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Le 12e palmarès des écoles d'ingénieurs

Michel Le Toulleck

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- Les partenariats industriels des 100 premières écoles d'ingénieurs ont franchi en 2006 la barre des 300 millions d'euros de volume d'affaires.

Record battu ! Pour la douzième édition de notre enquête annuelle sur les partenariats écoles d'ingénieurs/entreprises, les cent premiers établissements de notre classement totalisent un volume d'affaires de plus de 300 millions d'euros. Autre record, ce montant n'a jamais autant progressé par rapport à l'année précédente, alors qu'on avait remarqué un tassement certain dans les années 2001-2004. De très bons chiffres liés aux initiatives des écoles (voir plus loin) mais aussi aux récentes structures favorisant la recherche partenariale comme les pôles de compétitivité et les instituts Carnot.

Une année marquée par des rapprochements d'écoles

Du côté du classement, pas de changement en ce qui concerne le podium : les Mines de Paris devancent toujours l'Insa de Lyon et l'Ensam. En revanche, deux écoles parisiennes entrent dans le Top 10 : Télécom Paris, qui intègre désormais dans ses chiffres sa filiale Eurécom, et Centrale Paris, aux dépens de l'Ensiacet à Toulouse et des Mines de Douai. Parmi les dix premières écoles, l'Insa de Toulouse et Centrale Lyon affichent les plus fortes progressions.

Il n'y a bien sûr pas que les dix premières qui comptent : on note même plutôt une baisse de leur importance relative sur le total réalisé par les cent écoles. Lors de la première édition de notre enquête, en octobre 1996, les dix premiers du classement représentaient près de 60 % du chiffre d'affaires total. Aujourd'hui, ce chiffre est de "seulement" 40 %. Conclusion : ce sont les quatre-vingt-dix autres écoles qui, en proportion, ont le plus progressé. Et parmi celles-là se distinguent Esme-Sudria (Paris) et l'École de chimie de Mulhouse qui ont respectivement triplé et doublé leur volume de partenariats avec les entreprises.

L'année a également été marquée par le rapprochement d'écoles d'ingénieurs de mêmes régions pour renforcer leurs moyens et augmenter leur masse critique. C'est ainsi qu'a été créé AgroParisTech de la fusion de l'Ina-PG, de l'Ensia et de l'Engref. Tandis qu'à Toulouse, Sup'Aéro et l'Ensica viennent d'annoncer la naissance de l'Institut supérieur de l'aéronautique et de l'espace. D'autres écoles se rapprochent tout en restant des entités à part entière. « Les relations de recherche partenariale de l'École centrale de Paris sont mutualisées avec celles de Supélec dans le cadre de l'Institut Carnot C3S sur les sciences des systèmes », explique Gilles Gleyze, directeur du développement de Centrale. Dans ce cadre, les deux écoles ont des partenariats étendus avec Schlumberger et Safran. En Picardie, l'UTC, l'Escom et l'Institut polytechnique Lasalle Beauvais ont pour ambition de créer un pôle européen sur la chimie durable. À noter également la convention de partenariat signée entre les Mines de Douai et l'Ensait à Roubaix sur les recherches et les transferts de technologies dans de secteur du textile.

Création de chaires d'enseignement-recherche

L'autre tendance est au rapprochement entre écoles d'ingénieurs et entreprises par la création de chaires d'enseignement-recherche. Le record est atteint par Polytechnique qui a créé pas moins de dix chaires d'entreprises depuis 2006 : avec Lafarge (et l'École des ponts) sur les sciences des matériaux pour la construction durable ; avec Samsung sur la nanoélectronique sur grands substrats... L'École centrale de Paris, qui a déjà une chaire de mathématiques financières avec BNP Paribas, en prévoit une autre avec un industriel du logiciel. À Supélec, une chaire a été constituée avec Alcatel-Lucent sur les radiocommunications, plus précisément sur le concept de radio flexible. Tandis que l'Esiee Paris a ouvert deux chaires, avec IBM France sur les grands systèmes informatiques et avec Sopra Group sur le génie logiciel, et en prévoit une avec Texas Instruments sur les économies d'énergie pour les systèmes électroniques.

D'autres initiatives ont été mises en place - où sont annoncées - par les écoles pour favoriser encore leurs partenariats industriels. Par exemple, au début de l'année, l'Ensiame a inauguré une plate-forme technologique d'usinage grande vitesse dédiée à la coopération avec l'industrie. Cette structure sera ouverte aux partenaires actuels de l'école (comme Airbus) mais elle sera aussi organisée en centre d'essai pour les PME. À l'horizon 2009, l'Esigelec projette d'inaugurer un campus "intégration systèmes embarqués". « Ce campus sera consacré aux systèmes de navigation, aux véhicules propres et économes ainsi qu'aux nacelles de moteurs d'avions du futur, précise Claude Guillermet, directeur de l'école. Parmi les moyens de R&D, un banc de test pour la conception des nacelles sera mis à disposition par Aircelle. » Autre projet pour 2009 : l'École des mines d'Albi-Carmaux sera partenaire du futur technopôle de l'Albigeois dont les thématiques seront le bâtiment à énergie positive et l'innovation en production.

En ce qui concerne les partenariats entre les écoles et les entreprises, le secteur des transports arrive largement en tête par le nombre d'exemples, avec une prédominance pour les questions de sécurité. Ainsi, le Centre des matériaux de l'École des mines de Paris a collaboré avec Gaz de France sur l'intégrité des réservoirs de gaz naturel en composites pour les bus. Cette recherche a même valu au doctorant Cifre concerné, Sébastien Blassiau, le prix de thèse ParisTech 2006 parmi 450 soutenues. Le chercheur y a développé la modélisation des phénomènes microstructuraux au sein du matériau pour prédire la durée de vie du réservoir.

À l'Insa de Lyon, le projet Diageros concerne le diagnostic et la surveillance des pièces mécaniques tournantes d'usure. Ce travail, mené avec, notamment, Renault Trucks, SNR et Metravib, vise à contourner le fait que l'isolation phonique des véhicules rend parfois difficile la détection de signes de dégradation de pièces mécaniques. L'enjeu du projet : démontrer l'intérêt de solutions basées sur l'utilisation de codeurs angulaires magnétiques intégrés aux roulements, comme alternative aux codeurs optiques. L'École centrale de Nantes collabore, quant à elle, avec PSA sur le comportement aux chocs du véhicule. Ce travail porte sur la modélisation de la déformation de la mousse des sièges par le calcul par éléments finis étendus.

Des partenariats fructueux dans les TIC

Aux Mines de Douai, un partenariat avec Valeo a conduit à un dépôt de brevet sur une nouvelle génération d'échangeurs thermiques pour radiateurs ou climatiseurs automobiles. En travaillant sur la géométrie et le positionnement des ailettes, les chercheurs ont réduit de 30 % le poids de l'échangeur. De son côté, l'École des mines de Saint-Étienne a collaboré avec le fabricant de bougies d'allumage Beru TDA. L'équipe a étudié la relation entre la microstructure et la capacité de piégeage de charges électriques dans les isolants céramiques. Un travail qui a débouché sur une nouvelle composition de céramique aujourd'hui industrialisée. Dans un tout autre domaine, l'Esigelec a monté un consortium avec la PME rennaise Ipsis sur l'étude de la reconstruction 3D de l'environnement d'un véhicule non habité, à partir d'informations de vision, pour la navigation autonome. Autre exemple : l'Ensiame collabore avec MGI Coutier sur une nouvelle architecture de pédaliers d'automobiles pour la technologie "drive by wire".

Les TIC représentent un autre thème majeur de partenariats. Par exemple, l'Ensam est intervenue auprès de l'entreprise angevine A Novo sur une technologie de réparation d'écrans LCD. Les chercheurs ont travaillé sur le processus de localisation du pixel défectueux et sur le positionnement du faisceau laser utilisé pour la réparation. Aujourd'hui, le procédé est opérationnel à hauteur de 600 écrans LCD réparés par mois.

Les technologies du vivant source de collaborations

Pour Telecom Bretagne, l'année a été marquée par la création du Pracom, pôle de recherche avancée en communications, auquel adhèrent France Télécom, Schlumberger et Mitsubishi ITCE. L'entité développe de futurs services multimédias et travaille sur la 3e et la 4e génération de téléphonie mobile, la boucle locale radio, les objets communicants, la diffusion terrestre et satellitaire... Aux Mines d'Alès, un partenariat est en cours avec la société Nétia, spécialiste de la gestion et de la diffusion des contenus audio et vidéo. Le projet concerne l'exploitation de masse de documents numériques et vise à instrumenter les tâches nécessaires (indexation, navigation...).

Polytech'Nantes mène plusieurs partenariats industriels dans le cadre du pôle de compétitivité Images et Réseaux. Ses chercheurs participent au projet Scalimages sur la technologie de compression vidéo SCV (Scalable video coding) avec notamment France Télécom, Alcatel et Thomson. Et au projet Techimages sur la miniaturisation de récepteurs radiofréquences pour applications de communication sans fil avec Thomson et des PME comme Siradel. Le sans-fil est aussi au coeur d'une collaboration entre l'Isima, EADS et des universitaires chinois et anglais. Ce projet prévoit la mise en place de deux plates-formes : l'une sera dédiée à la collecte des données pour la gestion et l'utilisation durable des ressources naturelles, l'autre à la télé-assistance pour la sécurité des personnes seules. Enfin, l'Enssat à Lannion travaille avec la société lyonnaise Aphycare sur un prototype de réseaux de capteurs permettant d'analyser l'activité physique des enfants et prévenir ainsi les risques d'obésité.

Les technologies du vivant, qui vont du médical à l'agroalimentaire, sont également au coeur de plusieurs partenariats originaux. Ainsi, l'École des mines de Paris collabore avec Nanobiotix, spécialiste des nanoparticules contre les cancers. Les chercheurs de l'École ont mis au point une voie de synthèse de nanoparticules de structure coeur-coquille activables par rayons X. Le coeur absorbe les rayons X et réémet une lumière UV qui active un photocatalyseur situé en surface, permettant la génération de radicaux libres dans les cellules ciblées. L'Insa de Lyon participe de son côté au projet européen Mosar sur la maîtrise de la résistance des bactéries aux antimicrobiens dans les hôpitaux. Ce vaste programme, auquel participe la société francilienne Abag, vise notamment à modéliser la dynamique de transmission des bactéries.

Toujours dans le milieu hospitalier, l'École de physique de Strasbourg participe au projet Anubis sur la chirurgie dite transluminale dans le cadre du pôle de compétitivité Innovations thérapeutiques. Cette approche mini-invasive consiste à accéder aux organes de la cavité abdominale par les voies naturelles en traversant une paroi interne. L'équipe strasbourgeoise travaille sur la commande des robots par vision en temps réel, tandis que l'industriel allemand Karl Storz apporte son savoir-faire en endoscopie. Enfin, l'Ensaia à Nancy a étudié avec le groupe de restauration rapide Quick les caractéristiques physico-chimiques de différentes huiles afin de diminuer la proportion d'acides gras saturés dans les produits après friture. Résultat du partenariat : l'enseigne utilise depuis septembre dernier une nouvelle huile meilleure pour les artères !

JUSQU'À LA CRÉATION D'ENTREPRISE

Plusieurs start-up sont nées en 2007 à partir du savoir-faire d'écoles d'ingénieurs. En voici quelques-unes : - Deux docteurs des Mines de Nantes, Anthony Kerihuel et Luc Gerun, ont créé S3D pour commercialiser une technique de valorisation énergétique des graisses animales issues des entreprises agroalimentaires. Leur procédé Valorfat transforme cette graisse en combustible utilisé dans un groupe électrogène ou un moteur de cogénération pour produire de l'électricité. Fondée avec David Guianvarch, ex-responsable financier d'un groupe de valorisation de déchets, la start-up vient d'installer un démonstrateur chez Maillard-La Bainaise, industriel breton de la charcuterie industrielle. - Hydrocéan a été fondé par un ancien élève de Centrale Nantes, Erwan Jacquin. L'entreprise s'intéresse aux écoulements complexes (dans l'offshore, le nautisme et autres industries) et réalise des études industrielles et de R&D à partir d'outils de simulation en mécanique des fluides. - Deux docteurs de l'École des mines d'Albi-Carmaux, Fabien Nazaret et Olivier Barrau, ont fondé Aurock pour concevoir et fabriquer des moules en béton réfractaire renforcé de fibres métalliques pour des applications comme le formage superplastique du titane. Un moule prototype est en test chez Airbus. - L'Estia a participé à la création de R2M Technologies, près de Bayonne, qui développe des solutions pour le parking urbain. Le Laboratoire Lipsi de l'école a en effet conçu la technologie des capteurs embarqués pour cet usage.

2E PROMO DES ÉCOLES LABELLISÉES CARNOT

En mars 2007, le ministère de la Recherche a désigné la deuxième promotion des instituts Carnot. Sont ainsi distingués des groupements de recherche pour leurs collaborations avec les entreprises ou les collectivités locales. Huit de ces entités intègrent des écoles d'ingénieurs : > CED2 : ENSC Montpellier > ICÉEL : INP Lorraine > Énergies du futur : INP Grenoble > C3S : Centrale Paris et Supélec > Logiciels et systèmes intelligents : INP Grenoble > Lisa : Insa Lyon > Ingénierie@Lyon : Insa Lyon et Centrale Lyon > Vitres : ENPC et Esiee

Classement des écoles d'ingénieurs en fonction de leur chiffre d'affaires réalisé en partenariats industriels en 2006.

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