Nous suivre Industrie Techno

Interview

« La voiture électrique ne percera jamais »

Thibaut De Jaegher

Sujets relatifs :

,
« La voiture électrique ne percera jamais »
Depuis 15 ans, Frédéric Fréry étudie à la loupe l'aventure de la voiture électrique. Ses espoirs, ses échecs, ses handicaps... rien ne lui échappe. A la lumière de ses travaux, ce professeur de stratégie à l'ESCP Europe l'affirme : rien ne permet aujourd'hui de penser que la voiture électrique percera. Entretien avec un empêcheur de penser en rond.

Si l'on en croit vos écrits, la voiture électrique c'est un peu l'arlésienne...

C'est l'exemple même d'une technologie qui n'en finit pas d'émerger depuis 150 ans. Tous les dix ou douze ans, les constructeurs nous promettent l'avènement de la voiture électrique, mais rien ne se passe. J'ai l'impression que nous sommes en ce moment dans cette phase d'optimisme béat. Nous l'avions connu dans les années 90 avec les projets Praxitel ou TULIP qui se sont éteints dans l'indifférence générale.


Pourtant, si l'on regarde à tête froide les chiffres qui justifient son développement, on ne peut qu'être convaincu par la pertinence de cette option technologique...

C'est vrai que sur le papier, la voiture électrique a tout pour elle. Les statistiques sont encourageantes. Elles assurent que le véhicule correspond à 87 % des déplacements que les automobilistes réalisent. Mais ces chiffres ne prennent pas en compte notre aversion naturelle pour le risque. Ils ne montrent pas que nous achetons nos voitures en raisonnant à 120 % de nos besoins réels. C'est le syndrome du « on ne sait jamais, au cas où ».


Les constructeurs assurent que leurs clients sont prêts à changer leur comportement...

Dans les faits, peu d'automobilistes sont encore prêts à acquérir, même en deuxième voiture, un véhicule dont ils savent à l'avance qu'ils ne pourront partir en week-end ou en vacances avec. En assurant que les automobilistes peuvent changer, ils oublient une chose fondamentale qui est la clé du lancement réussi d'une technologie.
Le bénéfice qu'apporte le nouveau produit ne doit pas rogner sur les acquis de la génération précédente.
Avec les véhicules électriques, on nous promet 160 km d'autonomie (et encore sans les équipements de radio ou la climatisation) alors que notre bonne vieille voiture avec moteur à combustion nous offre généreusement 800 km.


La conscience environnementale nouvelle des sociétés occidentales peut-elle changer ce paradigme ?

Je ne le crois pas. Selon moi, et en l'état actuel des technologies, la voiture électrique ne percera jamais car ses avantages écologiques ne supplantent pas fondamentalement ses inconvénients, notamment son autonomie et son coût. En plus, le fait qu'on la pare de vertu verte reste à prouver. En France, le bilan carbone est correct mais dès que l'on produit l'électricité avec du charbon, il devient catastrophique.

Propos recueillis par Thibaut De Jaegher

 

Bienvenue !

Vous êtes désormais inscrits. Vous recevrez prochainement notre newsletter hebdomadaire Industrie & Technologies

Nous vous recommandons

Eolien marin flottant, impression 3D et design, satellites... Les innovations qui (re)donnent le sourire

Eolien marin flottant, impression 3D et design, satellites... Les innovations qui (re)donnent le sourire

Pas encore en vacances ? Voici une petite sélection d’innovations qui pourraient vous aider à garder néanmoins le sourire.[…]

Mobilité hydrogène, Tchernobyl, prix Atos-Joseph Fourier… les meilleures innovations de la semaine

Mobilité hydrogène, Tchernobyl, prix Atos-Joseph Fourier… les meilleures innovations de la semaine

Le design génératif offre une cure de jouvence au minibus Volkswagen

Le design génératif offre une cure de jouvence au minibus Volkswagen

Mobilité hydrogène : Plastic Omnium ouvre deux centres de R&D en Belgique et en Chine

Mobilité hydrogène : Plastic Omnium ouvre deux centres de R&D en Belgique et en Chine

Plus d'articles