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La semaine de Jean-François Prevéraud

Industrie et Technologies
Voici comme promis le compte rendu des Etats Généraux de Micado qui fêtait cette année les 30 ans de sa création. Les exemples présentés témoignaient du chemin parcouru par la CAO...

A date exceptionnelle, format exceptionnel. En effet, Micado fêtait cette année les 30 ans de sa création lors de la 5e édition des Etats Généraux de la CFAO, qui ont pour la circonstance été rebaptisés les Etats Généraux des 30 ans de Micado.

'Que de chemin parcouru depuis 1974, lorsque quelques laboratoires universitaires ont décidé, avec le soutien des pouvoirs publics, de créer une association pour développer et promouvoir des outils de Conception Assistée par Ordinateur, échanger des informations et aider les premiers utilisateurs ', rappelle Gérard Guilbert, actuel président de Micado.

30 ans d'évolution

En effet, d'outil universitaire ou fruit de la recherche des grands groupes industriels automobile ou aéronautique, la CFAO est maintenant devenue une activité économique autonome et structurée avec de nombreux offreurs. Le Dessin Assisté par Ordinateur a cédé la place à la maquette numérique, la simulation des produits et des process de fabrication guide le concepteur, alors que les outils de Gestion de Données Techniques permettent d'intégrer l'informatique technique dans le système d'information de l'entreprise.

Parallèlement, la réalité virtuelle et le prototypage rapide ont simplifié l'accès au 3D, alors que les technologies issues de l'Internet facilitent le travail collaboratif.

Une réalité qu'il était bien difficile d'imaginer alors que nous nous débattions au milieu de bacs de cartes perforées avec des machines dont les mémoires se chiffraient en Ko. Et nous n'avions même pas l'idée des nouvelles méthodologies de travail que cela allait imposer.

Cette évolution ne s'est pas faite sans douleur et elle n'est pas encore terminée, le sera-t-elle seulement un jour ? Les organisation des entreprises et les utilisateurs ont dû se remettre en cause et s'adapter. Un phénomène que la globalisation et l'accélération de l'économie mondiale ne fait que renforcer jour après jour. S'adapter ne suffit plus, il faut maintenant anticiper et innover avec tous les risques que cela comporte.

L'exemple d'Airbus

L'histoire d'Airbus est exemplaire dans ce domaine. En 35 ans d'existence l'avionneur européen a réussi à ravir la première place du marché mondial à son éternel rival Boeing, à la fois en terme de prise de commande et de livraison d'avions. ' Mais il nous a fallu en permanence développer de nouveaux appareils et repenser en profondeurs nos méthodes de travail pour faire face à l'augmentation des cadences de production et la pression accrue sur les prix ', explique Thierry Pardessus, vice-président Design Methods & Deployment d'Airbus.

' La conception d'un avion obéit à une logique de partage des travaux entre des centres d'excellence où l'ingénierie simultanée tient une grande place. Cette démarche consiste à paralléliser le plus tôt possible un maximum de tâches pour mettre en présence, sur les mêmes plateaux multi-métiers de développement, équipes aval et amont.

La tendance étant même de travailler de plus en plus en sous-traitance globale à partage de risques avec des partenaires, tant pour la définition que pour la fabrication. Ce qui augmente bien évidemment les exigences en terme de volume, de fréquence et de qualité en matière d'échange et de partage de données techniques. Cela est rendu possible par l'utilisation massive de la maquette numérique comme vecteur de l'information dans le processus de développement '.

' La maquette numérique n'est autre qu'un ensemble cohérent de représentations virtuelles du produit à développer, qui permet aux différents métiers impliqués de communiquer techniquement autour de modèles communs. Outre sa permanente mise à jour, la maquette numérique offre une possibilité de travail multi-vues en mode collaboratif distribué. On y retrouve la description géométrique de toutes les pièces élémentaires et assemblages issue de la CAO, avec leur positionnement spatial, ainsi que l'organisation de ces données dans la structure produit gérée par les outils de GDT '.

Une méthodologie de travail qui trouve sa pleine dimension avec l'A380. ' Un tel appareil a une architecture fonctionnelle organisée en environ 70 systèmes majeurs, constitués de centaines d'équipements. Ce qui se traduit par environ un million de plans. Autant d'informations qu'il faut gérer en configuration de manière très rigoureuse afin d'assurer la traçabilité de la définition d'un avion en fonction des demandes contractuelles du client. Et de pouvoir garantir les objectifs de qualité, de coût et de délais, tout en gardant comme axe prioritaire et non négociable la sécurité '.

Les équipementiers aussi

' Une telle démarche s'applique aussi aux équipementiers ', est venu rappeler Jacques Péchaud, directeur du système d'information de la direction technique de Messier Dowty. ' Nous avons travaillé suivant trois axes principaux ; les processus ; l'organisation qui les supportent et les outils informatiques associés.

Les processus ont été analysés, optimisés et documentés dans une dynamique d'ensemble basée sur une logique de coopération de tous les acteurs internes pour une meilleure ingénierie simultanée, ce qui nous a permis d'être certifiés IS/EN 9100 à la fin 2003.

L'organisation a elle-même été revue pour faciliter les contacts avec le client et créer une véritable relation de partenariat. Enfin, les multiples outils informatiques ont été mieux intégrés dans le cadre d'un projet de Technical Data Integration qui concerne la conception, la fabrication et le support après vente dans l'optique de favoriser une meilleure pratique de l'ingénierie simultanée


Travaillant avec de multiples avionneurs, nous ne pouvions disposer des systèmes d'information propres à chacun. C'est pourquoi nous avons défini celui qui s'adaptait le mieux à nos besoins spécifiques. Les critères de choix ont été la productivité des outils de CAO et de GDT ; le taux d'utilisation de ces outils dans le monde aéronautique ; leur facilité de communication avec les outils en place chez nos clients ; leur capacité à s'intégrer dans un même environnement ; enfin la vitesse de mise en œuvre et le coût de maintien en condition opérationnelle'.

'Nous avons ainsi retenu Catia V5 pour toutes les nouvelles activités de conception ou de fabrication ; Smarteam pour la gestion et le partage des données Catia et un SGDT basé sur la technologie Teamcenter pour faire converger l'ensemble de nos données techniques de définition. Nous avons aussi retenu Windows pour le poste client et décidé d'utiliser Catia V5 natif pour nos échanges de géométries accompagné de XML pour les sémantiques complémentaires. L

es étapes ultérieures porteront sur une amélioration des procédures et des outils d'échange de données, ainsi que sur une plus grande formalisation de notre savoir-faire et son introduction dans les outils informatique. Il s'agit notamment de mieux prendre en compte les leçons apprises, ce qui nous paraît être un gisement de progrès important pour améliorer nos meilleures pratiques '.

Une table ronde sur le travail collaboratif

L'après-midi a été consacrée à une table ronde regroupant des équipementiers sur le thème du travail collaboratif, de la web-conférence à la co-conception. ' Le problème est avant tout de trouver un langage d'échange commun pour faciliter le dialogue entre les multiples métiers intervenant sur un projet ', explique d'entrée de jeu Jean-Pierre Marx, responsable de la GDT chez Thales Recherche & Technologies.

' De toute manière nous n'avons pas le choix, il nous faut collaborer avec nos partenaires si nous voulons rester compétitif. C'est pourquoi au sein de l'Afnet nous sommes en train de mettre en place deux projet baptisés Boost Aero et e-PME d'intégration numérique autour de la Supply Chain, notamment via des standards communs et des projets e-Business sectoriels ', révèle Pierre Faure responsable des systèmes d'information de Dassault Aviation et président de l'Afnet.

Et les mêmes les PME semblent avoir compris le message. 'Nombre de PME voient dans la mise en place d'outils et de méthodologies de travail collaboratif, le moyen de fidéliser leur clientèle de donneurs d'ordres. d'autre y vient le moyen de répondre ensemble à des commandes plus importantes ', explique Mario Picot responsable GDT au Cetim.

' C'est un peu ce qui se passe actuellement chez nous, insiste François Legrand, directeur des systèmes d'information pour l'ingénierie de Valeo. Notre groupe est constitué d'une multitude d'activités similaires à des PME. Celles-ci sont motrices pour intégrer le travail collaboratif, mais chacune le fait à son rythme certaine font de la co-conception avec des donneurs d'ordres alors que d'autres n'en sont qu'au web-conferencing'.

' Le travail collaboratif en mode synchrone autour des données présente aussi un intérêt non négligeable pour les donneurs d'ordres qui y voient un moyen de réduire les m² immobilisés chez eux par les plateaux projets où ils accueillaient leurs partenaires. Il leur suffit de garder une tête de pont sur place alors que le gros du travail sera fait chez le partenaire ', remarque Alain Clément, responsable du département informatique technique et scientifique de Faurecia.

Reste que l'on a pas encore inventé les bonnes pratiques qu'il est indispensable de mettre en place avec les NTIC, clament en cœur tous les intervenants. 'En effet, ce n'est pas l'outil qui génère le retour sur investissement, mais la façon astucieuse dont on s'en sert ', commente Jean-Pierre Marx.

' De toute manière retour sur investissement direct ou pas, nous devons en permanence trouver des processus innovants si nous voulons rester leader. Nous ne pourrons de toute manière en mesurer les effets qu'après les avoir implémentés, car on ne peut préjuger des bons indicateurs ', affirme Pierre Faure.

Des processus de travail novateurs qui butent bien souvent sur des détails. ' Il est très difficile d'exploiter pleinement une web-conférence avec plusieurs intervenants si l'on a pas pris la précaution d'organiser les prises de parole. Et force est de reconnaître que si nombre de managers ont eu des formations sur la conduite de réunions de travail, bien peu de chose existe dans le domaine des web-conférences ', remarque Jean-Pierre Marx.

Enfin, nombre de sous-traitants insistent sur l'hétérogénéité des solutions de conception misent en place chez les donneurs d'ordres. ' Nous ne pouvons privilégier l'un de nos clients et nous nous devons de rester compatible avec l'ensemble de nos donneurs d'ordres. c'est pourquoi nous adoptons une solution qui nous est propre. Seulement ce la suppose de passer par des standards d'échange de données tel Step ou à travers des moulinettes spécifiques à deux systèmes différents, avec à la clé une rupture de la chaîne numérique et bien souvent des pertes d'informations '.


A la semaine prochaine...

Pour en savoir plus
http://www.afmicado.com



Jean-François Prevéraud, journaliste à Industrie & Technologies, suit depuis 23 ans l'informatique industrielle et plus particulièrement les applications destinées au monde de la conception (CFAO, GDT, Calcul/Simulation, PLM…). Il était jusqu'à une date récente rédacteur en chef de la lettre bimensuelle Systèmes d'Informations Technologiques, qui a été intégrée à cette lettre Web hebdomadaire.

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