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La Snam exploite un gisement de cadmium

Mathilde Fontez

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La Snam exploite un gisement de cadmium

Le savoir-faire acquis au fil du temps par la Snam est jalousement conservé. La récupération du cadmium repose sur un savant dosage de la température au sein du four de distillation, afin d'obtenir un métal d'un haut degré de pureté.

© D.R.

Grâce au recyclage, la Société nouvelle d'affinage des métaux (Snam) est devenue... le premier fournisseur français de cadmium.

Le recyclage est une voie du futur. « Nous sommes en train de professionnaliser le métier de ferrailleur », affirme Éric Nottez, le directeur général de la Société nouvelle d'affinage de métaux (Snam). Basée dans l'ancienne ville minière de Viviez, près de Rodez dans l'Aveyron, son entreprise recycle des accumulateurs et des piles depuis près de... quarante ans ! Initialement, le site était spécialisé dans le retraitement du mercure. Son activité a évolué en même temps que les technologies des batteries. Ses cinquante-sept employés recyclent maintenant les accumulateurs nickel-cadmium, lithium-ion et métal-hydrure.

Pour l'instant, le lithium est présent en très faible quantité dans les déchets, mais il sera amené à être traité en quantités plus importantes par la Snam, compte tenu de l'utilisation croissante de cette technologie. Selon Éric Nottez, « tous les acteurs du marché réfléchissent à l'après 2010-2015. Les batteries lithium-ion devraient alors être fiabilisées et plus compétitives... Mais aujourd'hui, personne ne peut envisager de se passer du cadmium. Cette technologie reste la plus efficace et la moins chère ».

Des lingots de matières premières secondaires

Entre 4 000 et 5 000 tonnes de déchets passent chaque année par les fours de l'usine. Ils vont être ensuite revendus sous forme de poudres ou de lingots de métal pur. « Nous recyclons des accumulateurs industriels et des déchets de production. La nôtre varie en fonction des produits traités. Globalement, nous produisons 18 % de plastique, provenant en majorité des emballages, 13 % de cadmium et 60 % de nickel fer », détaille Éric Nottez.

Comment recycle-t-on un accumulateur ? Tout commence dans un immense hangar encombré jusqu'au plafond d'une variété incroyable de déchets : caisses remplies d'accumulateurs rouillés, tonneaux débordants de piles usagées... Ils attendent d'être traités et, surtout, diagnostiqués. La toute première phase de l'opération commence en effet avec le prélèvement d'un échantillon qui sera analysé pour prescrire le bon traitement. « Il n'y a jamais de produit standard. Le protocole de recyclage s'adapte au besoin », précise Éric Nottez.

Suit alors le démantèlement. Une étape automatisée et confinée dans le but de préserver les opérateurs des poussières dangereuses libérées lors du découpage du déchet. Les machines, programmées selon la forme des batteries, les ouvrent, les découpent et retirent les emballages.

Le traitement thermique peut commencer. Cela nous conduit dans l'impressionnante salle des fours de distillation. Mis au point par l'entreprise, ils montent jusqu'à une température de 900 °C. Le traitement thermique va séparer les différents métaux présents dans l'accumulateur. Le secret de l'opération est de doser savamment la température et la durée du chauffage. Un savoir-faire acquis par les opérateurs au fil du temps et jalousement conservé par l'entreprise.

Le métal est distillé et évacué par des tuyaux qui courent sous le plancher de la salle vers l'étage inférieur, où il se solidifie. Les métaux recueillis passent dans un four de haute pureté. À sa sortie, le produit final : un lingot dont le titrage des métaux est garanti.

Une fois revendu, 95 % du cadmium produit à partir des accumulateurs recyclés servira à la fabrication de nouvelles batteries. Les résidus de nickel et de fer sont, eux, revendus à des aciéristes et utilisés pour la fabrication d'acier inoxydable.

De la Snam sortent des métaux d'une pureté dite moyenne. « Nos clients finaux sont majoritairement des aciéristes, ils ont besoin de grosses quantités, mais pas d'une grande pureté. » L'entreprise est toutefois en train de se diversifier. En juin dernier, elle a racheté Verachimie, spécialiste des produits et des procédés de galvanisation : « Nous souhaitons par là nous orienter vers des produits à plus haute valeur ajoutée. Sinon, nous sommes complètement dépendants des cours des métaux. Songez : notre chiffre d'affaires varie fortement en fonction du marché ! »

Un contrat par client en fonction du déchet

Les fluctuations des cours conditionnent non seulement les ventes de l'entreprise mais également son approvisionnement en déchets. « Toutes les configurations existent. Dans certains cas, nous payons les déchets (c'était le cas l'année dernière lorsque le nickel était au plus haut) ; parfois, les industriels nous paient pour les en débarrasser... Il y a un contrat par client. La plupart du temps, cependant, nous nous chargeons du transport. » Car les déchets traités par la Snam proviennent du monde entier. La raison est simple, on compte seulement une dizaine d'entreprises spécialisées dans le recyclage d'accumulateurs. Et avec un chiffre d'affaires de 20 millions d'euros par an, la Snam se situe dans le trio de tête de ces entreprises.

LE GISEMENT

- Plus de 90 millions d'accumulateurs ont été mis sur le marché en 2006 selon l'Ademe et sont classés déchets dangereux. Une fois usagés, ils sont collectés par les fabricants qui ont alors deux possibilités : les recycler eux-mêmes, ou faire appel à une société spécialisée.

l'Enjeu

- Adapter le protocole de recyclage au type de batterie et séparer les différents métaux.

LES SOLUTIONS

- Analyse de l'échantillon avant traitement pour adapter le processus de recyclage au déchet. - Démantèlement automatisé et confiné, puis traitement thermique.

LES DÉBOUCHÉS

- Les métaux (cadmium, nickel, fer) sont revendus sous forme de lingots ou de poudres. Le cadmium recyclé servira à la fabrication d'accumulateurs. Les résidus de nickel fer seront quant à eux utilisés pour la fabrication d'aciers inoxydables.

UNE USINE SOUS SURVEILLANCE

- Masque obligatoire ! On n'entre pas comme ça dans une usine de recyclage d'accumulateurs. Le site est entièrement isolé. Son air est contrôlé. Zone sensible, la salle des fours est équipée d'une ventilation assistée et commandée par les opérateurs à partir d'une salle de contrôle identique à celles que l'on peut trouver dans les domaines de la biologie ou du nucléaire. Pourtant, dans l'enceinte de l'usine, il n'y a pas de norme imposée en la matière. C'est la convention collective qui s'applique. Pour les produits toxiques, on parle de valeur moyenne d'exposition (VME) pour une journée de travail de 8 heures (de l'ordre de 50 g/m3 maximum pour le cadmium, et de 1 mg/m3 pour le nickel). Des mesures quotidiennes Des normes encadrent en revanche les rejets extérieurs. En 2007, la Snam a rejeté 0,87 kg de cadmium dans l'air pour une autorisation à 15 kg et 38,84 g de cadmium dans l'eau pour une autorisation de 766 g. Des mesures quotidiennes obligatoires sont effectuées suivant une méthodologie établie par l'INRS et elles sont complétées, tous les six mois, par les campagnes de mesures d'un organisme indépendant. « Pour l'instant, seul le cadmium est réellement dans le collimateur des normes. Mais il ne fait pas de doute qu'elles sont amenées à devenir de plus en plus sévères », assure Éric Nottez. Décidée à prendre de l'avance, la Snam a investi 7 millions d'euros en trois ans pour réorganiser le traitement de l'air. Elle a notamment installé en 2007 une station de filtrage dotée de filtres absolus.

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