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LE COÛT D'UN BIEN N'EXISTE PAS !

- Dans un ouvrage qui vient de paraître*, Claude Riveline soutient une thèse insolite sur le coût des biens et des services. Il se livre ici à une explication de texte à destination des ingénieurs.

Les Presses de l'École des mines de Paris publient mon cours d'Évaluation des coûts, que j'enseigne depuis plusieurs décennies aux Mineurs et aux X-Mines, et qui constitue pour eux un outil de travail qui leur sert tout au long de leur carrière. Il repose sur une proposition insolite : le coût d'un bien n'existe pas ; seul existe le coût d'une décision ou d'un événement pour un observateur déterminé.

La plupart des biens et des services sont assortis de coûts de revient comptables qui permettent de répondre à des questions telles que : est-il produit au moindre coût ? est-il vendu au juste prix ? Mais ces coûts de revient sont des moyennes, qu'on ne peut évaluer qu'en choisissant conventionnellement des charges comptables que l'on retient au numérateur et les quantités que l'on retient au dénominateur, c'est-à-dire en choisissant le domaine de l'espace et l'intervalle des temps concernés. À la limite, va-t-on inclure les effets sur l'emploi, sur l'environnement, sur la balance commerciale du pays ? Va-t-on faire le calcul sur l'année ou le trimestre ? Il est clair que la réponse dépend de qui se pose la question et pour quoi faire.

Ces calculs comptables sont imposés par des règlements, et lorsque les choses varient peu, ils présentent peu de dangers. Mais en univers perturbé, notamment en matière d'innovations, ils deviennent franchement nocifs.

La méthode proposée par ce livre élimine toute convention, toute moyenne, toute ventilation arbitraire, pour ne retenir que les dépenses effectives liées à la décision concernée. C'est bien le point de vue de l'ingénieur qui domine, à savoir celui de l'action et des faits observables. Elle ne laisse perdre aucune information, et elle permet de recenser des aspects qualitatifs des décisions, comme l'incertitude et le risque.

Les chiffres sont fallacieux et les personnes logiques

Par ailleurs, cette méthode met l'accent sur la diversité des points de vue face à une même décision. Or, chacun sait que dans la vie des entreprises, trois points de vue (au moins) s'opposent classiquement : celui du fabricant, celui du commerçant et celui du financier. Le fabricant se préoccupe de la saturation des machines, de régularité et de qualité. Le commerçant aime le changement, la rapidité de réaction, le respect des délais. Le financier surveille la trésorerie. Face au même projet, leurs réactions diffèrent, et la méthode proposée dans ce livre met en pleine lumière les points de divergence et facilite la recherche de compromis.

Les deux derniers chapitres justifient le sous-titre de l'ouvrage : Éléments d'une théorie de la gestion. Ils développent l'idée que chacun retient comme critère de choix les critères sur lesquels il se sent contrôlé. Jugez quelqu'un sur des tonnes, il fera des tonnes. Jugez-le sur des euros, il fera des euros. Si vous le jugez tous les jours, ou seulement une fois par mois, l'effet ne sera pas du tout le même. Cette idée peut paraître triviale, mais elle implique que nous sommes tous de bons élèves zélés et soucieux d'être bien jugés, donc prévisibles. Comme toujours en sciences humaines, ce n'est pas toujours vrai, mais c'est une bonne hypothèse de travail.

En résumé, ce livre développe deux idées nouvelles : le bon sens suggère que les chiffres comptables sont fiables et précis, et les personnes frivoles. Ce livre affirme à l'inverse que les chiffres sont fallacieux et les personnes logiques.

(*) Évaluation des coûts - Éléments d'une théorie de la gestion, 148 pages, 29 euros.

« SEUL EXISTE LE COÛT D'UNE DÉCISION OU D'UN ÉVÉNEMENT POUR UN OBSERVATEUR DÉTERMINÉ. »

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