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Le Japon à la pointe de l'électronique grand public

De notre envoyé spécial à Tokyo, Ridha Loukil
Le Japon à la pointe de l'électronique grand public

© D.R.

- Tokyo, 4-8 octobre 2005. Écrans plats, produits grand public, composants électroniques... Malgré un contexte économique difficile, les Japonais innovent sur tous les fronts.

Le salon Ceatec, qui a réuni près de 800 exposants et attiré quelque 200 000 visiteurs, s'impose plus que jamais comme le principal événement dans les technologies de l'information en Asie. Malgré les difficultés rencontrées par Fujitsu, JVC, NEC, Pioneer, Sanyo ou Sony, l'électronique japonaise affiche des innovations tous azimuts.

Vedette incontestable du salon avec deux grands stands, l'un pour les composants, l'autre pour l'électronique grand public, Toshiba a attiré les foules avec la présentation, pour la première fois, d'un prototype du processeur Cell, complété par un jeu de trois circuits intégrés nécessaires à son utilisation (gestion des entrées/sorties et de l'alimentation). Pour démontrer les capacités phénoménales de calcul de cette puce, développée avec Sony et IBM, on était invité à essayer son miroir magique, sorte de simulateur permettant de voir dans un miroir comment on serait avec une autre coupe de cheveux ou un maquillage. Destinée à animer la console de jeux PlayStation 3 (PS3), qui devrait être lancée au printemps 2006, cette puce sera aussi le moteur des futurs produits numériques de Sony et Toshiba, ainsi que le coeur de certains serveurs d'IBM. Panasonic a répliqué en dévoilant sa plate-forme Uniphier.

Il ne s'agit pas d'un processeur comme Cell, mais d'une bibliothèque matérielle et logicielle où le constructeur peut puiser pour construire, à l'image d'un Meccano, un coeur électronique adapté à chaque famille de produits. Panasonic espère ainsi développer plus vite ses produits, réduire les coûts et gagner en flexibilité, tout en se différenciant des concurrents qui utilisent des technologies banalisées sur le marché. Deux produits tirent déjà profit de cette plate-forme : le Caméscope SDR-S100 sans cassette ni disque, qui enregistre la vidéo sur une carte SD, et le téléphone mobile P901iTV à récepteur intégré de télévision numérique pour l'opérateur NTT DoCoMo.

Au sujet du futur disque optique à haute définition, le salon a donné lieu à une ultime passe d'armes entre Toshiba avec son format HD-DVD et Sony avec son format Blu-Ray. À 20 m de distance l'un de l'autre, les deux consortiums opposés qu'ils mènent ont tenté de séduire les visiteurs avec des disques, des prototypes de lecteurs et des PC portables intégrant la lecture du disque à haute définition. Toshiba a confirmé le lancement commercial à la fin de l'année du HD-DVD avec une soixantaine de titres, ce qui est un atout par rapport au Blu-Ray dont la commercialisation est prévue plus tard, au printemps 2006. Avec la vente de plus de 200 millions d'unités de sa console de jeux PS2 dans le monde, Sony reste cependant confiant, persuadé que la PS3, qui sera équipée d'un lecteur Blu-Ray, offrira à son format un avantage décisif.

Sur le plan technologique, l'innovation était particulièrement forte dans les écrans plats, les enregistreurs vidéo et les composants électroniques.

1. Les écrans plats dans tous leurs états

La technologie plasma continue de s'améliorer sur le terrain de la résolution d'images et de la consommation de courant. Après avoir développé un écran de 65 pouces à pleine haute définition (1 080 lignes de 1 920 pixels), Panasonic étend cette résolution pour 50 pouces tout en maintenant la luminosité au niveau de l'écran de 768 lignes de 1 366 pixels, la résolution la plus courante pour les écrans plasma à haute définition. Pioneer fait la même chose pour un écran de même taille et Hitachi pour un écran de 55 pouces. Ces prototypes devraient arriver sur le marché au troisième trimestre 2006. Il ne reste plus qu'à étendre la pleine haute définition aux écrans de 42 pouces. Une mission difficile car il faudrait réduire encore la taille des cellules, ce qui se traduirait par une baisse mécanique de la luminosité.

Sur le plan de la consommation de courant, Pioneer a mis à nu deux écrans de même taille, un nouveau et un ancien, pour montrer l'allégement de l'électronique et les économies d'énergie. Un compteur affiche pour chacun la consommation de courant en temps réel. Ainsi on peut apercevoir une baisse moyenne de 31 % sur le 50 pouces et de 23 % sur le 43 pouces.

Dans la filière LCD, Sharp a ébloui les visiteurs avec un écran de 45 pouces offrant un rapport de contraste impressionnant de 1 million contre 1 500 au maximum aujourd'hui. Il se destine aux professionnels de la vidéo et des studios de télévision.

Dans les petites tailles, plus besoin de panneaux tactiles pour disposer d'écrans qui obéissent au doigt ou au stylet sur un assistant personnel ou un téléphone mobile intelligent. Toshiba a réussi l'intégration de capteurs de lumière dans la matrice de commande des pixels des écrans LCD de 2,4 et 3,5 pouces. De quoi disposer d'écrans tactiles plus minces et moins chers.

De son côté, Casio porte la résolution des écrans de 2,4 pouces, utilisés sur les téléphones mobiles, au niveau VGA (640 x 480 pixels) des moniteurs informatiques standards, quatre fois celle des écrans les plus avancés équipant aujourd'hui les téléphones portables. Cette évolution s'inscrit dans la perspective de la télévision sur les mobiles, dont le lancement est programmé au Japon pour avril 2006.

Dans l'automobile, la technologie LCD se plie aux contraintes et besoins du secteur avec chez Optrex un 8,4 pouces fonctionnant dans une plage de températures de - 30 à + 85 °C et un 7 pouces affichant deux images différentes selon qu'il est regardé de gauche ou de droite (Sharp fait la même chose). Ainsi, le même écran peut fournir au chauffeur des plans et des informations de navigation, pendant qu'il offre au passager à côté la possibilité de regarder un film ou des clips vidéo. La société rend aussi possible la découpe d'écrans LCD en demi-lune pour les cadrans de la planche de bord (vitesse, essence, température).

Les premiers écrans FED (à effet de champ) arrivent avec la démonstration par Futaba de produits de 3 à 14,4 pouces, spécialement conçus pour l'industrie. Sa technologie peut être appliquée à des écrans plus grands, jusqu'à 20 pouces aujourd'hui. La commercialisation est prévue en 2006 ou 2007.

Enfin, la vision en trois dimensions (3D) sur des écrans LCD est mise en oeuvre chez Toshiba (15,4 et 24 pouces), Optrex (8,4 pouces) ou encore Hitachi (9 pouces). Si Toshiba vise des applications industrielles (formation, CAO, simulation, médical...), d'autres s'intéressent à la navigation automobile.

2. La capacité des enregistreurs vidéo s'envole

Avec le développement de la télévision à haute définition, les enregistreurs vidéo voient la capacité de leurs disques durs exploser. Alors que les lecteurs-enregistreurs de DVD actuels à définition standard se limitent couramment à 250 Go, la capacité atteint pour les appareils à haute définition 400 Go chez Panasonic, Pioneer ou Sony. Elle monte même à 500 Go chez Sharp, 600 Go chez Toshiba et 1 000 Go chez Hitachi ! La platine DV-DH1000W de ce dernier embarque deux disques durs de 500 Go chacun. De quoi enregistrer 120 heures de télévision en pleine haute définition au standard Hi-Vision au Japon (1 080 lignes de 1 920 pixels, en balayage progressif). Bien sûr, tous ces nouveaux enregistreurs sont équipés de l'interface numérique HDMI, indispensable pour enregistrer et visionner en haute définition sans perte de qualité.

L'enregistreur vidéo s'incruste aussi dans les téléviseurs à écran plat. Ainsi, Hitachi en propose un à disque dur de 160 Go intégré dans des téléviseurs plasma de 37 à 55 pouces et LCD de 32 et 37 pouces.

3. Composants : toujours plus petits et plus performants

Sanyo démontre son savoir-faire dans la miniaturisation avec un tuner de télévision numérique de 12 x 12 x 1,3 mm, présenté comme le plus petit du marché. Consommant seulement 110 mW, il s'adresse aux futurs téléphones mobiles recevant la télévision. En tout cas, il est plus petit que le tout nouveau tuner miniature de Panasonic (16 x 15 x 1,6 mm) destiné à la même application.

En revanche, Panasonic revendique le record de miniaturisation pour son nouveau module sans fil. D'une taille inférieure à une pièce de 20 centimes, ce composant de communication radio à 400 MHz est 65 fois plus petit que l'ancien tout en consommant 3 fois moins de courant (14 mA) et en dou-blant la vitesse de transmission à 14,4 Kbit/s. Seul sacrifice : la portée passée de 300 à 100 m. Il se destine à des applications d'automatisation dans la logistique, la distribution, le bâtiment, la voiture ou le contrôle industriel.

Le module sans fil MTC de Murata s'adresse, lui, à des applications de sécurité. Conforme aux spécifications du consortium japonais SPC, il fonctionne à 300 MHz. Emporté sur soi dans une clé, un badge ou un téléphone mobile, il permet de sécuriser l'accès personnel au poste de travail, à la voiture ou à la maison. Par exemple les portières de la voiture s'ouvrent automatiquement quand on s'en approche et se condamnent quand on s'en éloigne. Le logiciel d'application a été développé par la société Superwave. Le module sera proposé à 10 dollars. Le prix pourrait baisser à 5 dollars en cas de large diffusion.

Dans les diodes électroluminescentes (Led) blanches, Citizen pulvérise le record de rendement lumineux. Avec son module CL-L100 à 245 lm pour 3,5 W, elle met l'éclairage Led au niveau des lampes à fluorescence. Ce composant de 40 x 4 x 0,75 mm intègre quatre diodes blanches de 0,3 mm de côté fournies par le japonais Nichia. Une barrette ou un spot à dix modules délivre la même lumière qu'une lampe à fluorescence de 40 W. Citizen s'apprête à échantillonner le module CL6525 à 95 lm pour 1,2 W. De quoi augmenter le rendement à 95 lm/W, contre 80 lm/W pour le CL-L100. Applications visées : le rétroéclairage d'écrans LCD, les phares de voiture (Stanley le propose déjà) et, à terme, l'éclairage intérieur. Mais pour se banaliser dans le grand public, cette technologie a encore besoin d'accomplir d'énormes progrès à la fois en rendement et en coût.

VU AU SALON

Un module sans fil miniature > Panasonic réduit la taille de son composant de communication radio à 400 MHz. Par rapport à l'ancien (à gauche), le nouveau composant est 65 fois plus petit et 3 fois plus sobre, tout en doublant sa vitesse de transmission à 14,4 Kbit/s.

Record d'enregistrement pour les graveurs DVD > Avec son double disque dur de 500 Go, le DV-DH1000W d'Hitachi offre une capacité d'enregistrement record : 120 heures de télévision à haute définition à 1 080 lignes de 1 920 pixels.

La consommation des écrans plasma en baisse > En mettant à nu deux écrans plasma, un ancien (à gauche) et un nouveau (à droite), Pioneer démontre avec les compteurs de consommation l'économie d'énergie : 31 % en moyenne sur l'écran de 50 pouces.

Une puce modulaire pour les produits numériques > Avec sa plate-forme Uniphier, Panasonic construit plus vite et moins cher le coeur de ses produits numériques en puisant dans une bibliothèque de blocs électroniques et logiciels.

Rendement record pour les diodes électroluminescentes > Avec son module à 245 lm pour 3,5 W, Citizen porte le rendement lumineux des diodes blanches à 80 lm/W, au niveau de celui des lampes à fluorescence (ci-contre une barrette utilisant dix de ces modules).

Le Mégaprocesseur Cell > Toshiba présente le prototype de ce processeur ainsi que le jeu des trois puces nécessaire à son utilisation. Première application : la console de jeu PlayStation 3 de Sony qui devrait être lancée au printemps 2006.

ENTENDU À LA CONFÉRENCE

Face à l'érosion continue des prix et à la tendance à la "commoditisation", nous devons développer des technologies de différenciation forte comme la puce Cell, et proposer des produits uniques comme notre téléphone Walkman.» Howard Stinger PDG de Sony

ON N'ARRÊTE PAS LE PROGRÈSLE ROBOT FAIT DU VÉLO

- Après le robot qui marche (l'Asimo d'Honda), puis celui qui danse (le Qrio de Sony), voici le robot sur bicyclette de Murata, l'une des grandes attractions du salon. Télécommandé par ordinateur, il peut rouler sur une bande de 2 cm de large puis s'arrêter et se maintenir en position d'équilibre sans tomber. La démonstration vise à mettre en relief le savoir-faire de Murata dans les capteurs. Le robot est en effet équipé de deux capteurs gyroscopiques pour le contrôle du mouvement en 3D, d'un capteur aux ultrasons pour la détection d'obstacles et d'un capteur de choc mécanique pour la reconnaissance du type de terrain sur lequel il roule.

ET AUSSI

- L'écran électroluminescent Aurora Vision de 21 m de diagonale de Mitsubishi, avec des pixels à trois diodes Led au pas de 6 mm. - Le capteur d'images Cmos à 10 millions de pixels de Sony et le premier appareil numérique Bridge l'utilisant (le DSC-R1) . - Le robot Emiew d'Hitachi capable de programmer l'enregistreur vidéo en fonction de votre profil et de visionner à la demande les enregistrements. - L'interface "flottante" de Pioneer, un écran de 15 pouces offrant la vision en 3D avec des objets tactiles qui paraissent flotter dans l'espace. - La caméra Gigashot de Toshiba à capteur CDD de 5 mégapixels et disque dur de 4 Go, première application du tout nouveau disque dur miniature de 0,85 pouce de Toshiba.

RAFRAÎCHISSANTL'ÉLECTRONIQUE REFROIDIE PAR EAU !

- Le moteur de voiture est refroidi à l'eau. Panasonic reprend le principe pour le refroidissement de la lampe dans les vidéoprojecteurs. Résultat : la lampe dure plus longtemps et le bruit baisse grâce à la suppression du ventilateur. Selon Panasonic, le niveau sonore tombe à 29 dB, contre 35 à 38 dB avec le système actuel de refroidissement à ventilateur. Un prototype de vidéoprojecteur à haute définition exploite cette technologie pour des applications de cinéma à domicile où le silence est important.

GRAND SPECTACLEMITSUBISHI FAIT SON CINÉMA

- On le prend pour du cinéma 3D. Le dôme de Mitsubishi affiche des images d'une résolution de 2 000 x 2 000 pixels sur un écran hémisphérique de 6 m de diamètre. Six vidéoprojecteurs LCD fournissent chacun une partie de l'image. Ils sont contrôlés par ordinateur de façon à ce que le spectateur aperçoive une seule image sans jeu ni couture. Première application visée : la simulation de conduite de voiture.

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