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La voiture hybride qui faillit décoller en 1946

Jean-François Preveraud
La voiture hybride qui faillit décoller en 1946

Une hybride innovante née il y a 70 ans

© DR

A l’heure où l’hybride fait son apparition dans les gammes de tous les constructeurs automobiles, découvrons la Plainsman, étudiée en 1946 par Beech Aircraft. L’avionneur y avait mis tout son savoir-faire : propulsion hybride, moteurs-roues, freinage à récupération d’énergie, suspension active, toit panoramique, structure en aluminium, téléphone de bord, etc. Un cocktail d’innovations encore d’actualité près de 70 ans plus tard.

Le véhicule hydride est une nouveauté chez les constructeurs automobiles. Pas vraiment ! En effet, dès 1900 le célèbre docteur Ferdinand Porsche équipa des châssis du carrossier viennois Jakob Lohner avec un moteur à pétrole entraînant à vitesse constante une dynamo chargeant des accumulateurs électriques alimentant des moteurs-roues de 1,9 à 2,6 kW de puissance nominale. Les 300 camions et autobus ainsi réalisés pouvaient se déplacer à 55 km/h. Une technologie qui fut toutefois abandonnée au profit de la filière thermique qui fit d’énormes progrès durant la Grande Guerre.

Mais c’est à cause de la Seconde Guerre mondiale que le véhicule hydride faillit redécoller … chez le constructeur aéronautique Beech Aircraft en 1946.

En effet, l’industrie américaine s’est mobilisée dans son ensemble durant la Seconde Guerre mondiale pour participer à l’effort de guerre des Alliés et un très grand nombre d’entreprises civiles se sont lancées dans des productions militaires, au premier rang desquelles les constructeurs aéronautiques. C’est par exemple le cas de Beech Aircraft. En 1924, Clyde Cessna et Walter Beech s’associent pour construire des avions, mais si le premier est un tenant des monoplans, le second ne jure que par les biplans. En 1927, ils se séparent. Le premier crée Cessna Aircraft, tandis qu’en 1932 le second crée Beech Aircraft pour construire de petits biplans rapides pour les hommes d’affaires.

Des avions militaires à la voiture hybride

Mais dès 1937, Beech Aircraft construit le Model 18 Twin Beech, un petit bimoteur de transport et d’entrainement destiné à l’armée de l’air américaine. Au total, plus de 7 400 seront produits durant la guerre par plus de 14 000 employés. 90 % des aviateurs américains se sont alors entrainés sur ces appareils. Une production qui durera jusqu’en 1969, dépassant les 9 000 exemplaires sous différentes versions.

Mais dès le début de 1945, le rythme des contrats militaires s’est fortement ralenti. Aussi les dirigeants de l’entreprise ont-ils décidé de trouver de nouveaux marchés pour continuer à faire tourner leurs usines. Sentant que l’essor de l’automobile, qui existait avant l’entrée en guerre, allait reprendre avec le retour des GI’s à la maison, les dirigeants lancèrent fin 1945 un projet de véhicule novateur, très technologique, tirant parti de leurs savoir-faire aéronautiques, la Plainsman.

Un cocktail high-tech

Ainsi, la structure faisait-elle largement appel à l’aluminium pour limiter le poids du véhicule. De même, les surfaces verrées de l’habitacle, pare-brise et vitres latérales, étaient-elles prolongées par des voussoirs en verre se raccordant avec le toit pour apporter plus de luminosité dans l’habitacle, comme dans un cockpit. Les voussoirs latéraux, fixés aux portières et empiétant sur le toit, facilitaient l’accès des passagers. La banquette avant disposait de 4 réglages électriques, tandis que les poignées de portes, tant intérieures qu’extérieures, cédaient la place à de simples boutons commandant la gâche par un électro-aimant. Le tableau de bord regroupait toutes les commandes autour de la colonne de direction, et les concepteurs avaient prévu de le doter d’un ‘‘économètre’’ facilitant une conduite sobre en énergie. Enfin, un emplacement était réservé dans la planche de bord pour inclure un téléphone.

Si les ceintures de sécurité, largement utilisées en aéronautique, n’étaient pas envisagées, des blocs de mousse recouverts de cuir garnissaient la planche de bord et l’arrière du dossier des sièges avant pour protéger les 6 passagers en cas de choc frontal.

              

L’arrière effilé tirait parti des nombreux essais en soufflerie pour diminuer la trainée, ce qui aurait permis à la voiture d’atteindre les 160 mph (260 km/h). Pour cela, il était prévu de l’équiper d’un moteur à essence Flat 4 (4 cylindres à plat) dérivé de ceux utilisés sur les avions de la marque. Ce moteur pouvait être indifféremment monté à l’avant ou à l’arrière du véhicule, car il n’entrainait qu’une génératrice servant à charger une batterie tampon, alimentant les 4 moteurs électriques placés dans les roues. La Plainsman était en effet un véhicule hybride.

Chaque moteur pouvait être commandé indépendamment pour s’adapter aux conditions d’adhérence de chaque roue et pouvait même être utilisé comme frein pour récupérer l’énergie. Enfin, une suspension pneumatique à raideur et assiette ajustables complétait l’ensemble. La consommation moyenne était estimée à 25 mpg (11,3 l/100 km) à 60 mph (96 km/h), tandis que le prix d’un tel engin aurait dû se situer entre 4 et 5 000 US$ en 1946, soit celui d’une limousine Cadillac.

Beech retrouve Cessna

Mais dès 1947, le climat géopolitique s’obscurcit de nouveau avec le début de la Guerre Froide et les contrats militaires revinrent. L’innovante Plainsman hybride passa alors dans les oubliettes de l’histoire, Beech Aircraft se refocalisant sur son métier, l’aéronautique.

Après être passé entre les mains de plusieurs actionnaires, Beechcraft a été acquis en décembre 2013 par le groupe Textron déjà propriétaire du concurrent Cessna et des hélicoptères Bell. Ironie de l’histoire, 86 ans après leur séparation Cessna et Beech sont ainsi de nouveau réunis et représentent aujourd’hui environ 30 % du marché mondial de l’aviation légère. Quant à la Plainsman, elle renait chaque fois qu’un constructeur nous présente une nouvelle voiture hybride.

Et ça, c’est nouveau !

Jean-François Prevéraud

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