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« Le New Space Français doit accélérer l’industrialisation de ses technologies », lance Stanislas Maximin, fondateur de Venture Orbital Systems

Alexandre Couto

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« Le New Space Français doit accélérer l’industrialisation de ses technologies », lance Stanislas Maximin, fondateur de Venture Orbital Systems

© Venture Orbital Systems

Créée en 2019, Venture Orbital Systems (VOS) s’est lancée dans l’aventure New Space en imaginant un nano-lanceur pouvant mettre en orbite une charge utile de 70 kg. Elle a inauguré ce 19 octobre un site de production dans la région Rémoise qui lui permettra d’atteindre son objectif d’un premier lancement en 2024. Explications avec Stanislas Maximin, fondateur et CEO de la société.

Industrie & Technologies : Vous inaugurez un nouveau bâtiment situé près de Reims (Marne). Quelle sera la fonction de ce site ?

Stanislas Maximin : Dans un premier temps, il sera utilisé essentiellement pour notre R&D et pour l’assemblage des prototypes. Il représente une étape importante pour Venture Orbital Systems et pour notre nano-lanceur Zephyr. Nous allons disposer d’une zone d’assemblage de 1200 m2, assorti de 1500 m2 de bureau. Nous avons quelques machines : des imprimantes 3D polymères pour mettre au point nos prototypes. Mais les pièces que nous concevons sont ensuite fabriquées chez des industriels partenaires.

Par exemple, les éléments de notre moteur-fusée sont imprimés en 3D chez Saturne Technology, un spécialiste de la fabrication additive métallique et de l’usinage. Nos réservoirs d’ergols, réalisés en composite fibres de carbone par enroulement filamentaire, sont également produits chez un partenaire en France. Nous réceptionnons tous ces éléments pour les assembler à Reims puis nous effectuons nos tests.

Mais vous envisagez de vous équiper d’outils de production ?

Oui, tout à fait. Bien qu’encore en phase de test de notre nano-lanceur, nous tenons compte le plus en amont possible du volet industrialisation. Le site va nous permettre de nous intégrer progressivement. Nous envisageons, par exemple, de nous doter d’un centre d’usinage 5 axes ou encore d’un système d’enroulement filamentaire composites dans les prochaines années. Nous allons aussi mettre en place une salle blanche, ainsi qu’une salle grise.

L’intégration d’une imprimante 3D métal se fera surement plus tard, car il s’agit d’un investissement important. Une fois notre lanceur qualifié, nous voulons avancer vite sur la production de masse. C’est un sujet important : le New Space Français doit accélérer l’industrialisation de ses technologies pour trouver sa place dans cette nouvelle course à l’espace. Lorsque nous atteindrons la phase de production, nous voulons être en mesure de faire sortir de notre usine un lanceur par semaine.

Quelles sont les prochaines étapes du développement de votre lanceur ?

Les sous-systèmes seront testés durant l’année 2022. Les tests des étages seront menés en 2023. Puis nous qualifierons l’ensemble du lanceur. Nous visons une première mise en orbite en 2024. A partir de cette date nous augmenterons peu à peu notre capacité de production.

Quels sont les atouts de votre lanceur ?

Zephyr est un petit lanceur de 15 mètres, qui sera capable de mettre en orbite héliosynchrone des charges utiles de 70 kg. Nous visons le marché des très petits satellites pour les communications ou l’observation de la Terre. Le lanceur utilisera une propulsion oxygène liquide / kérosène spatial (RP-1), qui est plus simple à mettre en œuvre et moins coûteuse. Nous avons également conçu Zephyr pour ne pas laisser de déchets en orbite. Une fois la mission accomplie, nous pouvons désorbiter les étages de la fusée.

Quel port spatial avez-vous choisi pour effectuer vos lancements ?

Pour le moment rien n’est arrêté. Nous sommes encore en négociation jusqu’à la fin de l’année. Nous regardons du côté du nord de l’Europe, comme la base de lancement d’Andoya en Norvège, Kiruna en Suède ou l’un des ports actuellement en construction en Ecosse. Nous discutons également avec le Cnes pour avoir accès à une zone de lancement sur le centre spatial de Kourou, en Guyane.

Ne pensez-vous pas que la France s’engage un peu tardivement dans la course aux micro-lanceurs ? La concurrence internationale est rude…

Inutile de se voiler la face, la France est en retard… par rapport à presque tout le monde, y compris au sein de l’Europe. Mais, rien n’est perdu et la France a de nombreux atouts qui peuvent faire la différence. Elle possède un héritage unique en matière d’exploration spatiale, avec des compétences et des acteurs de premier plan. Il faut cependant adopter un nouveau paradigme, et aller vers une plus grande industrialisation. La manière dont on approche le développement des technologies spatiale doit également changer : il faut être prêt à investir et à prendre des risques.

Dans son plan « France 2030 », qui vise à pousser les prochaines technologies de ruptures, Emmanuel Macron a désigné le spatial comme un domaine stratégique, et plus particulièrement la technologie des micro-lanceurs. Que pensez-vous de ces annonces ?

Emmanuel Macron a effectivement annoncé une enveloppe de 1,5 milliard d’euros pour le développement du New Space français, dont 200 millions d’euros dédiés aux micro-lanceurs. Il a également annoncé qu’il tablait sur un micro-lanceur opérationnel à l’horizon 2026. Il était pessimiste : Zephyr le sera dès 2024 !

Ces annonces vont naturellement dans le bon sens pour pousser les initiatives françaises. Mais pour le moment, nous n’avons pas beaucoup d’information sur la manière dont va être distribuée cette enveloppe. Il faut espérer qu’elle ne va pas favoriser les grands groupes au détriment des jeunes pousses qui sont le moteur de l’offre New Space.

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