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Le démantèlement nucléaire au défi de l'industrialisation

HUGO LEROUX

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Le démantèlement nucléaire au défi de l'industrialisation

Le surgénérateur Superphénix de Creys-Malville (en Isère)

© CEA ; D.R.

De nombreux industriels se positionnent sur le filon de la « déconstruction » nucléaire. Mais chaque chantier s'annonce unique et complexe. Malgré le développement d'outils innovants, la possibilité de les transférer d'un site à un autre reste à démontrer.

Le démantèlement des installations nucléaires constituera une filière à part entière. Sur les 125 installations nucléaires que compte la France, 30 sont en cours de démantèlement, dont 9 réacteurs industriels. Et le gros du marché reste à venir, avec 58 réacteurs de seconde génération en cours d'exploitation. Pour y faire face, tous les acteurs, de l'exploitant EDF aux chaudronniers Areva et Westinghouse, des constructeurs Bouygues ou Vinci aux sous-traitants Onet ou Spie nucléaire cherchent la martingale : une technique de démantèlement rapide et efficace.

Un état des lieux crucial

Car les chantiers en cours sur les huit centrales de première génération françaises affichent des résultats... inégaux. Symbole des crispations : la centrale de Brennilis (Finistère). Présenté par EDF comme un fer de lance de la filière du démantèlement dès son arrêt en 1985, son chantier a connu de nombreuses phases d'arrêt. Le démantèlement de son bâtiment réacteur n'est toujours pas entamé. EDF justifie ce retard en invoquant le design unique de cette centrale expérimentale « eau lourde - gaz », rapidement abandonné, et les recours à répétition des associations de riverains. Le piétinement illustre toutefois la complexité technique et administrative du processus.

Pour éviter ce type de situation, un premier enjeu du démantèlement consiste à émettre des « scénarios » de travail réalistes, évitant les surprises en cours de route. Veolia Environnement a ainsi récemment signé un accord avec le CEA sur le transfert de technologies de cartographie radiologique des installations nucléaires. « L'objectif est de faciliter l'identification des "points chauds", pour organiser les opérations de manière à minimiser les expositions potentielles, les déchets générés et le temps passé sur le démantèlement », explique Christophe Béhar, responsable des activités nucléaires au CEA.

Une fois en phase opérationnelle, les normes de radioprotection strictes impliquent souvent de réinventer les modes opératoires. Certains sont répétables : la découpe des éléments très radioactifs s'est ainsi généralisée en piscine, l'eau ayant le double mérite d'emprisonner les rejets et d'agir comme écran radiologique. D'autres décisions s'élaborent au cas par cas. Pour écroûter un mur de béton, les procédés sont par exemple déterminés par l'ampleur de la contamination : déposition de gels chimiques, détergents, abrasion à l'eau sablée, destruction par micro-ondes... jusqu'au dispositif Aspilaser. Industrialisé par le CEA et la société SDMS, il est capable de vaporiser une couche de mur à distance. « Il faut prévoir chaque opération sous l'angle du confinement. L'objectif est de limiter la dispersion de la radioactivité qu'elle génère sous formes de poussières ou d'effluents », résume Alain Ensuque, directeur du Centre d'ingénierie et de déconstruction nucléaire (Ciden) d'EDF. Ce confinement amène souvent à bâtir, autour des travaux, des bungalows et tentes étanches qu'il faut ensuite déconstruire et reconstruire plus loin.

Quand les rayonnements sont trop importants, les dispositifs télé-opérés prennent le relais. Leur utilisation plus systématique pourrait faciliter la tâche des opérateurs. Des chercheurs du CEA planchent ainsi sur un système de réalité virtuelle dans lequel un ouvrier commande à distance un bras esclave, dont il visionne les actions sur un plan virtuel en 3D.

Chaque démantèlement est unique

Autre sujet sensible : la gestion des déchets nucléaires de moyenne et haute activité. « Temporairement » entreposés sur certains lieux de démantèlement ils attendent l'ouverture du site d'enfouissement à grande profondeur Cigéo à Bure (Meuse) en 2025. Ils font l'objet de travaux de recherche constants de l'Agence nationale des déchets radioactifs (Andra) sur des méthodes de conditionnement plus sûres. Les conditions de ces dépôts temporaires sont très contrôlées, assure l'Andra, sans parvenir à rassurer pleinement les associations.

Au bout du compte, un constat demeure largement partagé : chaque démantèlement est unique. Les conditions de radioactivité, l'historique des installations et les opérateurs différant dans chaque cas, on ne peut pas s'épargner de réévaluer, la manière optimale d'opérer. Le phénomène d'apprentissage devrait cependant valoir sur les 58 réacteurs de seconde génération : « Avec un retour d'expérience suffisant, on peut réduire à une quinzaine d'années leur temps de démantèlement », estime Grégoire de Laval, directeur de la stratégie des activités de démantèlement chez Areva.

300 RÉACTEURS dans le monde devront être arrêtés d'ici à 2020. 220 MILLIARDS D'EUROS c'est le coût du marché du démantèlement des 300 réacteurs selon le cabinet Arthur D. Little. 2 300 000 m3 DE DÉCHETS RADIOACTIFS seront stockés en France en 2030, dont 4 % de déchets moyennement et hautement radioactifs à vie longue, selon l'Andra.

Superphénix : objectif 2025

Précurseur des réacteurs de 4e génération refroidis par du sodium liquide, le surgénérateur Superphénix de Creys-Malville (en Isère) est à l'arrêt depuis 1992. Mais son démantèlement pourrait également s'avérer riche d'enseignements pour la « Génération IV ». Le chantier bute en effet sur un défi : purger ses circuits de quelque 5 500 tonnes de sodium. Pour neutraliser cette substance extrêmement explosive face à l'humidité, tout un procédé de neutralisation sous forme de soude a été mis en place... Avec un débit modéré : la fin du démantèlement est prévue pour 2025.

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