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La semaine de Jean-François Prevéraud

Industrie et Technologies
Je n'ai pas perdu mon temps cette semaine. J'ai eu l'occasion de participer à la journée organisée à Lyon par PCO Technologies sur le thème de l'ingénierie du futur. Cet intégrateur, efficace et discret, a donné la

Airbus France, Alstom Transport, Eurocopter et Schneider Electric ont ainsi présenté tour à tour leur démarche en la matière. Je n'étais pas seul à les écouter. Plus de 140 personnes issues de 70 entreprises réparties sur l'ensemble du territoire étaient venues partager ces expériences.

Agréable surprise, les différents orateurs n'ont que très peu parlé d'informatique. Ça m'a un peu changé. Tous ont mis l'accent sur la problématique de leur secteur industriel et sur les moyens qu'ils  mettent en place pour rester compétitif.

Bien sûr, ils ont tous commencé par  insister sur l'instabilité dans laquelle ils se trouvent face à la globalisation de l'économie avec son cortège de rachats, fusions, partenariats et autres coopérations, le tout dans un contexte devenant multisite, multinational et donc multilangue et multiculturel.

Et bien sûr, tous ont répété que cette 'instabilité économique' s'accompagne d'une évolution forte et rapide de leurs produits . Ce n'est pas nouveau, mais c'est chaque jour plus vrai :

- la complexité des produits s'accroît sans cesse, notamment par une intégration massive de l'électronique et de l'informatique embarquée.
- les technologies mises en œuvre dans les produits évoluent aussi fortement ( recours grandissant aux pièces plastiques, composites..).
- les méthodologies de production sont, elles aussi, en pleine mutation doivent être une prise en compte dès les phases amont de la conception.
- les clients demandent des produits de plus en plus personnalisés, qu'il faudra éventuellement pouvoir améliorer, voire reconstruire, une ou deux fois dans leur vie (véhicules, machines-outils...)
- la monté en puissance des normes impose le recours au calcul et à la simulation des performances et à la vérification de l'impact des produits sur l'environnement, ce qui impose à son tour une meilleure connaissance de la configuration des produits et de leur tracabilité.

La solution ? Pour éviter que cela ne se transforme rapidement en chaos, tous les orateurs ont insisté sur l'urgence qu'il y avait pour eux à modéliser leurs processus industriels, à définir des méthodologies de travail collaboratives et à mettre en place des outils de gestion capables d'accompagner ces changements majeurs.

Le vocable qui est revenu tout au long des présentations pour résumer les démarches a été celui de  système d'information produit (SIP). Ce système, qui est mis en place pour répondre à la fois aux besoins économiques, commerciaux et industriel des entreprises, fédère l'ensemble des outils de création et de gestion des informations techniques nécessaires tout au long du cycle de vie du produit. Le SIP doit aussi être capable de communiquer avec les autres systèmes d'information de l'entreprise tels l'ERP, le CRM ou le SCM.
 
A ce propos, j'ai pu constater à travers les différentes présentations faites par les industriels, qu'ils se sont totalement appropriés le discours marketing des éditeurs informatiques.  Avec une nuance toutefois : ils le restituent de manière beaucoup plus pragmatique avec un vocabulaire industriel, où les mots fleurent bon le bureau d'études et l'usine de production. En tout cas, pour eux, l'informatique n'est qu'un outil. Ils n'hésitent d'ailleurs pas à affirmer que leurs produits ont des durées de vie très largement supérieures à celles des versions de logiciels, voire des logiciels et de leurs éditeurs, et qu'il est donc normal d'envisager un renouvellement régulier des outils retenus dans le cadre des SIP mis en place.

Le SIP doit jouer le rôle d'outil d'intégration des moyens de l'entreprise, de ces processus, de ses méthodologies de travail et surtout de ses hommes, afin de gérer les changements profonds et incessants auxquels elle est soumise, tout en satisfaisant au mieux ses objectifs de développement. La mise en place d'un SIP doit donc répondre aux besoins de cohérence et de rigueur autour de jalons communs à l'ensemble de l'entreprise, nécessaires au pilotage des grands projets. Il permettra notamment de gérer dans la durée l'écart inévitable entre le prévu et le réalisé.

Qu'ai je retenu de cette journée ?  J'ai envie de le résumer sous la forme des dix commandements de l'ingénierie :

1.  Il faut avant toute chose fixer clairement les objectifs de l'entreprise.
2.  Il faut bien analyser ses processus, les modéliser et les optimiser, tout en envisageant leur évolution possible.
3. Il faut à partir de là définir clairement les objectifs de la mise en place d'un SIP et rester ferme sur ceux-ci, face aux fournisseurs.
4.  Il ne vous faut en aucun cas limiter vos ambitions aux compétences (ou incompétences) des éditeurs.
5.  Il faut savoir rester pragmatique dans la démarche de mise en œuvre et préférer une méthode douce de déploiement, par étapes, à un 'big bang' toujours beaucoup plus déstabilisant.
6.  Il faut procéder à un rythme acceptable par l'entreprise, ce qui permet, en plus, d'enregistrer régulièrement des améliorations et des retours sur investissement, certes parcellaires mais toujours motivant pour la poursuite de la démarche.
7.  La communication doit rester omniprésente tout au long du projet pour en faire comprendre la nécessité et pour tenir compte des besoins de chacun.
8.  Il faut toujours se dire que chaque entreprise est un cas particulier, qu'il n'y a pas une seule approche et une seule solution possible.
9.  Les métiers et les programmes de produits de l'entreprise doivent toujours passer avant les technologies à mettre en œuvre et le SIP à déployer.
10. Il faut... beaucoup d'énergie pour mener tout cela à bien (ce dernier, qui n'est pas faux, a surtout pour valeur de me faire atteindre le chiffre 10 )

Bref, ce séjour à Lyon a été fort instructif. J'ai particulièrement apprécié, tout au long des différentes présentations, la vérité des discours industriels. Aucun des orateurs n'a caché que la mise en place d'un SIP était difficile, douloureuse, longue et coûteuse. Tous ont insisté sur les doutes permanents qui les ont assaillis et qui continuent à les hanter car de tels projets sont en perpétuelle évolution pour accompagner les changements de l'entreprise. Par contre, ils ont insisté sur la réduction des cycles de développement qu'ils commencent à enregistrer.

C'est aussi le rôle d'une telle journée que de proposer une thérapie de groupe où chacun peut étalonner sa propre démarche par rapport aux expériences relatées par les orateurs. J'ai ainsi pu entendre deux collègues de travail se dire lors d'une pause : 'tu vois, on n'est pas si en retard'.

A la semaine prochaine !

Jean-François Prevéraud, journaliste à Industrie & Technologies, suit depuis plus de 20 ans l'informatique industrielle et plus particulièrement les applications destinées au monde de la conception (CFAO, GDT, Calcul/Simulation, PLM...). Il était jusqu'à une date récente rédacteur en chef de la lettre bimensuelle Systèmes d'Informations Technologiques, qui a été intégrée à cette lettre Web hebdomadaire.


 

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