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La sobriété gagne du terrain

Aiguillonnés par l'alourdissement de leurs factures et par la réglementation, les industriels cherchent à limiter la consommation énergétique de leurs locaux. Avec la RT 2012, c'est une obligation pour les nouveaux bâtiments tertiaires. Une démarche qui peut être intégrée dans une réflexion plus large, avec la mise en place d'un système de gestion de l'énergie.

Limiter la consommation énergétique des bâtiments tertiaires à 50 kWh par an et par mètre carré, contre une moyenne de 417 actuellement. L'obligation imposée par la réglementation thermique 2012, fruit de l'article 4 de la loi Grenelle 1, n'est pas une mince affaire. Poussés de longue date sur la voie de la sobriété par l'envol progressif de leur facture énergétique, les industriels font figure de pionniers dans la mise en oeuvre des technologies frugales. Une démarche qui devrait affecter la répartition des consommations. Aujourd'hui, les postes classiques (chauffage, climatisation, eau chaude) représentent deux tiers des consommations dans le bâtiment, contre un tiers pour la bureautique. Énergivores, les équipements informatiques et télécoms apparaissent comme un défi pour le service de gestion technique des bâtiments (GTB).

Contrôler la consommation à tous les niveaux

« L'informatique seule représente 10 % de la consommation. C'est un sujet de préoccupation », analyse Thierry Djahel, directeur du développement et de la prospective au sein de la division Buildings. En début de journée, par exemple, un véritable pic de demande survient, du fait du démarrage de l'ensemble des ordinateurs. « L'idéal serait de pouvoir les allumer un par un. Des applications proposent cette solution. C'est le cas de Wake-On-Lan de Joulex, un standard des réseaux Ethernet qui permet à un ordinateur éteint d'être allumé à distance, permettant ainsi d'échelonner les démarrages. »

Pour les autres postes de consommation, des solutions susceptibles de conduire à des réductions plus drastiques existent. Au-delà des solutions passives, comme l'amélioration de l'isolation, ou de la simple substitution d'équipements existants, par exemple en optant pour des LED au lieu des ampoules classiques, les solutions dites « intelligentes » font florès. Capteurs, plates-formes de gestion des énergies, applications pour smartphones : la rencontre entre le numérique et le monde de la construction permet désormais un contrôle précis de la consommation énergétique des bâtiments.

« À partir de notre plate-forme Energy Wise, on peut par exemple interroger l'ensemble du système, pour remonter l'information et contrôler ainsi la consommation. On associe au système des attributs (lieu, type d'appareils, puissance) et on interroge les consommations de chaque attribut. Par exemple : combien consomme le département vente ? Ou encore : combien consomment les téléphones ? », précise Olivier Seznec, directeur technique chez Cisco. Certaines plates-formes de gestion vont plus loin. Au lieu de se contenter des informations internes, elles analysent aussi les données externes, comme la météo, afin de mettre en place un scénario approprié de consommation.

Analyser le besoin énergétique et l'adapter en temps réel

Grâce aux objets connectés et à l'Internet, la gestion de l'énergie devient ainsi une interaction entre différents acteurs : les équipements, le service GTB mais aussi les utilisateurs. Pour gérer l'énergie par pièce, en fonction du nombre d'occupants au sein du bâtiment, Schneider Electric a ainsi équipé le badge des employés d'une puce RFID, qui communique avec les capteurs. Ainsi, le besoin énergétique est analysé et adapté en temps réel. Les experts de l'efficacité énergétique estiment que de nombreux autres logiciels et applications devraient faire leur apparition prochainement.

Une démarche qui peut être intégrée dans une évolution plus globale du profil de consommation. « Améliorer en continu le management de l'énergie », voilà le credo de la réglementation ISO 50 001, sur laquelle s'appuient les industriels. Une norme qui a stimulé l'apparition de « Smart green factories », organisées autour d'un système de gestion d'énergie, le Factory energy management system (Fems). Celui-ci prend en compte non seulement la consommation liée au bâtiment, comme l'éclairage ou la ventilation, mais aussi celle du process, ainsi que l'énergie produite par des sources d'énergies renouvelables, par exemple des panneaux photovoltaïques ou des pompes à chaleur. Le système analyse et contrôle les consommations classiques et optimise les process industriels. Le groupe Total a ainsi indiqué avoir réduit de 2 % la consommation annuelle des sites sur lesquels il a mis en place un système de gestion énergétique (voir encadré). Une évolution qui permet non seulement de se plier à la réglementation en vigueur mais aussi de réaliser des économies et devrait donc continuer à faire des émules.

Faut-il un esperanto pour les automates ?

Pour réguler au plus juste la consommation via un « cerveau » centralisant les informations issues des différents capteurs, ceux-ci doivent être capables de communiquer entre eux. Mais les fournisseurs d'automates proposent fréquemment des langages « propriétaires ». Au contraire, les équipementiers tendent à préférer la standardisation, quitte à passer par l'Internet des objets. " L'interopérabilité requiert des protocoles ouverts,ou mieux encore, des standards. Nous travaillons ainsi à la standardisation de notre protocole auprès d'un organisme normalisateur de l'Internet. " Olivier Seznec Directeur technique, Cisco " Pour gérer un périmètre bien déterminé, comme le contrôle de luminaires ou de stores, mieux vaut un protocole indépendant d'Internet, peu coûteux et qui limite les liaisons filaires. " Thierry Djahel Directeur du développement et de la prospective au sein de la Division Buildings, Schneider Electric

4 200 m2 de panneaux photovoltaïques et une chaudière à cogénération produisent 64 kWh/m2/an, soit 2 kWh/m2/an de plus que la consommationdu bâtiment

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