Nous suivre Industrie Techno

La semaine de Jean-François Prevéraud

Industrie et Technologies
J’ai noté ces deux dernières semaines un certain nombre d’événements qui risquent fort de marquer un tournant dans l’évolution du marché du PLM, avec notamment la monté en puissance d’Oracle, qui

Alors que PeopleSoft venait à peine d’annoncer son intention s’acquérir J.D. Edwards (voir notre lettre 29 du 06/06/2003), il a fait l’objet d’une OPA de la part d’Oracle (voir notre lettre 30 du 13/06/2003). Oracle entend donc ainsi montrer sa volonté de renforcer sa position dans le trio de tête du marché de l’ERP aux côtés de SAP et … de Microsoft dans un proche avenir .

Dans le même temps, le géant californien a aussi annoncé de nombreux éléments complémentaire de son offre PLM, qui le rende tout aussi crédible sur cet autre segment de marché où il était pour le moment discret.

Rappelons qu’Oracle proposait depuis 2000 la structure de données d'ingénierie OPDX (Oracle Product Development Exchange) qui était un composant majeur de sa plate-forme B2B Oracle Exchange. L’objectif étant de proposer à terme une plate-forme de collaboration destinée aux équipes de développement, permettant d'échanger des informations de définition de produits et de gérer leur cycle de développement. Il avait déjà complété cette offre en 2001 avec CAD View 3D, un outil de visualisation permettant de travailler avec la plupart des formats de fichiers CAO du marché.

Bien que peu médiatisée, cette offre m’avait alors semblée prometteuse, au point que j’avais écris en avril 2002 dans le numéro 122 de la lettre Systèmes d’Informations Technologique, ancêtre de cette lettre Web : ' Encore plus discret, Oracle est à notre sens l'un des futurs grands du marché du PLM. Même si pour le moment, le leader mondial de la base de données se contente de prêcher la bonne parole en assurant la promotion de OPDX (Oracle Product Development Exchange), sa plate-forme de collaboration destinée aux équipes de développement. '

Cette prémonition s’est confirmée depuis avec l’annonce de la suite Oracle PLM, qui vient d’être renforcée la semaine dernière par le module Avanced Product Catalog. Ce module se place au cœur de l’offre PLM d’Oracle puisqu’il rassemble l’ensemble des données produits et process de l’entreprise, facilitant leur utilisation, leur diffusion et leur réutilisation au sein de l’entreprise étendue.

Outre Avanced Product Catalog la suite Oracle PLM comporte maintenant : l’outil de visualisation, CAD View 3D ; le module de gestion de projet, Project Management ; les modules de travail collaboratif, Project Collaboration et Collaboration Suite ; ainsi que des modules issus de l’ERP comme Sourcing pour la gestion des approvisionnements et Configurator pour la configuration des produits.

Notons que cette suite Oracle PLM a été développée en collaboration avec de grands industriels comme Honda Motorcycle, Pella, ou encore le français Technip-Coflexip.

De fait, Oracle semble bien décidé à jouer sur le marché du PLM un rôle aussi important que celui qu’il joue déjà dans le domaine de l’ERP. IBM/Dassault Systèmes et EDS PLM Solutions n’ont qu’a bien se tenir, d’autant qu’ils souffrent d’une image réductrice très liée leur position dominante sur le marché de la CAO. Oracle est de son côté beaucoup moins marqué dans le domaine, se voulant très œcuménique en travaillant avec pratiquement tous les éditeurs. De plus, Oracle dispose d’un gros avantage puisqu’il est déjà pratiquement présent dans tous les grands comptes industriels. Reste maintenant à savoir si Microsoft ne va pas se lancer à son tour dans l’aventure du PLM. Il dispose en tout cas des moyens financiers qui lui permettrait de procéder là aussi par acquisitions afin d’aller plus vite.

Autre fait marquant, la marche arrière de MSC.Software qui cesse ses activités d’intégrateur système. Le leader mondial du calcul et de la simulation avait surpris tous les observateurs du marché mi-2001 en reprenant AES, l’un des principaux distributeurs des logiciels de Dassault Systèmes sur le continent Nord-Américain. Il en avait profité pour créer une division intégration de systèmes vendant des solutions logicielles (conception/calcul), matériels (après avoir signé des accords de partenariat avec HP) et services clés en main. L’objectif était de se faire une place au soleil à l’Eldorado du PLM. Mais, moins de deux ans plus tard, MSC annonce qu’il arrête ses ventes de matériels, car les perspectives de chiffre d’affaires lui semble mauvaises pour les mois à venir.

La baisse du volume des commandes, due à la morosité du marché, combinée à une pression sur les prix, due à la concurrence, ont conduit à une baisse de 30 % de notre activité système au cours du deuxième trimestre, et cette tendance semble être durable ', explique Franck Perna, le CEO de MSC.Software. De fait, le chiffre d’affaire du deuxième trimestre qui était initialement estimé entre 85 et 90 M$ devrait finalement se situer aux environs de 60 M$. Du coup, MSC a décidé de trancher dans le vif en arrêtant cette activité.

Elle avait pourtant représenté 28 % des revenus de 2002 et avait été un formidable ressort de croissance, à défaut d’être un augmentateur de marge. MSC a décidé de réduire ses effectifs et de prendre une provision pour charge de 25 à 30 M$ sur le deuxième trimestre fiscal.

Ce retrait de l’activité système n’aura pas de répercussion sur la distribution des logiciels de Dassault Systèmes. Par contre, MSC va y perdre l’image d’intégrateur qu’il souhaitait se donner sur le marché du PLM. Et la firme risque fort d’être fragilisée financièrement, ce qui pourrait aiguiser l’appétit de prédateurs.

Comble de malchance pour MSC.Software, la US Federal Trade Commission a exigé de l’éditeur qu’il cède les codes de son logiciel Nastran à une ou plusieurs sociétés, à cause de son abus de position dominante. De fait, EDS PLM Solutions a sauté sur l’occasion pour le mettre à son catalogue.

Dernier élément qui à mon sens risque d’avoir un impact fort sur le marché du PLM, la montée en puissance des solutions de milieu de gamme. J’ai effectivement eu l’occasion de jouer récemment avec les versions 2004 d’Autodesk Inventor Professional et de SolidWorks. Outre des outils génériques de modélisation et de conception de haut niveau, ces logiciels proposent maintenant des modules métiers très performants et intègrent des outils de GDT, voire de PLM, intéressants. Il est clair que ceux-ci répondent au moins à 80 % des besoins des bureaux d’études. J’ai par exemple été bluffé par la facilité avec laquelle SolidWorks 2004 permet de créer un bâti mécano-soudé de machine spéciale.

Ces logiciels très performants intégrant ce qu’il faut de PLM pour la plupart des PME, on peut légitimement se poser la question du futur des solutions plus lourdes basées sur Catia ou UG NX dans les PME. Seules celles travaillant pour l’automobile ou l’aéronautique continueront, par obligation, à les utiliser. Les autres risquent fort de se laisser séduire par un rapport performance/prix attractif. Voilà qui pourrait changer fondamentalement la donne.

Bonne vacances à tous et rendez-vous début septembre.

Jean-François Prevéraud, journaliste à Industrie & Technologies, suit depuis 22 ans l’informatique industrielle et plus particulièrement les applications destinées au monde de la conception (CFAO, GDT, Calcul/Simulation, PLM…). Il était jusqu’à une date récente rédacteur en chef de la lettre bimensuelle Systèmes d’Informations Technologiques, qui a été intégrée à cette lettre Web hebdomadaire.

Bienvenue !

Vous êtes désormais inscrits. Vous recevrez prochainement notre newsletter hebdomadaire Industrie & Technologies

Nous vous recommandons

Dossier composites : comment ils vont surpasser les métaux

Dossiers

Dossier composites : comment ils vont surpasser les métaux

Les composites ne cessent d'innover pour rester compétitifs face aux autres matériaux. L'innovation porte sur les matériaux eux-mêmes, mais aussi sur[…]

Les colloques à venir - Au 12 juin 2009

Agenda

Les colloques à venir - Au 12 juin 2009

Les Nanotechnologies, vous connaissez ?

Les Nanotechnologies, vous connaissez ?

IT 911 mai 2009

IT 911 mai 2009

Plus d'articles