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Le nucléaire après Fukushima : l’avis de Dominique Louis, PDG d’Assystem

Le nucléaire après Fukushima : l’avis de Dominique Louis, PDG d’Assystem

"Il faut sortir le nucléaire de l'économie de marché".

© DR

Le PDG du principal ingénieriste du nucléaire français nous donne sa vision de l’après Fukushima. Remodelage du marché, mise en avant de la technologie de l’EPR, positionnement des différents pays, un tour d’horizon complet de la situation actuelle.

Alors que l’accident de refroidissement dû au tsunami sur la centrale japonaise de Fukushima, se transforme en catastrophe nucléaire, nous avons rencontré ce mardi Dominique Louis, PDG d’Assystem, principal ingénieriste français du secteur. Il nous donne sa vision des bouleversements que cela va induire.

« A vision iso-modèle de développement, l’équation à long terme n’a pas changé. Si l’on reste persuadé que les énergies carbonées sont responsables du réchauffement climatique, le nucléaire reste l’un des éléments de réponse majeur dans un mixte où l’on trouve aussi du renouvelable, mais qui est forcément d’appoint, sans parler du gaz qui ne peut qu’augmenter. Donc à long terme, je ne vois pas d’alternative dans les 30 ou 40 ans qui viennent au nucléaire. Mais il faudra mieux gérer le mixte, c'est-à-dire tirer parti d’un socle nucléaire de base, complété par des appoints photovoltaïques et éoliens, qui resteront plus aléatoires en terme de disponibilité d’installations ». A moins effectivement que les occidentaux ne fassent un choix de société qui les ramène quelques décennies en arrière. Rien n’est moins sûr.

« Il va y avoir une perturbation à passer, qui peut durer quelques années en terme de construction de nouvelles centrales. Mais les états et les opérateurs vont continuer à travailler, notamment autour de la sécurité du parc existant et de projets de réacteurs plus sûrs ».

Admettre la fusion du réacteur

Une sureté qui passe peut-être par une nouvelle philosophie vis-à-vis du nucléaire. L’expérience montre maintenant que l’impossible peut arriver, tant au niveau des erreurs humaines de conduite de la centrale que de l’ampleur des phénomènes naturels pris en compte pour le dimensionnement des installations. « Il faut peut-être accepter et anticiper ce qui nous semblait inacceptable, c’est-à-dire la fusion du cœur du réacteur soit considéré comme un événement, hautement improbable, mais possible. Développons les technologies qui permettraient d’y faire face. Ca ne servira peut-être à rien, mais si un jour ont en a besoin, on sera content de les avoir. C’est la logique de l’EPR ».

Cela conduirait à développer moins de projets nucléaires, mais avec des niveaux de sécurité 3 comme l’EPR. C’est certes plus cher, mais encore rentable car le niveau de puissance est plus élevé. « De toute manière, pour sortir de la logique purement économique, il va peut-être falloir que le nucléaire échappe à l’économie de marché. On ne peut pas laisser cela entre les mains de gens qui tirent les prix au détriment de la sécurité ».

Il va donc y avoir une période de réflexion et de concertation, qui va nécessairement renforcer les besoins d’études de sureté, d’ingénierie et de conseil. Cela va ralentir le démarrage de nouveaux projets, mais ceux qui sont en cours de réalisation seront menés à leur terme. Et le type de réacteur EPR proposé par Aréva devrait avoir un avantage certain sur le marché lorsqu’il redémarrera.

Cela va aussi renforcer les besoins de réglementations internationales autour des réacteurs et de leur exploitation, comme c’est déjà le cas pour le combustible. « Il ne peut pas y avoir le nucléaire du riche et le nucléaire du pauvre », clame Dominique Louis.

L’intérêt de l’EPR est aussi de concentrer une très grosse puissance 1 600 MW en un seul endroit et d’éviter la dissémination de multiples petits réacteurs sur un territoire. « Cela permet aussi de disposer sur un seul site d’experts très compétents capables de déceler les problèmes et de réagir très rapidement ».

Peut-on faire sans nucléaire en Europe ?

Il est encore difficile d’imaginer ce qui va se passe pour les grands contrats à l’international ou les projets de construction de nouvelles centrales. Jusqu’à maintenant, le grand discours était de dire ‘‘tout cela marche à condition d’obtenir l’acceptation des populations’’. On peut penser que cette dernière en à pris un coup, ce qui va pour le moins décaler certains projets. Mais derrière les effets de manche des politiques sous la pression des opinions publiques et des verts, qu’en est-il réellement ?

« On ne peut pas laisser dire que l’Allemagne renonce au nucléaire. Ses industriels se bagarrent avec Aréva pour avoir la primauté dans Aréva NP. Et l’accord n’est pas encore déchiré qu’ils veulent se marier avec les Russes. L’Allemagne a fait un choix, consommer de l’électricité nucléaire produite par d’autres pays. C’est la seule solution qu’ils ont pour bénéficier d’un prix du kilowatt/heure acceptable par leur économie. Et ils ont la chance que tous les anciens pays de l’Est aient des projets nucléaires. Ce qui facilitera leur ‘‘dénucléarisation’’. Pour que l’Allemagne renonce vraiment au nucléaire, il faudrait dire que Siemens renonce à développer une industrie nucléaire et qu’il renonce à s’associer avec les Russes pour faire du nucléaire. Et qu’aucun industriel allemand ne participe à la conception et à la construction de centrales nucléaires. Il faudrait aussi que l’Allemagne s’engage à n’acheter aucun kW/h nucléaire. Pour moi, c’est ca renoncer au nucléaire. Mais si politiquement ils disent avoir renoncé au nucléaire, industriellement, dans leur équation économique, ils ont besoin de consommer des kW/h nucléaires ».

Par contre, à la lueur de ce qui c’est passé au Japon, il est certain que la situation sismique de l’Italie ne plaide pas en faveur du nucléaire. Reste à savoir ce qui va se passer en Grande-Bretagne. « Il y a un certain nombre de projets d’EPR lancés Outre-manche au travers de British Energy. Reste à savoir si l’on veut empêcher EDF de construire des EPR en Grande-Bretagne ».

Autant de sujets sur lesquels nous aurons l’occasion de revenir avec Dominique Louis en fonction de l’évolution de la situation.

Jean-François Prevéraud
 

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