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La tour de Babel de l'Internet des objets

SOPHIE EUSTACHE

Grâce à la miniaturisation de l'électronique, des processeurs et des antennes, connecter des objets qui ne sont pas conçus pour échanger de l'information devient possible. Des montres aux capteurs industriels en passant par les technologies domotiques, chacun développe son propre langage. Faire communiquer entre eux ces différents protocoles relève de la gageure.

Zigbee, RFID, Wi-Fi, Bluetooth, réseaux bas débits, 2G, 3G... au pays des objets connectés, les dialectes sont légion ! Pour faire face à la diversité de ces protocoles, les grands noms de l'électronique grand public travaillent à la normalisation. À travers le consortium Open Interconnect Consortium, IBM, Cisco, Intel, Samsung et Dell promeuvent des standards relatifs aux protocoles de communication des objets connectés, pour les rendre interopérables. « Concernant la communication des objets connectés, on a quatre méthodes. Le Bluetooth, par lequel l'objet se connecte au smartphone pour transmettre ses données sur un serveur. Le Wi-Fi, qui permet à l'objet de communiquer via la borne. Les réseaux bas débits comme Sigfox et Lora et enfin les réseaux mobiles de types 2G et 3G », détaille Frédéric Salles, PDG de Matooma, une société spécialiste des technologies dites MtoM, entre machines. Certains réseaux ont été développés spécialement pour les besoins de l'Internet des objets. C'est le cas de Sigfox, un opérateur qui propose un réseau bas débit. Selon Sigfox, la connectivité des télécoms n'est pas adaptée aux objets connectés, qui n'envoient que des messages à bas débits et n'ont donc pas besoin de réseau 3G ou encore 4G. D'où l'idée de se servir de l'ultra narrow band (UNB), une technologie utilisée dans les sous-marins pendant la Seconde Guerre mondiale pour envoyer des messages sur de longues distances, rendue compatible avec les objets connectés via des modems. Cette technologie, qui transmet de 10 bit/s à 1 Kbit/s, bénéficie d'une sensibilité capable de transporter les données sur une distance allant jusqu'à 40 km et de communiquer avec des équipements enfouis.

 

Des réseaux de capteurs intégrés

 

Autre solution pour faire communiquer les objets : développer des réseaux de capteurs (caméras, micros, radars, thermosenseurs), émettant les données via des liaisons sans fil. « On s'en sert pour surveiller l'environnement (feu de forêt, zone sismique, activité volcanique), mais les réseaux de capteurs peuvent aussi servir de relais en tant qu'entité radio », souligne Nathalie Mitton, chercheuse à l'Inria. La clé de ces réseaux de capteurs reste dans l'intelligence embarquée. Le capteur doit calculer - grâce à des algorithmes d'auto-organisation - le meilleur relais pour transmettre l'information.

 

Prévoir la protection des données

 

Pour faire communiquer les objets, la société Matooma a développé une carte SIM universelle. « Nous avons fait le choix des technologies mobiles : 2G et 3G. On retrouve cette infrastructure dans tous les pays. » Au-delà de l'universalité des infrastructures, les réseaux 2G et 3G présentent aussi l'avantage de pouvoir supporter une large variété de données. « Il faut également que l'objet puisse transmettre de la voix et du SMS. Par exemple, quand on est dans le monde de la surveillance, il faut que la personne qui reçoit une alerte puisse entrer en communication avec l'émetteur », détaille Frédéric Salles.

Assurer la fiabilité des communications entre objets ne suffit pas, l'Internet des objets doit aussi intégrer des technologies de sécurité, pour protéger les données transmises. « Aujourd'hui, ce qui manque, c'est une sécurisation de bout-en-bout », estime Raymond Wei, directeur des architectures logicielles chez Thales. « Il faut rendre les données anonymes et les chiffrer pour assurer une authentification et assurer l'intégrité de la donnée dans le cloud ». Matooma, pour sa part a choisi d'intégrer la sécurité dans sa SIM. « Une carte SIM n'a pas d'adresse IP fixe, donc n'est pas visible depuis Internet. » Les objets connectés par la SIM de Matooma échappent ainsi au regard de Shodan, le moteur de recherche des hackers, qui répertorie tous les objets connectés à l'Internet. Une façon efficace de s'assurer que ce que « dit » l'objet, quelle que soit sa façon de s'exprimer, ne pourra pas être entendu par n'importe qui !

Mamy Ravelojaona (Alten) « La 2G pourrait être le réseau idéal »

Est-il difficile de faire communiquer entre eux les objets connectés ? M. R. : Les métiers historiques, comme la gestion du bâtiment, ont leur propre protocole. Chez Alten, nous les aidons à développer des box pour récolter des données et faire communiquer différents protocoles propriétaires. La 5G promet d'être le réseau des objets connectés. Qu'en pensez-vous ? M. R. : Les promesses de la 5G ciblent un usage industriel mais dans la réalité on a deux générations : les réseaux d'équipementiers historiques, qu'il faudra connecter par d'autres technologies, et les objets connectés récents. Mais il faut aussi se demander si la nature et le volume de données rend la 5G indispensable. Si ce n'est pas le cas, autant se décharger sur des générations de réseaux déjà bien amortis. Ainsi, la 2G pourrait être le réseau des objets connectés, puisqu'en Europe, on n'a pas la culture d'éteindre des réseaux. Quelles sont les solutions pour sécuriser ces communications ? M. R. : La sécurité dépend de la criticité de la donnée. On peut opérer une sécurisation en amont, en chiffrant la donnée avant envoi. Par ailleurs, la plupart des protocoles d'échanges sont correctement sécurisés.

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