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Lascaux : la préhistoire s’installe à Paris

Jean-François Preveraud
Lascaux : la préhistoire s’installe à Paris

L'un des aurochs qui ornent la Salle des Taureaux dans Lascaux II

© JF Prevéraud

Si les grottes ornées du Périgord ont été décorées voici bientôt 20 000 ans, les technologies actuelles permettent de les préserver et d’en reproduire les parois avec la plus grande exactitude. L’exposition itinérante qui vient de s’installer à Paris pour l’été va permettre au plus grand nombre de visiter ces hauts-lieux de l’humanité et d’apprécier à la fois le talent de nos lointains ancêtres et celui des ingénieurs actuels.

Petite visite dans les tréfonds de l’histoire du monde cette semaine, puisque j’ai eu la chance d’aller dans la Vallée de la Vézère en Périgord Noir pour visiter les grottes de Lascaux et de Font-de-Gaume, qui ont été ornées au Paléolithique. Les peintures et gravures qu’elles renferment, parmi les plus belles de l’art pariétal, remontent à 17 000 ou 18 000 ans pour Lascaux et 15 000 ans pour Font-de-Gaume.

Des datations imprécises : les peintures ayant été réalisées à l’aide pigments minéraux, il est en effet impossible d’utiliser la méthode radiométrique du carbone 14. Leur datation a été faite de manière indirecte, par les outils et moyens d’éclairage retrouvés aux pieds des œuvres, qui utilisaient des matières organiques datables.

La découverte de ces monuments classés au Patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco remonte à 1901 pour Font-de-Gaume et 1940 pour Lascaux. La grotte de Font-de-Gaume était largement connue des habitants du cru, car ouverte sur l’extérieur depuis la nuit des temps. Habitation troglodytique au Moyen-Age, elle servait de bergerie à la fin du XIXe siècle. Ce sont l’instituteur Denis Peyrony, le médecin Louis Capitan et le curé Henri Breuil, tous trois passionnés d’archéologie et de préhistoire, qui ‘‘révélèrent’’ la grotte de Font-de-Gaume en septembre 1901 au grand public. Très vite, ils réalisèrent des relevés des peintures et gravures et l’entrée fut fermée par une lourde grille pour éviter les dégradations. Il faut dire que les œuvres les plus basses de cette grotte avaient pour certaines été couvertes de graffitis depuis le milieu du XIXe siècle. Très vite la grotte fut, classée Monument historique, un éclairage installé et des visites organisées. Dans les années 60 jusqu’à 1 500 visiteurs parcouraient l’étroite galerie.

A l’aube du 3D

Plus de 200 peintures et gravures, représentant essentiellement des bisons, des mammouths, des chevaux et des signes tectiformes, ornent les parois de cette diaclase de plus de 120 mètres de long dont la largeur varie de 1,5 et 3 mètres pour la galerie principale, dont la hauteur atteint une dizaine de mètres. Cette découverte majeure, survenant 4 jours après celle de la grotte des Combarelle toute proche, mis fin au scepticisme de certains qui criaient à la supercherie depuis la découverte des peintures rupestre de la grotte d’Altamira en Espagne en 1879.

Il faut dire que les décors de Font-de-Gaume sont tous simplement sublimes, tant dans la précision du trait que dans le rendu artistique, utilisant déjà la perspective qui ne se généralisera qu’à la Renaissance. Certains utilisent même le relief de la pierre et des concrétions de calcite pour rendre le volume des têtes, des croupes et des membres de certains animaux. Si l’on ajoute à cela les signes tectiformes, on se retrouve face à une scène de ‘‘réalité augmentée’’ bien avant l’heure, mélangeant volume en 3D, mapping 2D et informations alpha-numériques. Malheureusement les clés d’interprétation ne nous sont pas encore parvenues !

Aujourd’hui Font-de-Gaume est toujours ouverte au public, mais sous haute surveillance. Seulement 78 personnes sont admises chaque jour pour seulement 40 minutes de visite. Il faut dire que chaque visiteur représente un ‘‘radiateur de 50 à 100 W’’ qui en plus dégage du gaz carbonique, ce qui suffit à perturber l’équilibre climatique et biologique de la grotte, provoquant de la condensation et des dépôts de calcite recouvrant peu à peu les œuvres. Ce faible contingent de visiteurs permet de conserver la grotte en autorééquilibrage chaque nuit, pour éviter les risques majeurs de disparition des œuvres, tout en maintenant un accès au public. Il n’en a pas été de même avec Lascaux.

Lascaux comme au premier jour

La grotte de Lascaux a été fermée par un éboulis peu après avoir été décorée. Et ce n’est qu’en 1940 qu’un groupe de gamins, emmené par Marcel Ravidat, découvre fortuitement un trou laissé par la chute d’un arbre mort. Pensant à un souterrain vers les ruines du château proche, ils élargissent l’entrée et descendent dans la cavité où ils découvrent de superbes fresques. Ils avertissent leur instituteur qui prévient le curé Henri Breuil, qui authentifie la découverte. La grotte très sèche et fermée a parfaitement conservé les œuvres qui ont gardé leur éclat du premier jour. On va vite parler de ‘‘Versailles de la préhistoire’’ ou de ‘‘Chapelle Sixtine de l’art pariétal’’. Le décor représente des aurochs, des vaches, des bisons, des chevaux, des cerfs, des bouquetins, des félins, un rhinocéros et une très rare représentation d’homme à tête d’oiseau.

Très vite la grotte est classée, mais le propriétaire aménage l’entrée et organise dès 1948 des visites payantes. L’équilibre climatique est rompu et dès 1955 des dégradations sont constatées. Il faut dire que la grotte est petite, une quarantaine de mètres de long pour la galerie principale, même si la Salle des Taureaux est relativement volumineuse. Des algues, des champignons et des dépôts de calcite commencent à recouvrir certaines œuvres. Par mesure de conservation, l’accès de la grotte est interdit au public en 1963 et l’est toujours. Après plusieurs crises graves, ayant nécessité des traitements de fond, on est arrivé à maîtriser et à réduire la contamination depuis 2009, mais il est hors de question de rouvrir la grotte.

Un premier facsimilé en ferrociment

Pour conserver son activité mercantile, le propriétaire des terrains décide dès la fin des années 60 de construire à proximité une réplique partielle souterraine construite en ferrociment resculptée pour s’approcher au mieux de l’original, et peinte d’après les relevés faits à l’époque. Après maints déboires, la réplique est reprise par le département de la Dordogne et terminée. Elle est confiée à la Semitour-Périgord qui gère une quinzaine de sites culturels et d’hébergement en Périgord. C’est ce facsimilé qui est ouvert au public depuis 1983 et qui a fait l’objet d’une campagne de restauration à partir de 2009. Il est connu sous le nom de Lascaux II et reçoit 260 000 visiteurs chaque année. Il est complété par le Thot, un centre d’interprétation où certains panneaux décorés sont présentés et où des animations permettent de mieux comprendre le phénomène des grottes ornées et plus globalement la préhistoire. On y retrouve par exemple une salle de réalité virtuelle où déambulent lionnes des cavernes, hyènes des neiges, rhinocéros laineux, mammouths, et mégacéros.

                
           L'un des panneaux réalisés en composites visible au Thot
                                       © JF Prevéraud

                
    Le même vu en lumière noire pour mettre en valeur les gravures
                                       © JF Prevéraud

Pour permettre aux habitants des contrés éloignées de profiter du patrimoine de Lascaux, la Semitour a créé une autre réplique démontable qui parcourt le monde. Pour réaliser ce nouveau facsimilé, elle a créé l’Atelier des fac-similés du Périgord (AFSP) qui a mis au point un process de fabrication de panneaux décorés en relief exact utilisant un matériau composite recouvert d’un ‘‘voile de pierre’’ d’un réalisme saisissant, que nous aurons l’occasion de détailler dans un autre article. Cette exposition Lascaux III est jusqu’à la fin août au Parc des Expositions de la Porte de Versailles à Paris, avant de partir pour la Suisse, puis la Corée du Sud et le Japon.


                   Les panneaux de Lascaux IV en cours de finition à l'AFSP © JF Prevéraud

Un facsimilé complet en 2016

Désirant ouvrir à un plus large public la visite de Lascaux, les pouvoirs publics ont lancé au pied de la colline où se situe la grotte originale, la construction d’un Centre international d’art pariétal qui abritera un facsimilé complet à l’échelle Un de la grotte. C’est le projet Lascaux IV. 52 segments regroupés en 27 panneaux d’une taille moyenne de 7 m de long sur 4 m de haut sont en cours de finition à l’AFSP. Ils représentent exactement les 500 m² des parois ornées de la grotte. Ils formeront une réplique exacte de la grotte dans laquelle les visiteurs seront admis par groupes.

Certains panneaux sont fabriqués en double exemplaire, ce qui permettra de disposer de 400 m² supplémentaires devant lesquels les visiteurs pourront rester en contemplation aussi longtemps qu’ils le voudront. Des salles de réalité virtuelle immersive ainsi que des salles d’exposition viendront compléter cet ensemble qui ouvrira ses portes en juillet 2016.

Et ça, c’est nouveau !

Jean-François Prevéraud

Pour en savoir plus : http://www.semitour.com/lascaux-ii & http://www.lascaux-expo.fr/actus/ & http://font-de-gaume.monuments-nationaux.fr/

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