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Le multimètre réinventé

Youssef Belgnaoui

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Le multimètre réinventé

Le traditionnel multimètre de Metrix, le MX 575, présentait en 1980 un boîtier rectangulaire, un écran LCD, et un commutateur rotatif...

© D.R.

Le bureau d'études d'Annecy s'est associé à une agence de design pour concevoir une architecture radicalement nouvelle pour le multimètre de poche.

Depuis presque trente ans, tous les multimètres de poche semblent sortir du même moule. Quel que soit leur fabricant, ils se présentent dans un boîtier rectangulaire avec, sur leur face supérieure, un écran LCD, un commutateur rotatif et les bornes de connexion des cordons de mesure. Metrix a décidé de rompre avec les schémas traditionnels de conception. En 2006, il casse l'image du multimètre. Son modèle MTX Mobile prend la forme d'un téléphone mobile à clapet. L'écran est ainsi protégé pendant le transport et son orientation peut être ajustée par l'utilisateur. Le bouton de réglage rotatif disparaît. Le petit écran LCD est remplacé par un écran graphique. Les bornes de connexion passent derrière l'afficheur. Sans compter un chargeur intégré pour recharger les accumulateurs, comme sur tout téléphone portable. Bref, des évolutions radicales dans les usages et un changement total de look.

S'appuyer sur l'opinion des utilisateurs

Cette petite révolution a été orchestrée par Denis Melenotte, responsable des études mécaniques et industrialisation qui, tout au long de ses trente années passées chez Metrix, s'est toujours révélé moteur de changement. Mais un tel projet ne se mène pas seul. Il a travaillé très tôt avec Pascal Derive, son collègue chargé du marketing qui avait déjà réfléchi à des évolutions possibles. Pour imaginer de nouvelles solutions, ce dernier s'appuie sur les constatations et les commentaires des utilisateurs. Il décode, synthétise et analyse ces informations pour aboutir à un nouveau concept. Mais il faut aussi faire preuve d'imagination et casser les codes traditionnels. Pour cela, rien de mieux qu'un "brainstorming" avec tous les services impliqués dans la vie du produit (SAV, production, bureau d'études, marketing). « Nous nous sommes réunis, dès le départ du projet, pour avoir une vision la plus large possible. Quand un produit est mature, on a toujours l'impression qu'il n'y a plus rien à inventer. Là, nous partions sans a priori. Les idées les plus farfelues pouvaient être avancées. Nous les confrontions ensuite aux besoins du client et à leur difficulté de réalisation », indique Pascal Derive.

Ce débat d'idées a permis d'identifier les problèmes à résoudre et de lister les objectifs à atteindre. Il a abouti à un ensemble de concepts. À Caligo de les traduire concrètement. Metrix a en effet confié à cette agence de design la recherche des architectures pouvant répondre à ses attentes. « Le recours à des ressources externes nous a apporté un regard neuf. Caligo nous a fait partager sa connaissance des tendances des marchés, hors instrumentation, tout en offrant une maîtrise des problématiques industrielles. En interne, les boucles de raisonnement sont toujours les mêmes, donc on arrive toujours aux mêmes conclusions. Caligo nous permet de tout remettre en cause », explique Denis Melenotte.

La collaboration avec un designer extérieur n'est toutefois pas une première pour Metrix. Mais, jusqu'à présent, l'entreprise se cantonnait à l'esthétique de l'appareil. Avec, grosso modo, comme mot d'ordre : « Voilà notre boîtier. Comment pouvez-vous le rendre plus sympa ? » Avec Caligo, la collaboration a été élargie aux aspects marketing, design et aux concepts du produit du point de vue ergonomique et fonctionnel.

Caligo s'appuie alors sur la liste des objectifs ergonomiques et fonctionnels, fournie par Metrix, pour proposer différentes architectures. La protection de l'écran et la facilité de prise en main font notamment partie de ces objectifs. Démarre alors la phase de création. « Au début, les designers se lâchent vraiment. Toutes sortes de formes et de volumes sont envisagées », se rappelle Pascal Derive. Pour répondre à des problèmes particuliers, plusieurs dessins se focalisent sur une fonctionnalité afin de fournir diverses solutions à un problème. À force de discussions et de propositions mutuelles, certaines architectures sont éliminées, d'autres sont sélectionnées pour, finalement, converger vers la solution finale.

Il fallait, bien entendu, que les principes retenus soient réalisables sur le plan industriel et viables économiquement. Pendant trois mois, les bureaux d'études de Metrix et de Caligo, qui se connaissent depuis 1990, ont travaillé très étroitement. Chacun apportait ses réflexions lors d'échanges quotidiens. À la fin de cette période d'études, le concept final du futur MTX Mobile a été validé par la direction de Chauvin Arnoux (à qui appartient la marque Metrix).

Une conception mécanique innovante

Le concept accepté, l'étude mécanique a été sous-traitée, pour de raisons de ressources internes insuffisantes, au bureau d'études Initial. Ce dernier s'est attaché, à partir de la maquette et des fichiers numériques réalisés par Caligo, à concevoir toutes les pièces mécaniques dans le détail. Outre la conception CAO, il s'est penché sur toutes les solutions techniques d'intégration des différents composants et d'accostage des éléments entre eux. Un projeteur, chargé de la conception mécanique chez Metrix, était chargé de faire le lien avec le bureau d'études et de valider les fichiers CAO réalisés. Il leur fournissait également toutes les informations essentielles à la conception et les données relatives aux composants standards utilisés par Metrix. Plusieurs maquettes fonctionnelles ont été réalisées au cours de la conception mécanique. La charnière qui raccorde l'écran mobile à l'instrument était un point délicat. Elle a fait l'objet d'une étude particulière.

« Grâce aux maquettes, on a pu voir les pièces et les manipuler. On se rend compte de leurs fonctionnalités. On a fait, par exemple, des essais de vissage. On peut ainsi faire des vérifications fonctionnelles et apporter des modifications aux modèles CAO », explique Denis Melenotte. Au final, cela évite d'avoir à modifier le moule pour des problèmes constatés a posteriori. D'ailleurs, c'est le pôle industrie de Chauvin Arnoux qui a été chargé de la réalisation du moule. Ses spécialistes se sont rendus à plusieurs reprises chez Initial pour donner leurs points de vue sur certains aspects de faisabilité. Ils ont, bien entendu, eu accès aux maquettes et aux fichiers CAO. Côté marketing, les maquettes ont permis de vérifier certains usages et aspects pratiques de l'appareil.

Des bouleversements électronique et logiciel

La conception mécanique innovante du MTX Mobile a été le fruit de la collaboration de Metrix avec une agence de design et un bureau d'études. La conception de la partie électronique, pièce maîtresse de l'instrument, a été assurée en interne. Cela n'a pas été une sinécure. La disparition de la forme rectangulaire a bouleversé l'architecture électronique de l'appareil. Il a fallu repenser la conception de la carte électronique. La nouvelle géométrie du boîtier entraîne, en effet, des changements afin de prendre en compte notamment les impératifs d'isolation et de compatibilité électromagnétique.

Reste que c'est le logiciel qui a connu les plus grands bouleversements. L'intégration d'un écran graphique de 160 x 160 pixels, à la place des petits afficheurs LCD, a obligé Metrix à repenser l'interface homme/machine (IHM). Avant même le développement de la partie électronique, toutes les IHM ont été conçues et simulées sur PC. La gestion de la charge des accumulateurs, l'intégration d'une liaison Bluetooth, le remplacement du commutateur rotatif par des commandes électroniques ainsi que la détection des cordons et du changement automatique de fonctions de mesure ont exigé des développements spécifiques.

Mais, dans un multimètre, l'électronique et le logiciel sont intimement liés. Les développeurs des deux bords ont donc énormément travaillé ensemble. Le logiciel a toutefois représenté la part prépondérante du développement alors que la génération précédente de multimètres avait nécessité deux fois plus de temps de développement pour la partie électronique. Sur le MTX Mobile, la tendance a été inversée. Les conceptions mécanique et électronique représentent respectivement 30 et 20 % du développement alors que le logiciel s'en octroie 40 %.

L'ENTREPRISE

Chauvin Arnoux Le groupe commercialise plusieurs marques (Chauvin Arnoux, Metrix, Pyro-contôle et Enerdis). - 900 collaborateurs - 11% du chiffre d'affaires investis en R&D - 25 nouveaux produits par an - 6 centres R&D dans le monde dont celui de Metrix à Annecy - 7 sites industriels

LE BUREAU D'ÉTUDES

- Établi à Annecy (Haute-Savoie) - 25 personnes - Développe les multimètres, les oscilloscopes et les générateurs. Les outils - Pour la conception mécanique, Metrix et l'agence de design Caligo ont travaillé sous Solidworks alors que le bureau d'études Initial a utilisé Pro/Engineer de PTC. - Le développement électronique a été réalisé sous PADS et la programmation logicielle en langage C.

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