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La semaine de Jean-François Prevéraud

Industrie et Technologies
Grosse activité aéronautique cette semaine, Salon du Bourget oblige. Tous les grands noms de l’informatique industrielle s’étaient donnés rendez-vous pour présenter leur vision de l’aéronautique de demain et

La notion de gestion du cycle de vie des produits (PLM) fait son chemin même si les grands constructeurs aéronautiques tels Airbus ou Boeing n’en sont encore qu’au tout début de l’implémentation de tels systèmes. Le poids de l’existant, tant au niveau des outils déjà en place (base de données, CAO, GDT…), que des méthodologies et des habitudes de travail, reste un frein majeur au déploiement de tels outils.

En effet, il ne suffit pas d’un simple coup de baguette magique pour faire basculer instantanément des milliers d’utilisateurs d’un système à un autre, surtout si en plus on essaye de les faire migrer vers une approche plus globale, telle que celle proposée par le PLM.

Il faut tout d’abord démontrer la pertinence des nouvelles approches proposées, convaincre leurs futurs utilisateurs des avantages qu’ils pourront en tirer dans le cadre de leur travail quotidien, puis commencer à les déployer sur des solutions ponctuelles avant de songer à les déployer plus globalement. Autant dire que cela long, d’autant plus long que les utilisateurs sont déjà fortement accaparés par des grands projets en cours de développement tels l’A380 ou l’A400M, qui ont été débutés avec d’autres outils et méthodologies.

Parmi les approches novatrices de la gestion du cycle de vie produit, je retiendrais l’Integrated Customer Environment présenté par IBM. Celui-ci permet de faire remonter vers les concepteurs toutes les informations issues de la maintenance des appareils. Dans le scénario proposé, un pilote ayant constaté en vol une anomalie dans le fonctionnement d’un équipement de l’appareil a signalé et décrit celle-ci aux agents chargés de la maintenance au sol qui l’attendaient à l’arrivée. Ceux-ci, à l’aide d’un logiciel de localisation des pannes identifient l’équipement fautif et entrent une demande d’intervention pour remplacement de l’équipement dans le système de gestion technique de la compagnie aérienne. Celui-ci génère automatiquement une demande d’intervention sur l’assistant personnel (PDA) d’un technicien de maintenance via une liaison sans fil de type WiFi. Dans le même temps, le magasin central des pièces détachées reçoit un ordre pour mettre à disposition au pied de l’appareil un équipement de remplacement.

Arrivé sur l’appareil, après avoir récupérer la pièce à changer, le technicien obtient sur son PDA la méthode de localisation de l’équipement, ainsi que la procédure à respecter pour procéder à son retrait. Celles-ci peuvent faire largement appel à des vues tirées à la demande de la maquette numérique de l’appareil, voire à des séquences de simulation numérique de démontage.

Une fois l’équipement ôté, le technicien de maintenance scanne le code barre de la pièce, ce qui permet de vérifier qu’il ne s’est pas trompé, puis celui du nouvel équipement à mettre en place. Il est alors informé qu’il s’agit une évolution de l’équipement original et qu’il lui faut appliquer une nouvelle procédure de remontage pouvant aller jusqu’à la modification de réglages d’autres équipements. Une fois le remplacement terminé, il informe, via son PDA, le système de gestion technique de la réalisation de l’opération de maintenance et de la remise en condition opérationnelle de l’appareil.

Rien de bien nouveau jusque là me direz-vous, si ce n’est l’utilisation de liaisons WiFi ? Pas tout à fait, car le système de gestion technique de la compagnie aérienne est capable d’analyser les pannes touchant les équipements et de déclencher une alerte auprès des équipementiers concernés si la panne devient fréquente voire récursive.

En effet, si le taux de panne franchit un seuil d’alerte programmable une demande de modification peut être directement générée dans le système de PLM du fabriquant de l’équipement et se voir affecter une priorité. Les ingénieurs d’études peuvent ainsi être directement en relation avec le client final et prendre en compte ses besoins.

Certes il s’agit encore d’une démonstration de salon où tout se passe dans le meilleur des mondes. Mais elle me semble annonciatrice de ce qui se passera dans les années à venir dans le domaine de l’aéronautique, voire de l’automobile. L’utilisation intensive des NTIC permet en effet de mettre à disposition de techniciens nomades les bonnes informations, toujours à jour, au bon moment et au bon endroit. Ainsi le recours contraignant à de coûteux documents papiers qu’il faut en permanence remettre à jour, peut être facilement remplacé par des PDA qui, via des liaisons sans fil, peuvent être en phase avec les différents systèmes de gestion de l’entreprise.

Mais attention, le recours à cette informatique infaillible, qui vous prend en permanence par la main pour vous guider dans les gestes techniques les plus complexes, ne doit pas faire oublier que l’homme est et restera le maillon intelligent de l’ensemble de la chaîne. Il ne faut sous aucun prétexte que cette montée en puissance de l’informatique soit, par exemple pour les sociétés de maintenance aéronautique, l’occasion de faire appel à des personnels moins qualifiés pour des raisons économiques.

L’aéronautique est un domaine où les ouvriers ont le titre de compagnons, ce qui illustre bien leur niveau de compétence et de motivation. Leur passion pour leur métier est le meilleur garant de leur motivation. Il ne faut pas les démotiver en leur imposant de devenir esclave d’une informatique toute puissante. Ils auraient alors l’impression d’être déresponsabilisés, ce qui en tuant leur passion conduirait à des erreurs tragiques non décelées par l’informatique.

Comme en toute chose, il faut là aussi savoir jusqu’où ne pas aller trop loin en évaluant bien les risques qu’induiraient de tels bouleversements des habitudes de travail. Un point que les éditeurs et constructeurs informatiques ont bien souvent trop tendance à négliger.

Bonne semaine à tous.

Jean-François Prevéraud, journaliste à Industrie & Technologies, suit depuis 22 ans l’informatique industrielle et plus particulièrement les applications destinées au monde de la conception (CFAO, GDT, Calcul/Simulation, PLM…). Il était jusqu’à une date récente rédacteur en chef de la lettre bimensuelle Systèmes d’Informations Technologiques, qui a été intégrée à cette lettre Web hebdomadaire.

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