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Laballery mise sur le livre à la demande

Marie-Catherine Mérat

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Laballery mise sur le livre à la demande

Du pupitre de commande, situé au centre de la ligne, s'effectuent tous les réglages à partir des données de prépresse.

© D.R.

L'imprimeur de la Nièvre est le premier en France à s'équiper d'une ligne numérique intégrée dédiée au livre sur mesure en série limitée.

«Une entreprise doit investir comme elle respire. » Ce leitmotiv animait déjà Dominique Haudiquet quand, en décembre 2005, il décide d'optimiser la production de l'imprimerie Laballery, à Clamecy (Nièvre), dont il est l'heureux PDG. Il se trouve alors face à un choix difficile : doit-il investir dans une rotative grand format, afin de traiter avec plus de capacité de tirage et plus de réactivité les besoins de la clientèle ? « Ou bien s'aventurer en terre inexplorée », comme il le dit, et proposer un système totalement novateur, presque avant-gardiste, basé sur l'idée du « livre à la demande » ?

C'est la deuxième solution qui sera adoptée à l'unanimité par le conseil d'administration de la Scop (société coopérative de production anonyme à capital variable). Le choix semblait mieux accompagner les bouleversements attendus autour de la lecture et de l'édition. Car il est un fait inéluctable : aujourd'hui les jeunes générations lisent moins ou, plutôt, différemment... La faute à Internet notamment. Un pari sur l'avenir, donc, que cette ligne Sigma dont vient de se doter Laballery.

Elle arbore deux innovations majeures par rapport à l'impression offset. D'abord, son procédé d'impression, numérique : il fonctionne à l'instar d'une imprimante d'ordinateur, c'est-à-dire sans cliché, en imprimant les pages les unes à la suite des autres et non plus comme une presse classique qui reproduit la même page autant de fois qu'il y a d'exemplaires avant de traiter la suivante. Ensuite, et surtout, son intégration est totale "du fichier au livre imprimé", alors que l'offset nécessite toujours de transporter des palettes d'une étape à l'autre

Un investissement de 2 millions d'euros

Ambitieux, Dominique Haudiquet a d'abord cru pouvoir créer lui-même l'ensemble de la chaîne de fabrication en s'adressant à plusieurs fournisseurs. C'était sans compter les gros problèmes techniques qu'il allait bientôt rencontrer, liés à la haute vitesse d'impression. Résigné, il a fait appel au groupe européen qui propose « la première solution globale industrielle pour concevoir le livre à la demande », le suisse Müller Martini.

Installer ce monstre de 18,50 m de long et de 10 m de large n'a pas été une mince affaire. Du côté de Laballery, cela a nécessité le réaménagement complet d'un bâtiment précédemment dédié au stockage des livres finis, et le transfert de ce stock dans un bâtiment neuf. Quant à Müller Martini, six semaines lui auront été nécessaires pour assembler la chaîne complète sur le site français, le troisième au monde après les États-Unis et l'Écosse à disposer d'une telle ligne.

Cette première étape accomplie, encore fallait-il apprendre à utiliser l'outil. « C'est un superjouet, on se régale avec ! Mais maintenant, il s'agit d'apprendre à le faire marcher... », plaisantait Dominique Haudiquet il y a encore deux mois. Un ingénieur de chez Müller Martini est donc resté sur place, à temps plein, de septembre à novembre, afin d'assister l'imprimerie dans le démarrage de sa nouvelle activité et de former les deux opérateurs détachés de l'offset et affectés sur la ligne Sigma. Si tout se passe comme prévu, chacun devrait très prochainement, début 2008, se voir adjoindre un opérateur non qualifié, qu'il devra former à son tour. « À terme, nous voudrions tourner en trois équipes de deux. Si nous voulons rentabiliser, il n'y a pas de secret. Il nous faut employer du matériel ultramoderne fonctionnant en trois huit. »

Pour mener à bien un tel projet, un investissement direct de 2 millions d'euros a été nécessaire, partiellement aidé par le conseil régional de Bourgogne à hauteur de 10 %. Un complément, d'un montant de 500 000 euros a, en outre, été dédié à la construction et à l'aménagement des nouveaux locaux de stockage.

Pour le PDG de Laballery, le jeu en valait la chandelle. L'imprimerie publie déjà, en offset, une quinzaine de titres par jour en moyenne, selon des séries oscillant entre 500 et 5 000 exemplaires. Le nouveau procédé numérique autorise des tirages plus petits, à moins de 500 exemplaires et ce, de manière rentable. Il permet aussi de fabriquer un livre complet - impression, pliage, assemblage, brochage - très rapidement, en moins de cinq minutes.

Accroître de 15 % la productivité

Actuellement sortent chaque jour de la ligne Sigma cinq livres à 300 exemplaires chacun en moyenne. Un bon début, au vu de l'objectif fixé : une quinzaine de titres par jour, sur un fonctionnement en trois huit.

Mais, quand on fait figure de précurseur, il faut souvent essuyer quelques plâtres. À commencer par l'impression numérique à haute vitesse qui pose un problème au-delà de 100 m/min. « En théorie, nous devrions pouvoir imprimer à 125 m/min. Cette vitesse est nécessaire pour de gros ouvrages, si l'on veut conserver une bonne moyenne de fabrication. Or, nous observons un déficit d'encrage, les lettres sont rognées », déplore Dominique Haudiquet.

Le français Nipson, dont le système d'impression numérique équipe la ligne Sigma de Laballery, est actuellement à l'oeuvre de manière à corriger ce défaut.

« Le procédé rencontre un très gros succès d'estime », se félicite Dominique Haudiquet. Mais le chef d'entreprise a conscience que le marché du livre à la demande n'est pas encore mûr et qu'il va falloir prospecter bien au-delà des clients traditionnels. Il compte notamment profiter de l'essor de l'impression à compte d'auteur. « Une personne chez nous va consacrer une partie de son temps à explorer ce marché. » Autre secteur prometteur : les réimpressions de livres anciens, à faible tirage. L'imprimerie vient de se doter d'un scanner 600 dpi pour développer cette activité.

L'objectif de l'imprimeur : que la ligne Sigma augmente « rapidement » la performance de l'entreprise de 15 %. Pour l'heure, elle semble déjà l'accroître de façon indirecte. Son inauguration a eu pour conséquence « d'inonder l'offset », qui « croule sous le travail ». En outre, voir fonctionner cette merveille d'intégration a donné des idées à Dominique Haudiquet. « Pourquoi ne pas adapter les côtés innovants de cette machine à l'offset où, entre chaque étape, on doit utiliser des palettes ? » Il planche déjà sur le moyen de mettre une plieuse en sortie de la machine d'impression. Les contacts avec les fabricants sont pris.

Prochaine étape, plus immédiate : la mise en ligne d'un site Internet, en décembre, destiné à minimiser les frais de dossier, une façon simple de rentabiliser les petites séries. « Le client disposera d'un compte lui permettant de réaliser ses devis et ses commandes en ligne... Presque de l'e-commerce. »

Pas de doute, l'entreprise est fidèle à son credo. Elle investit comme elle respire.

L'ENTREPRISE

Positionnée sur un segment du livre monochrome à couverture souple pelliculée cousue-collée ou seulement collée. Capacité de production : en offset, une quinzaine de titres par jour oscillant entre 500 et 5 000 exemplaires. Chiffre d'affaires : 8 millions d'euros en 2006. Effectif : 60 personnes.

UNE LIGNE EN PILOTAGE AUTOMATIQUE

La ligne Sigma de Müller Martini est équipée d'un système de pilotage intégré, le Sigma Control, qui prend en charge le calage automatisé de toutes les machines. Les données dites prépresse sont utilisées pour le réglage de toute l'installation, effectué depuis un pupitre de commande central. « Concrètement, le livre est traduit en fichier PDF, lui-même transcrit en commande machine », explique Daniel Risbourque, directeur technique chez Müller Martini France. La ligne est également connectée à l'usine de Müller Martini à Rothrist, en Suisse, ce qui permet, le cas échéant, de réaliser un diagnostic de panne à distance, ou de mettre à jour le logiciel.

LES ATOUTS DU FAIBLE TIRAGE

Avec la ligne numérique, l'imprimerie Laballery vise les tirages limités, entre 100 et 700 exemplaires, tels que les séries d'essais, les réassorts, les ouvrages spécialisés, les réimpressions de livres anciens, les ouvrages à versions multiples. Des utilisations très spécifiques sont également envisageables, comme l'impression de thèses, rapports, ouvrages à compte d'auteur... Le procédé permet en outre d'insérer à tout moment des données variables lors du processus d'impression, tel que le publipostage : il serait, par exemple, envisageable d'inscrire sur chaque livre une dédicace personnalisée.

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