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Interview

"Le climat n'attendra pas les nouvelles énergies"

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La Conférence de Copenhague se conclut ce vendredi. Face au défi climatique, Emmanuel Kerrand, Directeur Technologies de GE Energy, constate que les nouvelles énergies ne seront pas matures à temps.

Industrie et Technologies : La conférence de Copenhague se conclut sur un sentiment d'inachevé. Accord final ou non, A-t-on la réponse technologique au défi climatique ?

Emmanuel Kerrand : La technologie est au coeur du changement climatique. C'est elle qui laisse une empreinte sur la planète. Mais les spécialistes ne nous donnent que 10 ans pour agir. Le climat n'attendra donc pas les nouvelles énergies. Les innovations de rupture, comme la fusion nucléaire, l'hydrogène ou les hydroliennes, sont encore dans les laboratoires. Elles ne seront pas disponibles avant plus de 15 ans. Ce sera trop tard. A court terme, la réduction de nos émissions de CO2 passe forcément par des solutions déjà matures.

I&T : Eolien, solaire, nucléaire... Les candidats ne manquent pas. Mais comment choisir ?

E. K. : Si l'on remplaçait toutes les centrales à charbon par des turbines à gaz, on pourrait réduire d'un tiers leurs émissions. L'éolien est une autre solution mature. Les performances de ces deux technologies s'améliorent constamment en augmentant leurs rendements. Pour le reste, les sauts technologiques demandent du temps. Les énergies renouvelables sont incontournables. Il faut continuer à les développer. Mais le solaire n'est pas encore au point. Le photovoltaïque à couches minces changera la donne dans une dizaine d'années. Le nucléaire jouera un rôle, mais limité. Ses investissements se font sur des cycles très longs. Quant aux voitures électriques, elles diminuent localement les émissions... C'est inutile si on démarre des centrales thermiques pour les recharger.

I&T : les turbines à gaz comme solution à court terme... Leur impact sur l'environnement n'est pourtant pas neutre...

E. K. : Les théoriciens demandent à une énergie "propre" de ne pas utiliser de ressources fossiles. Mais ce n'est pas pour tout de suite. Nous augmentons le rendement de nos turbines en améliorant la compression du gaz, en réduisant les fuites et en augmentant la température de flamme. Ensuite, si on développe la capture et le stockage de CO2, les turbines à gaz seront moins polluantes. Cette solution doit d'abord passer par des tests à l'échelle industrielle. Elle consomme encore trop d'énergie. Mais d'un point de vue technologique, rien n'empêche de passer à la phase de pilotes industriels pour prouver la validité de ce système.

Propos recueillis par Thomas Blosseville

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