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Le logiciel, plus des deux tiers de notre R&D

Propos recueillis par Ridha Loukil
Malgré la crise qui frappe les télécoms, Alcatel maintient coûte que coûte son effort de recherche et développement. La préparation de l'avenir dans les mobiles ou les réseaux est à ce prix. Mais la R&D dans les télécoms bouge. Fini les équipements dédiés, place désormais aux plates-formes de services. L'électronique et l'optique ne sont plus la priorité. Le logiciel devient le principal vecteur de l'innovation.

Industrie et Technologies Avec Internet et les mobiles, les télécoms ont connu une évolution fulgurante. Comment la R&D suit-elle cette mutation ?

Joëlle Gauthier Le but de la recherche n'est pas de suivre mais d'anticiper l'innovation. Par exemple, notre pôle recherche a été la première entité en interne à travailler sur le téléphone mobile de troisième génération, appelé UMTS. Certains fruits de ces recherches, démarrées il y a trois ans, se trouvent maintenant dans des produits. On travaille aujourd'hui sur la génération d'après qui verra probablement le jour à l'horizon 2006-2007. Nous cherchons à faire passer toujours plus d'information, puisque l'un des enjeux pour demain est, par exemple, d'offrir sur le mobile de la vidéo de bonne qualité et un accès performant au Web. Nous essayons d'anticiper les technologies susceptibles de résoudre certains problèmes.

I. T. Dans quelle mesure le passage au tout numérique influence-t-il votre travail ?

J. G. Le fait que la vidéo ou le son passent maintenant au numérique favorise la convergence avec les télécoms qui sont déjà numériques depuis longtemps. Décodeur télé, console de jeux, PC, mobile... Comment rendre cet ensemble plus simple ? Comment se mettre d'accord sur des protocoles de communication entre ces matériels et le réseau de façon à ce que l'opérateur télécom puisse faire certaines choses à distance - de la configuration, du diagnostic ou de la facturation ? Ce travail se fait avec d'autres acteurs. Notre R&D est de moins en moins isolée. Elle est de plus en plus liée à des domaines connexes comme le cinéma, la télévision ou la distribution de contenu (musique, jeux, films...). L'objectif : définir des solutions de bout en bout. Aujourd'hui, chaque acteur maîtrise une partie du puzzle. Il est illusoire de penser pouvoir tout faire tout seul.

I. T. Comment se répartit l'activité R&D entre matériel et logiciel ?

J. G. Depuis quelques années, le logiciel représente chez Alcatel plus de 70 % de la R&D. Quand nous développons un commutateur public, un routeur Internet ou un système de communication voix-données pour les entreprises, le matériel ne représente qu'une petite partie du travail. Les trois quarts du développement c'est du logiciel et de l'intégration. Un gros PABX contient plus de 10 millions de lignes de code. Quand vous paramétrez aujourd'hui un système télécom, vous le faites par l'intermédiaire du logiciel. Dans une station de base GSM, vous avez bien sûr la partie radio qui fait appel à l'électronique, mais quand vous passez d'une borne à une autre, c'est le logiciel qui gère le transfert. Chez l'opérateur, le logiciel permet la configuration à distance, l'offre de services différenciés, la facturation, etc.

En électronique, on fait appel aux composants du marché, même si dans certains cas nous développons nos propres Asic. Nous ne négligeons pas pour autant des domaines aux limites de la technologie comme l'optique ou la radio. Dans les mobiles, par exemple, l'évolution vers le multimédia réclame une augmentation de la bande passante et pose une problématique de fréquences radio, avec un challenge en termes de consommation électrique, capacité, rayonnement. C'est un aspect important sur lequel nous continuons à travailler.

I. T. À l'instar de l'électronique, le logiciel évolue-t-il vers des standards du commerce comme on l'observe dans les mobiles ?

J. G. Je ne me prononcerai pas sur le cas des mobiles. Il fut un temps où Alcatel faisait tout de A à Z. C'était le cas par exemple pour les commutateurs publics où, il y a une dizaine d'années, on utilisait des systèmes d'exploitation faits maison. Dans les nouveaux équipements de réseaux, vous trouvez des systèmes d'exploitation du commerce. Mais ce n'est pas du Microsoft, c'est du logiciel spécifique, très robuste, adapté au temps réel, basé par exemple sur Linux. Ce logiciel ne remplit toutefois qu'une partie du besoin. Il nous permet de monter en valeur ajoutée et d'aller plus vite dans le développement.

I. T. Pouvez-vous citer un projet européen stratégique pour Alcatel ?

J. G. Nous participons à beaucoup de programmes européens, plus d'une vingtaine. L'un des plus importants dans notre domaine est probablement le programme Muse, dont nous sommes pilote et qui regroupe, dans le cadre du 6e PCRD, un grand nombre d'industriels européens comme Thomson, Philips, Nokia, Ericsson, STMicroelectronics... Objectif : rendre possible la livraison de services voix-données- vidéo sur les réseaux d'accès à large bande comme l'ADSL. Aujourd'hui, ceci est possible mais à faible échelle. On veut aller plus loin. Alcatel se penche tout particulièrement sur les questions de provisionnement et de qualité de service.

LES CHIFFRES CLÉSLa R&D chez Alcatel

- 18 700 personnes, dont 600 en recherche - Six centres de recherche dans le monde, le plus gros à Marcoussis (Essonne), en France - 2 milliards d'euros dépensés par an, soit 13,5 % du chiffre d'affaires en 2002 - 900 brevets déposés en moyenne par an, dont un quart en provenance de la recherche et trois quarts de l'activité développement

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