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Le carburant facile n'existe pas

Hugo Leroux
Le carburant facile n'existe pas

Les laboratoires de l'US Navy cherchent à transformer l'eau de mer en carburant

© DR

Air Fuel Synthesis fait grand bruit outre-Manche. La firme britannique a annoncé avoir produit cinq litres de carburant… à partir d’air ! Récemment, les laboratoires de la marine américaine (NRL) y sont aussi allés de leur annonce sur la production d’or noir, cette fois à partir d’eau de mer.
Dans les deux cas, le principe est le même : extraire de la source du dioxyde de carbone et de l’hydrogène. La suite est une affaire de pétrochimie. Le CO2, source de carbone, et l’hydrogène, constituent les briques de base. Grâce à des opérations dopées par des catalyseurs, ces briques peuvent être recombinées pour former des hydrocarbures d’intérêt. Dont les sacro-saints carburants.

Produire du carburant à partir d'air : l’idée d'Air Fuel Synthesis, qui fait grand bruit outre-Manche, n’est pas neuve. Pendant la seconde guerre mondiale, l’Allemagne à court de pétrole, recombine des carburants à partir d'une source de carbone ''facile'' : le charbon. C’est le principe du procédé Fischer Tropsch. A l’heure des biocarburants, il connait un regain d’intérêt à travers la gazéification des matières organiques. Plus coriaces à décomposer, ces sources de carbone possèdent, par rapport au charbon, l’avantage de la durabilité. C’est ainsi qu’Enerkem construit à Edmonton une raffinerie de pétrole à partir de déchets.

Avec Air Fuel Synthesis ou la NRL, dont les laboratoires viennent d'annoncer avoir produit du pétrole à partir d'eau de mer, on touche aux sources les plus abondantes : air et eau… dont l’extraction des composés CO2 et H2 s’avère complexe. La production d’hydrogène à partir d’eau se fait par électrolyse, une opération énergivore au rendement limité (25 à 40 %). Quant à la capture du CO2, elle revient à Air Fuel Synthesis à quelque 500 euros la tonne. Sans compter les opérations de recombinaison avales. Autant le dire : la rentabilité de ce type de procédé est une perspective très lointaine.

A long terme, des pistes d’amélioration existent. D’abord, les carburants synthétiques peuvent être vertueux s’ils sont produits à partir d’électricité renouvelables. Le même objectif est poursuivi par les recherches sur la photosynthèse artificielle, sujet sur lequel l’institut Caltech ou Panasonic sont en pointe.

Reste surtout à inventer une chimie du CO2, qui n’en est qu’à ses balbutiements. En France, une équipe mixte du CEA et du CNRS explore cet eldorado, qui pourrait aussi bénéficier des travaux sur la capture industrielle du CO2.

Hugo Leroux
 

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