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Le décisionnel s'invite en production

ELIANE KAN
Le décisionnel s'invite en production

JEAN-MARIE MESSAGER DIRECTEUR CONSULTING INDUSTRIE-SERVICE, LEADER DE LA COMMUNAUTÉ BI CHEZ SOPRA CONSULTING

© D.R.

Qu'ils soient généralistes ou dédiés à l'industrie, les logiciels décisionnels, déjà utilisés en finance, marketing et commercial, trouvent leur place en production. Ils épaulent la prise de décision grâce à des indicateurs clés délivrés par une plate-forme connectée à l'ensemble des applications métiers de l'entreprise.

Après s'être imposée auprès des directions financières, et des services marketing et commerciaux, l'informatique décisionnelle, ou business intelligence (BI), s'attaque désormais à la production. En vue, l'amélioration du pilotage de l'activité afin de gagner en productivité et en rentabilité grâce à des indicateurs de rendement, de qualité ou de maintenance calculés en temps réel. Les directeurs d'usines ne sont d'ailleurs pas les seuls concernés. Ces technologies de collecte, d'analyse et de mise en scène des données pour analyser des tendances, pointer des corrélations et détecter des anomalies intéressent toute la chaîne de production, depuis les responsables de sites jusqu'aux techniciens de maintenance.

Bien sûr, l'exploitation des indicateurs de production ne date pas d'hier. L'EMI (Enterprise manufacturing intelligence), ou décisionnel industriel a démarré il y a une dizaine d'années, avec l'ajout d'une couche décisionnelle au-dessus des solutions métiers. « Il s'agit soit de fonctionnalités développées par des éditeurs de PLM (Product lifecycle management), MES (Manufacturing execution system) ou EAM (Enterprise asset management), soit de briques décisionnelles additionnelles fournies par des acteurs spécialisés », explique Laurent Pasquette, responsable de l'offre Enterprise-performance-management chez Euriware-Areva. Parmi les spécialistes du BI généraliste, citons IBM (Cognos Business Intelligence), SAP (Crystal Report) ou encore Qlik Technologies (Qlickview), qui s'intègrent dans des logiciels de maintenance ou de planning. Comme ses concurrents, ce dernier propose une plate-forme décisionnelle « intégrée », qui aide à détecter des corrélations entre les données stockées dans le système d'information industrielle et celles provenant des autres applications, comme la gestion commerciale, la finance, la qualité, la maintenance ou la logistique. « Ces corrélations aident les industriels à valoriser les activités et à produire des indicateurs physico-financiers », explique le consultant, « Ils permettent aussi de se comparer avec d'autres entités ou avec l'extérieur ».

Intégration de données publiques

Ces évolutions sont rendues possibles notamment par la technologie « In Memory ». Laquelle consiste à stocker les données non sur le disque dur, mais dans les mémoires « vives » des serveurs. « Résultat : les temps de réponse sont divisés a minima par 10. Et parfois beaucoup plus », commente Laurent Pasquette. Ces performances techniques permettent de traiter rapidement un grand volume d'informations. Grâce à quoi, les platesformes décisionnelles peuvent se combiner à de grandes bases de données publiques, afin d'intégrer certaines informations clés. Comme des seuils réglementaires ou des règles de calcul « normalisées » pour la construction d'indicateurs.

Exploitation en temps réel

L'offensive des grands éditeurs de BI dans le monde de l'industrie n'effraie pas forcément les éditeurs de MES et de superviseurs d'automatismes Scada (Supervisory control and data acquisition). À l'instar de Invensys, Siemens, Rockwell Automation qui ont ajouté une brique décisionnelle à leurs solutions. Baptisée EMI (Enterprise manufacturing intelligence, en français décisionnel industriel), elle sait exploiter en temps réel les données industrielles issues des systèmes qui pilotent les automates, machines et autres équipements. « Très peu de logiciels de BI généralistes savent traiter ce type de données », fait valoir Jérémy Saada, responsable commercial de l'activité logiciels d'Invensys en France, un des acteurs historiques du décisionnel industriel.

« En outre, les liens qui relient les systèmes d'informatique industrielle avec les ERP sont souvent issus de développements spécifiques ou avec des outils bureautiques de type Excel ou Access », ajoute de son côté Fabrice Marc, responsable de l'offre MES/EMI chez Invensys en France. L'éditeur de la solution Wonderware EMI Software Solution joue pour sa part sur sa capacité à absorber les flux de données dans un temps très court et à les combiner avec des informations provenant d'autres applications métiers. À commencer par les ERP de SAP et Microsoft Dynamics. De quoi séduire le marché, sachant que pour l'heure moins d'un tiers des industriels sont équipés de EMI.

Pour favoriser l'expansion du BI à tous les collaborateurs de l'entreprise, les éditeurs font l'effort de rendre les logiciels plus intuitifs. De sorte que chacun puisse créer ses propres indicateurs et tableaux de pilotage, de manière autonome en limitant l'intervention de la DSI. C'est notamment le cas de Productys dont le logiciel « Productys Explorer » se connecte à tous les MES et ERP du marché. Utilisé notamment par Schneider Electric, il permet à ses utilisateurs de partager la même information d'un site à l'autre. De sorte que tous les services travaillent avec les mêmes données. On comprend pourquoi les logiciels décisionnels tendent à intégrer des fonctionnalités collaboratives. « Les utilisateurs peuvent ainsi partager l'information et commenter leur reporting et chacun des indicateurs essentiels, notamment sur le rendement, la qualité ou la maintenance, par exemple à travers des fils de discussions et de workflow de validation », souligne Laurent Pasquette.

Des logiciels adaptés aux terminaux tactiles

Une autre évolution notable des logiciels de BI et d'EMI porte sur les nouveaux modes d'interactivité. D'une part pour s'adapter aux situations de mobilité, à travers des terminaux tactiles de type tablettes ou smartphones, d'autre part en jouant sur des représentations graphiques aisément compréhensibles (data visualisation). « Dans ce contexte, la façon de présenter l'information et le choix de la représentation graphique devient cruciale pour aboutir à une compréhension commune et rapide de la situation », observe Laurent Pasquette. Qlik Technologies expérimente d'ailleurs une nouvelle interface qui permet aux utilisateurs d'accéder à des informations sans se servir d'un clavier ou d'une souris, en utilisant un capteur Kinect. Ce qui intéresse de près les opérateurs travaillant en combinaisons de protection dans des salles blanches ou des laboratoires ou dans des entrepôts. Ces derniers se connectent à l'application et font leur sélection dans des listes ou sur des graphiques par un simple mouvement de la main ou des doigts.

TROIS TENDANCES DANS LE PILOTAGE DE L'ACTIVITÉ

1. TRAITER UNE QUANTITÉ CROISSANTE DE DONNÉES - Le logiciel Wonderware EMI Software Solution d'Invensys traite en temps réel un grand volume de données issues de la production provenant de différentes sources : automates, superviseurs, bases de données techniques (datahistorian). Ce qui permet aux utilisateurs d'accéder à des niveaux détaillés d'informations et de naviguer dans le temps avec plus ou moins de finesse. 2. ACCÉDER À SES INFORMATIONS SUR TABLETTE - Les tableaux de bord conçus par les utilisateurs Excel avec la version 7 de BiXAnalytics de BiX Software seront déployés en un clic sur des tablettes, via un serveur web. Les utilisateurs pourront même les partager à distance. La licence sera vendue au prix indicatif de 2 000 euros. 3. MISER SUR LE CLOUD - Proposé en mode cloud, le logiciel de Productys Explorer permet aux utilisateurs de créer à distance leurs propres tableaux de manière autonome, sans recourir à la DSI. Ils peuvent visualiser en temps réel les indicateurs de production et les comparer d'un site à un autre. Disponible depuis un an, la version complète du logiciel est proposée au prix indicatif de 7 500 euros.

Des technologies en plein essor

13,8 milliards de dollars C'est le montant que devrait atteindre le chiffre d'affaires mondial des logiciels de business intelligence cette année, selon une étude récente de la société de Conseil américaine Gartner. Cela représente une augmentation de 70 %. Les dix entreprises considérées comme les plus performantes sont IBM, Oracle, Microsoft, SAP, SAS, Information Builders, Microstrategy, Qlik Tech, Tableau Software et Tibco Spotfire.

JEAN-MARIE MESSAGER DIRECTEUR CONSULTING INDUSTRIE-SERVICE, LEADER DE LA COMMUNAUTÉ BI CHEZ SOPRA CONSULTING «Les logiciels de big data favoriseront la compression du cycle décisionnel »

Grâce aux logiciels de big data, les entreprises peuvent stocker des données sans limite de volumétrie et de détail. Elles peuvent ainsi modéliser leur fonctionnement sur un système décisionnel unique, connecté à des sondes et des capteurs pour contrôler, analyser et piloter leur activité en temps quasi réel. On parle de compression du cycle décisionnel. L'autre tendance consistera à y intégrer des données non structurées, collectées par exemple sur des forums ainsi que d'autres données structurées, issues par exemple de l'Internet des objets. L'automobile et l'énergie sont déjà très avancées, avec la voiture connectée et les compteurs intelligents, qui nécessitent de manipuler de plus en plus de données.

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