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Le made in France s'exporte au Maghreb

CÉLINE LACOURCELLE rédaction@industrie-technologies.com

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L'Eldorado économique marocain et tunisien n'attire pas que les entreprises. Les écoles d'ingénieurs sont également du voyage avec, dans leur bagage, un modèle pédagogique en phase avec les besoins locaux. À la clé, des diplômes identiques de part et d'autre de la Méditerranée.

Il est des endroits où il faut être. Début 2000, il y a eu la Chine et l'Inde. Aujourd'hui, tout se joue au Maghreb et plus précisément au Maroc et en Tunisie. Les entreprises s'y bousculent. Et, dans leur sillage, les écoles d'ingénieurs françaises. « Le Maroc s'est engagé dans un plan visant à former 30 000 ingénieurs sur trois ans », présente Sylvain Orsat, le directeur général du groupe EIGSI (École d'ingénieurs en génie des systèmes industriels), qui a ouvert en 2006 une école à Casablanca (Maroc), visant la sortie de 50 diplômés par an. Au soutien des autorités nationales, s'ajoute l'encouragement d'entreprises françaises désireuses de recruter des profils proches des standards européens. Jean-Michel Nicolle, le directeur de l'EPF (ex-École polytechnique féminine), en passe de concrétiser un projet à Tanger (Maroc) en association avec une université locale, voit aussi dans cette zone géographique l'opportunité d'avoir accès à tout un continent. « Les étudiants des pays d'Afrique francophones, en intégrant un établissement au Maroc, peuvent obtenir un diplôme de qualité sans connaître les problèmes de visa ni les coûts de scolarité et d'hébergement en vigueur en France. »

Des écoles calquées sur le modèle français

Installations de campus en propre ou partenariats divers, les initiatives développées par les écoles d'ingénieurs françaises varient. Mais elles ont toutes un point commun : celui d'exporter le modèle hexagonal. C'est le cas de la filière commune initiée par l'ENSTA-ParisTech (École nationale supérieure de techniques avancées) et l'École nationale d'ingénieurs de Tunis, qui devrait accueillir ses premiers élèves en septembre 2010. « Elle est totalement calquée sur notre formation tant en termes de contenu, de progression pédagogique que d'organisation », explique Yves Demay, son directeur. Même approche de la part du groupe ESIEA (École supérieure d'informatique, électronique, automatique) : « Lorsqu'un groupe d'enseignement privé marocain nous a sollicités pour l'aider à créer une école dans son pays, nous avons amené l'ensemble de notre ingénierie pédagogique, soit nos programmes, nos règles de sélection des enseignants et des étudiants, notre support informatique, nos documentations... », énumère Gérard Santité, le directeur général. Quant à la structure de Sylvain Orsat à Casablanca, elle est en tout point identique à l'établissement de La Rochelle, elle en porte même le nom : EIGSICA (pour les deux dernières lettres de la ville).

Cette uniformité de fond et de forme facilite les passerelles entre les deux rives de la Méditerranée. Dans le cadre d'une mission pilotée par un groupe de travail franco-tunisien, une école nationale d'ingénieurs, l'ENIB, a été créée en Tunisie en août 2009. « Il est prévu qu'Arts et Métiers-ParisTech forme les enseignants-chercheurs tunisiens », précise Pierre-Jean Barre, le directeur du centre d'Aix-en-Provence, chargé des relations avec le Maghreb. Ces échanges concernent aussi les élèves. Le programme développé par l'ENSTA-ParisTech prévoit ainsi la venue en France de certains inscrits à l'issue des dix-huit premiers mois d'enseignement, en cours et/ou en stage de fin d'études. C'est déjà le cas pour ceux de l'EIGSICA qui peuvent finir leur scolarité à La Rochelle.

Et cela marche. Ces écoles made in France font le plein. Pour preuve, la réussite marocaine de Supinfo. Lancé à Casablanca, l'établissement accueille après un an d'existence quelque 200 étudiants, inscrits en 1ère et 3e année. Depuis, il y a eu une ouverture à Rabat et bientôt à Marrakech, Tanger, Agadir, sans oublier la Tunisie. L'offre est encore juste mais la demande est là...

PLANIFICATION

Le Maroc prévoit de former 30 000 ingénieurs d'ici à 2012.

Les industriels en éclaireurs

Attirées par une main-d'oeuvre bon marché et une proximité tant culturelle que linguistique, les entreprises industrielles françaises tissent leur toile sur cette partie du nord de l'Afrique. La Tunisie demeure ainsi aujourd'hui la première destination des entreprises hexagonales avec 1 150 entreprises tunisiennes comptant une participation française dans leur capital. Au Maroc, ce sont près d'un millier d'entreprises et pratiquement l'ensemble du CAC 40 qui s'y sont installés. Moins spectaculaire, la présence française en Algérie n'en est pas moins conséquente. Avec, à la clé, plus de 200 000 emplois directs générés dans l'ensemble du Maghreb.

OLIVIER COMES DIRECTEUR GÉNÉRAL ADJOINT EN CHARGE DU DÉVELOPPEMENT DE SUPINFOUne opportunité pour les entreprises locales

« Deux phénomènes nous attirent au Maroc et en Tunisie. Il y a, tout d'abord, une jeunesse dotée d'un background scientifique intéressant, acquis lors d'un enseignement secondaire de qualité, qui ne demande qu'à monter en puissance. Ceci s'accompagne de l'émergence d'une middle class capable de s'offrir un enseignement privé et donc payant. D'où l'installation d'établissements - neuf d'ici à cinq ans pour Supinfo dans ces deux pays - pour accueillir cette population, la former et lui donner l'opportunité de fournir à son pays les compétences techniques et managériales manquantes, nécessaires pour tirer les industries vers le haut. »

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