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Le cimentier joue l'énergie éolienne

Thierry Mahé

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Le cimentier joue l'énergie éolienne

Le choix du site éolien à Tétouan, au Maroc, a été fait en concertation avec les autorités locales et les habitants.

© D.R.

L'usine marocaine de Lafarge Ciments est une vitrine mondiale en matière de développement durable. L'éolien y couvre 40 % des besoins énergétiques.

Le français Lafarge, leader mondial des matériaux de construction, se targue d'une réalisation pionnière. Sa cimenterie marocaine de Tétouan couvre en effet 40 % de son énergie en local, grâce à un parc de douze éoliennes de 850 kW chacune. Cette usine (Tétouan II) a pris le relais du site historique, fermé en 2002.

Saâd Tazi, directeur de l'activité combustible et matières premières de substitution de Lafarge Maroc, est l'architecte de ce projet. Il explique : « La production éolienne s'est vite imposée, cette région, au nord du Maroc, proche du détroit de Gibraltar, offre en effet un fantastique gisement éolien, avec des vents en continu de 5 à 12 m/s. Cet investissement était aussi en parfait accord avec l'objectif de Lafarge de réduire de 20 % sa production de CO2 en 2010. »

Des progrès tous azimuts

L'usage massif des énergies renouvelables n'est qu'un des aspects du développement durable mis en place à Tétouan. Les progrès sont tous azimuts : traitement des effluents, réduction des nuisances sonores, des émissions gazeuses, de la consommation d'eau, optimisation des procédés de concassage-broyage, inclusion de cendres provenant des centrales thermiques au ciment... En outre, « tous les gros moteurs électriques ont été isolés du sol, et nous avons privilégié la voie sèche, beaucoup moins gourmande en énergie, à l'aide de précalcinateurs », souligne le chef de projet. Rien qu'au plan de la consommation d'énergie, Tétouan II réalise une économie de 30 % sur une cimenterie conventionnelle.

Il est vrai que l'activité ciment, qui fait appel à de lourdes installations de broyage et de cuisson, est très énergivore, l'usine consommant 100 millions de kWh/an. « L'énergie représente 20 % du coût final du matériau », précise Saâd Tazi. Or, si l'industrie cimentière au Maroc est en plein essor, l'électricité que produit le pays - essentiellement à partir de charbon - est très chère.

Après dix-huit mois de prospection des sites, le parc éolien est mis en place, doté d'une capacité de 10 MW. « En fait, nous aurions pu faire beaucoup mieux... le gisement éolien étant trois fois plus important. Mais la loi marocaine limitait à 10 MW l'autoproduction locale sur un site. Nous ne sommes pas peu fiers d'avoir obtenu la révision de la loi. Le seuil est aujourd'hui de 50 MW. Avant le premier semestre 2008, nous allons porter le nombre d'éoliennes de douze à trente-six. Ce seront 20 MW produits localement, l'énergie excédentaire étant transportée vers les autres usines de Lafarge Maroc, via le réseau national électrique », se félicite Saâd Tazi. Qui regrette cependant l'augmentation du prix des éoliennes. Les éoliennes de 850 MW sont fournies par le constructeur espagnol Gamesa qui détient 15 % du marché mondial.

26 millions de tonnes de rejet de CO2 en moins

Pourquoi ne pas absorber localement toute la production éolienne ? Parce que marier les énergies renouvelables et conventionnelles soulève d'épineux problèmes de qualité du courant. Au point que les experts fixent à 10-20 % le ratio d'énergie locale. Au delà, se produit une dégradation du cos phi du réseau, parfois au-dessous du seuil admis de 0,9. De plus, une cimenterie produit - et donc consomme - 24 heures par jour, 330 jours par an. La continuité de la production électrique est, elle aussi, un frein à produire davantage d'énergies renouvelables.

L'usine produit 1 million de tonnes de ciment par an, et va passer à 2 millions de tonnes. « Ces 10 MW installés vont nous faire économiser 35 millions de kWh/an. Et, au final, se soldent par 26 millions de tonnes de CO2 en moins. Cela pour un investissement de 10 millions d'euros. » Le retour sur investissement s'effectuera sur dix ans. Un délai acceptable puisqu'une cimenterie est construite typiquement pour cinquante ans.

« Nous avons aussi eu le souci d'impliquer les autorités locales et les riverains au choix de cette source d'énergie, au plan de l'étude paysagère comme des nuisances sonores. Ainsi, nous avons privilégié l'intégration dans le paysage, quitte à dépenser 400 000 euros supplémentaires. Et nous n'avons pas sélectionné le premier site pressenti, mais une implantation à plus de 250 mètres des habitations. »

Avec Tétouan, Saâd Tazi estime avoir participé au lancement d'un phénomène : « Lafarge Béton réalise une étude pour l'utilisation du vent. De même que les usines de Lafarge au Royaume-Uni. La Tunisie, qui se trouve dans la même situation de dépendance énergétique que le Maroc, s'inspire de notre projet. »

La solution

- Optimiser l'ensemble des procédés de la cimenterie (usage de la voie sèche en particulier). - Profiter de l'exceptionnel "gisement éolien" de cette région du Maroc. - 12 éoliennes produisent 10 MW. Ce parc va tripler en 2008.

Les bénéfices

- Un gain de 30 % de consommation électrique, soit 35 millions de kWh/an.

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