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La semaine de Jean-François Prevéraud

Industrie et Technologies
Cette année encore j'ai fait mon traditionnel pèlerinage d'automne chez Mickey pour aller écouter les utilisateurs de Catia et entendre la bonne parole de l'éditeur. Avec l'innovation produit en point de mire.

L'année PLM est rythmée par un certain nombre d'éléments incontournables tels le Micad ou Euromold, mais aussi par les grands rassemblements d'utilisateurs organisés par les éditeurs. Ainsi en va-t-il de l'ECF, le forum des utilisateurs européens de Catia, qui se tient tous les ans à l'automne à Disneyland Paris.

Si le but principal est de présenter des applications représentatives des avancées que l'on peut attendre de l'utilisation de l'ensemble des logiciels de Dassault Systèmes, dans le cadre de la mise en place d'une démarche PLM, l'éditeur et son partenaire IBM en profitent aussi pour prêcher la bonne parole à leurs clients les plus fervents. Et dans ce rôle Bernard Charlès, directeur général de Dassault Systèmes est excellent.

'Le PLM ne consiste pas à copier ce qui existe déjà, en mettant en place une kyrielle de nouveau outils informatiques. C'est avant tout une véritable décision stratégique pour l'entreprise, qui doit mettre en place les méthodologies de travail novatrices qui lui permettront d'atteindre plus rapidement ses objectifs à moyen et long terme. Et l'innovation est bien entendue au cœur de cette problématique, tant dans les produits que dans les process.

Dans ce contexte, notre rôle est de proposer, avec nos partenaires prestataires de services, l'ensemble des outils et des méthodologies qui vont dans ce sens. C'est pourquoi nous enrichissons en permanence nos outils et notre portefeuille de partenaires applicatifs'.

Une approche que les grands groupes notamment automobiles semblent avoir faite-leur. Ainsi Toyota Motor, qui annonçait en septembre 2003 que son nouveau modèle Sienta avait été entièrement conçu avec Catia V5, a-t-il mis largement l'emphase sur son approche PLM dans son rapport annuel, en consacrant deux pleines pages à son Toyota Digital Production System.

'Une telle démarche de la part de l'un de nos grands clients envers la communauté financière, est pour nous le signe qu'une véritable révolution digitale se met actuellement en place dans l'industrie. Et c'est aussi vrai dans le monde de l'aéronautique si l'on prend par exemple le plateau virtuel mis en place chez Dassault Aviation autour du Falcon 7X.

Il est clair qu'à l'heure où l'industrie occidentale dématérialise de plus en plus la production, les actifs principaux de l'entreprise ne seront plus dans le matériel, mais dans la propriété intellectuelle, ainsi que dans tous les savoir-faire permettant d'innover plus vite pour prendre des parts de marché '.

Les utilisateurs veulent réduire les cycles de développement

Un discours que sont venus illustrer Armal Girgis et Jean Sass , respectivement responsables de l'informatique technique du motoriste Pratt & Whitney Canada et de Dassault Aviation, épaulé par André Benhamou, directeur de la filiale française de l'équipementier Liebherr.

' Afin de répondre correctement aux attentes de nos clients, notre groupe dispose de 5 bureaux d'études et de 20 usines de production dans le monde. Il est donc crucial pour nous que nous puissions collaborer efficacement, le plus tôt possible dans le cycle de développement d'un nouveau moteur, entre nos différentes implantations, ainsi qu'avec nos clients et partenaires ', explique Armal Girgis. '

 Nous avons donc saisi l'opportunité de la mise en place d'une démarche PLM pour complètement changer nos processus de développement, notamment en utilisant systématique la simulation et en la couplant à de l'optimisation de formes ou de poids. Dans le domaine des études, par exemple, nous avons pu réduire de 20 % le temps nécessaire à la conception des assemblages.

De même, la détection des collisions dans les opérations de montage et de maintenance est maintenant intégrée très en amont dans le cycle de développement, ce qui nous permet d'en résoudre plus de 70 % et d'éliminer le prototype physique qui servait à cette vérification, soit au moins 500 k$ d'économie par programme moteur. A l'autre bout de la chaîne, l'intégration forte de la FAO nous a permis de réduire de 30 % les temps de programmation, quand les pièces ont été validées, et de diviser par 10 ce temps lors d'éventuelles modifications.

Dans le monde très compétitif de la motorisation aéronautique, cette réactivité apportée par notre démarche PLM nous permet de suivre au plus vite les demandes de nos clients, tout en réduisant nos coûts de développement '.

La réduction des cycles de développement a aussi été au cœur de la présentation de Jean Sass. ' Le développement du Falcon 7X a été pour nous un véritable défi que nous sommes en passe relever, puisque le cycle complet de développement de cet appareil a pu être réduit à 4 ans, depuis les premières phases d'études jusqu'à la certification en vol par les autorités aéronautiques.

Nous avons pour cela misé dès le départ sur une approche PLM autour des outils de Dassault Systèmes que nous avons mise en place chez les 27 partenaires qui partagent les risques de ce programme avec nous. Le travail collaboratif lié à l'utilisation systématique de la simulation de la fabrication nous ont permis de réduire des 2/3 les coûts des outillages et des montages d'assemblage.

 De plus, grâce aux multiples revues de projet faites autour de la maquette numérique, le cycle d'assemblage du premier appareil a pu être ramené de 16 à 7 mois, car toutes les pièces en provenance des multiples partenaires se sont assemblées parfaitement dès le premier coup, en limitant les ajustements sur chaîne.

La maquette numérique est effectivement un fantastique outil pour lever les ambiguïtés et éviter les erreurs d'interprétation, tout en évitant de construire un prototype physique. Il devient maintenant possible de partager les responsabilités autour d'un objet numérique collectif.

Par contre, il faut être clair, lors du lancement de ce projet nous ne pouvions pas honnêtement dire ce que le PLM allait nous faire gagner, mais nous savions que c'était la bonne voie. Aussi, l'appui de notre président a été un élément majeur dans la prise de cette décision stratégique pour l'entreprise '.

Pour André Benhamou aussi l'adoption d'une démarche PLM actuellement en cours est une formidable opportunité pour sa société. 'Nous avons bien compris l'intérêt de la mise en place d'une telle démarche, mais nous savons aussi que c'est vital pour la société. C'est pourquoi nous avons passé un an à sa préparation, afin de savoir exactement comment nous allions réorganiser la société tant en France qu'en Allemagne.

Il s'agit pour nous d'anticiper les inévitables réductions de cycle de développement que vont nous demander les avionneurs, sans dégrader la qualité de nos produits. Il faut aussi voir dans cette démarche la capitalisation de nos savoir-faire en vue de les réutiliser, sans que ce soit toutefois un frein à l'innovation.

Enfin, il faudra que la démarche mise en place nous garantisse suffisamment de flexibilité, afin de pouvoir nous adapter à un marché en perpétuelle évolution. Actuellement, l'harmonisation des process entre nos différentes unités est faite. Nous en sommes à la validation de notre modèle de données et le déploiement est prévu pour le mois de février prochain. Le retour sur investissement est donc encore devant nous '.

Scott Hopkins, directeur général d'IBM PLM Solutions est venu ensuite expliquer que selon une récente étude, 2/3 des dirigeants d'entreprises estiment que l'innovation dans les produits est l'un des moteurs clé de la croissance de leurs sociétés. 'Mais l'innovation, c'est pas seulement une brillante invention, c'est surtout l'implémentation de nouvelles technologies, tant dans le produit que dans ses process de fabrication.

Il faut pour cela non plus travailler sur des prévisions de marché à moyen terme, mais répondre de manière très réactive à une demande en perpétuelle évolution, plus axée sur la valeur apportée et le service rendu que sur le produit lui-même. Cela suppose bien souvent la maîtrise de multiples technologies et donc le partage d'informations avec plusieurs partenaires de manière collaborative, donc la mise en place d'une démarche PLM '.

Un peu de rêve

Afin d'illustrer les futures capacités d'aide à l'innovation de Catia, Bernard Charlès a annoncé la création d'une entité dédiée à l'innovation qui est placée sous la responsabilité de Patrick Johnson, son ancien bras droit.

Nous avons ainsi pu voir en avant-première l'outil très intuitif de modélisation surfacique Imagine & Shape qui permet de jouer avec les surfaces comme avec de la pâte à modeler, tout en sachant que celles-ci sont toujours directement intégrables dans un processus PLM pouvant aller jusqu'à la fabrication.

Cet outil devrait être dans un premier temps destiné aux concepteurs travaillant dans le domaine des biens de consommation. Autre annonce celle de la création d'une entité placée sous la responsabilité d'Arnaud Ribadeau-Dumas, dont la mission est de trouver des applications novatrices du 3D dans tous les secteurs de l'économie, notamment grâce au langage 3D XML (voir ci dessous). Une manière de diversifier les activités de l'entreprise alors que ces secteurs traditionnels du PLM marquent un peu le pas.

Résumé des nouveautés

L'ECF a aussi été le lieu d'un certain nombre d'annonces de nouveaux produits et partenariats. Tout d'abord l'ensemble de la gamme V5 de Dassault Systèmes (Catia, Delmia, Enovia, Smarteam) passe en R14 en mettant l'accent sur la collaboration et l'innovation. Une visite sur le site de l'éditeur s'impose, car la liste des nouveautés est comme à l'habitude très fournie.

Dassault Systèmes entend aussi devenir la référence du monde 3D en lançant le langage 3D XML. Celui basé sur XML (eXtensible Markup Language) et développé à l'aide du savoir-faire de Lattice Technology (voir notre lettre n°79 du 10 septembre) permet de créer et de partager simplement des données 3D dans un format très léger via l'Internet.

Il sera proposé sous forme d'un format ouvert largement disponible pour l'ensemble des éditeurs. Plus qu'un 200e format d'échange d'informations 3D, celui-ci est basé sur un langage standard, facilement lisible par de très nombreuses applications, notamment bureautique. Cela devrait favoriser son utilisation.

Du côté des accords de partenariat CAA, notons ceux signés avec Fakespace Systems pour la visualisation en immersion, avec le Cimpa autour du logiciel Panogen pour la mise en panneaux des pièces planes en tôle ou en matériaux composites et avec Alma autour de la FAO act/cut pour la programmation des opérations de découpage et de poinçonnage.

Enfin, Dassault Systèmes a aussi fait en marge de l'ECF un certain nombre d'annonces. Tout d'abord celle de ses résultats pour le troisième trimestre fiscal, qui avec un chiffre d'affaires de 188 millions d'euros enregistre une croissance de 7 % alors que le résultat augmente de 17 %. Si les ventes de licences de Catia ont diminué de 4 %, celle de SolidWorks ont cru de 14 % par rapport à la même période de 2003. Notons que l'activité GDT a connu quant à elle une croissance de 11 %.

Autre annonce importante celle de l'acquisition par Dassault Systèmes des filiales allemande, britannique, suédoise et suisse du distributeur Rand Worldwide, ainsi que sa monté en puissance de 60 à 70 % dans le capital de Rand North America. L'objectif pour Dassault Systèmes étant d'accroître son réseau commercial notamment vers les PME.

Pour en savoir plus 
http://www.ecforum.com/index.php et http://corporate.3ds.com/fr

A la semaine prochaine.

Jean-François Prevéraud, journaliste à Industrie & Technologies, suit depuis 23 ans l'informatique industrielle et plus particulièrement les applications destinées au monde de la conception (CFAO, GDT, Calcul/Simulation, PLM…). Il était jusqu'à une date récente rédacteur en chef de la lettre bimensuelle Systèmes d'Informations Technologiques, qui a été intégrée à cette lettre Web hebdomadaire.

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