ici 2030 pour respecter les engagements pris lors de la COP21.

L'Allemagne, en tête des émissions de CO2

Dans ce contexte, le développement des énergies renouvelables est nécessaire. Il ne faut toutefois pas oublier leurs limites technologiques (stockage d’énergie, intermittences...) qui ne seront pas résolues avant plusieurs décennies. Suite à la décision de l’Allemagne de renoncer au nucléaire, le bilan s’annonce mitigé. La loi adoptée sur la transition énergétique a permis un essor important des énergies renouvelables (aujourd’hui 27 % de l'ensemble de l'électricité produite dans le pays), mais l’Allemagne s’est vue contrainte de ré-ouvrir des centrales au charbon afin d’assurer sa production d’électricité de base et de compenser les intermittences des renouvelables.

L’Allemagne arrive aujourd’hui nettement en tête pour les émissions de CO2 en Europe, avec environ 900 millions de tonnes par an, le double des émissions de la France. Du point de vue économique, la facture d’électricité des Allemands a presque doublé entre 2001 et 2014. Elle est maintenant près de deux fois plus élevée qu’en France. Enfin, l’Allemagne est aujourd’hui contrainte d’importer en partie son électricité, notamment de pays nucléarisés, comme la France.

Le nucléaire, une industrie mature

Le nucléaire s’avère être une des seules énergies capables de produire de l’électricité en quantité suffisante pour subvenir aux besoins de nos sociétés tout en répondant aux enjeux auxquels nous devons faire face. Il a donc toute sa place dans le mix énergétique de demain.

Le nucléaire est une énergie bas carbone. En termes d’empreinte CO2, les trois principales filières sont comparables avec 11g/kwh pour l’éolien, 12g/kwh pour le nucléaire, 45g/kwh pour le photovoltaïque.

Le nucléaire est une technologie éprouvée. L’industrie nucléaire est une industrie mature, avec 448 réacteurs nucléaires en exploitation dans le monde. En France, l’expérience accumulée par l’opérateur EDF au cours de ces 50 dernières années sur l’ensemble des 58 réacteurs du parc nucléaire, dans les domaines de la construction et de l’exploitation, équivaut à prêt de 3000 années d’expérience.

Le nucléaire, une technologie compétitive, responsable, stratégique

Le nucléaire est une énergie compétitive. Les études montrent beaucoup de chiffres différents relatifs au coût des différentes filières en fonction de la prise en compte ou non des investissements requis, subventions, etc…  Quoiqu’il en soit, le nucléaire avec un coût allant de 25 à 100 Euro/MWh (et un pivot à 49€/MWh) est comparable, en termes de compétitivité, à l’éolien terrestre (entre 40 et 100 Euros avec un pivot à 73€/MWh), et au solaire (entre 40 et 150 avec un pivot vers 90€/MWh en fonction des technologies).

Le nucléaire est une énergie responsable. Si le nucléaire génère des déchets radioactifs à longue durée de vie, n’oublions pas que 96% peuvent être recyclés comme c’est le cas en France. Le volume des déchets ultimes à stocker est alors divisé par cinq et leur radiotoxicité par dix. Des solutions de stockage définitif existent, comme c’est le cas en France avec le centre industriel de stockage géologique CIGEO, qui devrait être en service d’ici 2025. Le volume des déchets résiduels nucléaires est par ailleurs faible. Le volume des déchets nucléaires produits aux Etats-Unis jusqu’à aujourd’hui (le plus gros parc nucléaire au monde avec 100 réacteurs en opération sur le territoire), empilés sur un stade de football, n’atteindrait que 7 mètres de haut.

Le nucléaire est une technologie stratégique. Au-delà de l’aspect environnemental, la question de l’indépendance énergétique des pays était également au cœur des discussions de la COP 22. Les Etats placent cette problématique au centre de leurs politiques énergétiques. En France, le programme nucléaire engagé depuis 50 ans a permis d’accroître le taux d’indépendance énergétique de 22.7 % en 1973 à environ 50 % aujourd’hui. Recourir à l’énergie nucléaire permet en effet de se protéger d’une dépendance trop importante aux combustibles fossiles et à la volatilité de leur prix.

Deux choix s’offrent aujourd’hui aux Etats afin de lutter contre le changement climatique.

Le premier est un choix dogmatique (et défendable). C’est celui de l’Allemagne qui a choisi de sortir définitivement du nucléaire. Les conséquences de ce choix ont déjà été évoquées. L’Allemagne s’engage à faire face à une augmentation et de ses émissions de CO2 et de sa facture d’électricité pour les décennies à venir, tout en réduisant son indépendance énergétique. Le deuxième choix est un choix raisonné. Un choix permettant compétitivité et indépendance énergétique, tout en réduisant immédiatement nos émissions de CO2. Ce choix, c’est celui du développement de l’ensemble des énergies bas carbone disponibles : les renouvelables et le nucléaire. La mise en opposition des énergies renouvelables et de l’énergie nucléaire n’a pas sa place. Si nous souhaitons maintenir notre mode de vie et atteindre les objectifs de la COP21, le mix énergétique de demain alliera nucléaire, solaire et éolien. Aujourd’hui, le Royaume-Uni en relançant son programme nucléaire, fait ce choix résolu, comme un grand nombre d’autres pays puisque 167 réacteurs seront construits dans le monde d’ici 10 ans.

Si ces deux choix s’offrent aux candidats, une seule question doit les animer : quelle planète voulons-nous laisser aux générations futures ?

Stéphane Aubarbier

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