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Le jet supersonique d’Aerion et Airbus trouve son premier client avec Flexjet

Guillaume Lecompte-Boinet

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Le jet supersonique d’Aerion et Airbus trouve son premier client avec Flexjet

© aerion

Depuis l’arrêt du Concorde en 2003, il n’y avait plus d’avion civil certifié pour voler à vitesse supersonique. Cette situation devrait changer avec l’apparition de l’Aerion AS2, un avion d’affaires qui volera à Mach 1,5 et dont les principales technologies seront apportées par Airbus Group.

Une forme hyper fuselée, une cinquantaine de mètres de long pour une envergure de 18 mètres. Aucun doute : l’AS2, un avion d’affaires conçu par la société américaine Aerion Corporation basée au Nevada, est bien un avion supersonique. Il sera même, si tout va bien, le premier appareil civil supersonique à voler d’ici 2023. Ce qui n’était jusqu’à présent qu’un projet porté depuis 10 ans par le milliardaire texan Robert Bass, chairman d’Aerion, devrait devenir un véritable avion. Une commande ferme portant sur 20 exemplaires a été signée  le 18 novembre dernier par Flexjet, un spécialiste américain de l’aviation d’affaires en partage, donnant au programme AS2 son véritable top départ. Surtout, Aerion a consolidé son partenariat technologique et industriel avec Airbus Group, invité un peu surprise de ce programme supersonique, au travers de ses filiales Airbus Inc. et Airbus Defence and Space. Airbus Group collaborait à ce projet depuis un an, mais sans réalisation concrète.

 

« Nous allons apporter notre expertise dans différents domaines, notamment celui des avions de combat, et en même temps, ce projet nous permettra de nous roder sur les technologies du supersonique adaptées aux avions commerciaux », indique-t-on chez Airbus Group. Le groupe européen va notamment fournir les commandes de vol électriques, le système de gestion du carburant numérisé, les trains d’atterrissage, et surtout, le fuselage et la voilure en matériaux composites, dans lequel Airbus Group possède une solide expérience au travers des avions commerciaux (A350 XWB) ou militaires (A400M, Eurofighter). Pour ne pas être un gouffre à carburant, Aerion a, en effet, fait le choix de la fibre de carbone qui permet d’alléger la masse des aérostructures d’environ 25 % par rapport à l’aluminium. Toutefois, l’AS2 devrait consommer plus de 4 000 litres de kérosène par heure de vol, ce qui laisse songeur au moment où la question du climat est au centre de toutes les préoccupations.

Selon Aerion, l’un des avantages de l’AS2 sera sa flexibilité : il sera ainsi capable de passer du subsonique au supersonique et revenir au subsonique sans perte d’efficacité. Et ce, grâce à l’expertise d’Aerion en matière de CAO et de simulation, qui lui a permis d’optimiser les écoulements d’air le long de la voilure à vitesse supersonique afin de réduire la trainée aérodynamique, donc la consommation de carburant. Cette technologie, la Supersonic Natural Laminar Flow (SNLF), est dérivée de recherches faites par Richard Tracy, le directeur technique d’Aerion, pour la Darpa (l’agence américaine de recherche militaire) dans les années 90. Par ailleurs, la conception de la voilure devait permettre à l’appareil de voler à vitesse supersonique avec un effet de "bang " atténué, ce qui donnera plus de souplesse au pilote pour évoluer au-dessus des zones habitées.

Conçu pour voler à une vitesse maximale de Mach 1,5, soit un peu plus de 1 830 km/h (et Mach 1,2 en vitesse de croisière), l’AS2 attend toutefois de connaître son fournisseur de moteurs. « Ce sera chose faite d’ici le premier semestre 2016 », assure-t-on chez Aerion. Le projet initial prévoyait deux réacteurs Pratt & Whitney JT8-D, un propulseur datant des années 60, très bruyant et gourmand en carburant. Aerion a finalement changé son fusil d’épaule en 2014 en redessinant l’avion avec trois moteurs et en mettant en concurrence tous les motoristes mondiaux pour équiper l’appareil de propulseurs un peu plus modernes et efficaces que le JT8-D. Dans la configuration actuelle, Aerion souhaite des réacteurs développant 16 000 livres de poussée chacun (7,25 tonnes), procurant un rayon d’action de 4 750 miles nautiques (près de 8 800 km) avec 8 à 12 passagers. De quoi mettre Paris à un peu plus de 4 heures et demi de New-York, contre 8 heures avec un appareil classique.

Le constructeur américain assure qu’il effectuera le premier vol de l’AS2 en 2021, pour une entrée en service en 2023. Un calendrier plutôt optimiste : il faut au moins sept à huit ans pour développer et industrialiser un avion "feuille blanche" pour des acteurs aussi rompu à l’exercice qu’Airbus ou Boeing. Aerion joue gros sachant que le budget de développement de son bizjet supersonique se situerait entre 3 et 4 milliards de dollars. La commande de Flexjet, valorisée 2,4 milliards de dollars, tombe à pic.

Guillaume Lecompte-Boinet

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