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Le métissage technique, moteur de l'innovation

Propos recueillis par Mirel Scherer
- Innovation tous azimuts, évolution technologique, développement durable... les défis que doit relever la mécanique en ce début de xxie siècle ne manquent pas. Philippe Choderlos de Laclos, du Centre technique des industries mécaniques (Cetim), détaille les leviers sur lesquels peuvent jouer les entreprises.

Industrie et Technologies : Le Cetim connaît, depuis votre arrivée aux commandes, une nouvelle jeunesse. Quelles sont les raisons de cette effervescence ?

Philippe Choderlos de Laclos : Le Cetim a toujours été, pendant ses bientôt quarante ans d'existence, un soutien important de l'industrie mécanique française. Il fallait cependant, à l'instar de l'industrie, améliorer sa réactivité pour faire face aux différents défis mondiaux. Nous avons donc recentré nos activités qui avaient tendance à se disperser entre les quarante métiers auxquels le Cetim s'adresse. L'activité est maintenant organisée autour de douze pôles de compétences qui, en lien avec tout un réseau de partenaires, constituent une offre d'ingénierie globale. Ainsi, dans le domaine de la fatigue des composants et des structures, nous assurons une prestation complète alliant caractérisation, simulation, conception et réalisation des essais.

I. T. : Quel rôle jouera selon vous la mécanique dans le futur ?

P. C. de L. : Je pense que, désormais, c'est la mécanique qui doit entraîner les autres technologies dans le mouvement d'innovation. Mais, pour tenir ce rôle, elle doit relever de nombreux défis : réduction du nombre de pièces, matériaux nouveaux, respect de normes, travail collaboratif, développement durable...

Cela pose un vrai problème aux entreprises de mécanique qui sont, pour la plupart, des PME. Leur salut passe par l'innovation et elles sont confrontées à l'obligation de trouver les solutions pour maîtriser cette fulgurante évolution technologique.

I. T. : Justement, quelles sont les clés de l'innovation en mécanique ?

P. C. de L. : Le métissage technologique est, à mon avis, indispensable aujourd'hui pour passer à un nouveau stade d'innovation. Ainsi, l'usinage à grande vitesse, qui se démocratise peu à peu dans les PME, doit s'accompagner d'autres solutions pour accroître son efficacité. L'usinage à distance via Internet est un bon exemple d'un tel métissage car il ouvre la voie à la fabrication coopérative. Parmi les nombreuses retombées de cette démarche, on peut citer, par exemple, le partage par plusieurs PME d'un équipement et d'une technologie d'usinage qui leur sont d'habitude difficilement accessibles.

Pour le prouver en vraie grandeur, nous avons ainsi mis en oeuvre, avec le Symap, une plate-forme d'usinage à distance qui peut accueillir jusqu'à cinq entreprises. Le Cetim a pris à sa charge les risques financiers de cette opération, à l'exception des coûts d'exploitation qui seront supportés par ces entreprises. Préciforge, Wichard et SVO Plasti & Est seront les premières à l'utiliser à partir de janvier 2005 et ce pendant dix-huit mois.

I. T. : Le mariage de la mécanique, de l'électronique et de l'informatique ne cesse donc de se renforcer...

P. C. de L. : Bien que quelque peu galvaudé, le mot mécatronique n'a jamais été d'une si brûlante actualité. Pour programmer et piloter à distance les machines UGV, les utilisateurs ont besoin, par exemple, de commandes numériques d'un nouveau type, à base de PC évidemment. Cela peut paraître banal mais nos études, lors du projet d'usinage à distance, ont démontré qu'il existe encore beaucoup de problèmes non résolus. C'est d'ailleurs pour cette raison que nous lançons l'étude d'une commande numérique ouverte de ce type avec PCI qui fournira un centre d'usinage à grande vitesse Axelor.

Autre exemple, concernant les machines de levage et de travaux publics, nous testons, sur un démonstrateur, des lois de commande et la technologie sans fil. Lancé en novembre, ce projet rassemble plusieurs spécialistes de la profession et engagera un investissement de 1,6 million d'euros.

I. T. : Pensez-vous que la fabrication rapide se développera également ?

P. C. de L. : Les solutions pour fabriquer plus vite et moins cher constitue naturellement un objectif permanent pour les mécaniciens. Les techniques de fabrication, utilisées dans le prototypage rapide, ouvrent sans aucun doute des voies intéressantes pour les ateliers de mécanique. Nous les testons dans le cadre du programme d'étude de poudres plastiques et métalliques. Le Cetim a ainsi acquis une presse de découpage et compression à grande vitesse exploitant le procédé suédois Hydropulsor. Cinq millions d'euros seront investis sur les trois prochaines années pour développer cette approche nouvelle. L'objectif étant de fabriquer rapidement des pièces bonne matière et aux tolérances indiquées.

I. T. : D'autres défis pour les mécaniciens ?

P. C. de L. : La prise en compte du développement durable. Je pense qu'il n'est plus nécessaire d'insister sur son importance dans le domaine de la mécanique. La législation antipol-lution ne cesse de se durcir et il faut trouver les réponses adéquates. L'usinage à sec en est un bon exemple. Utilisé aujourd'hui dans des créneaux bien ciblés, il se généralisera dès que l'équation économique incitera les usineurs à sauter le pas...

LES CHIFFRES CLÉS

Le Centre technique des industries mécaniques (Cetim) - Les 700 employés du Cetim, dont 500 techniciens et ingénieurs, réalisent un chiffre d'affaires de 85 millions d'euros. - Le Cetim compte 7 000 adhérents dont 85 % sont des PME, trois établissements et deux centres techniques régionaux ainsi que 17 délégations régionales. - Les spécialistes du Cetim participent actuellement à 35 projets européens et poursuivent quelque 350 études techniques.

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