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La semaine de Jean-François Prevéraud

La semaine de Jean-François Prevéraud

Industrie et Technologies
Alors que le marché de l'informatique industrielle marque le pas, de nouveaux prestataires de services font leur apparition. Lors d'un bilan du marché avec PAC, j'ai ainsi découvert l'offre de services de l'Air Liquide.

A l’heure de la rentrée, il est bon de jeter un œil sur le passé et de prendre des bonnes résolutions pour l’avenir. C’est ce que j’ai fait récemment en interrogeant Jean-François Perret, directeur général de Pierre Audoin Conseil (PAC) et Jérôme Girard, directeur général du pôle services du groupe Air Liquide, autour du marché de l’informatique industrielle.

Globalement le marché de l’informatique en France représentait 5,9 milliards d’euros en 2001, dont un peu plus de 20 % des dépenses informatiques faites dans l’industrie. Et il avait toujours connu la croissance depuis la fin des années 80.

La situation a fondamentalement évoluée en 2002, puisque PAC estime qu’il a connu une baisse de 5 % et il n’est guère plus optimiste pour 2003. ' La baisse que nous avons enregistrée en 2002 est le cumul de plusieurs phénomènes ', explique Jean-François Perret. ' Il est clair qu’il y a un ralentissement des investissements des industriels, mais il y a aussi un effet prix. Les acheteurs industriels mettent une pression de plus en plus forte sur les éditeurs et dans une moindre mesure sur les prestataires de services. Globalement cette pression se traduit par une baisse globale des prix de l’ordre de 2 % '.

Des disparités suivant les segments

Mais tous les segments du marché ne sont pas logés à la même enseigne. ' Il est clair qu’actuellement les domaines de l’ERP et du CRM souffrent le plus. Ils payent en quelque sorte les surinvestissements faits pour passer l’an 2000 et le cap de l’euro. Le marché du PLM se montre lui aussi assez décevant, avec une croissance nettement moins rapide que prévu. Malgré les gains potentiels évoqués par les éditeurs, il semble que les industriels hésitent encore à se lancer. Reste à savoir s’ils ont peur de la complexité du problème à traiter ou s’ils doutent de l’efficacité des approches proposées. Par contre, certains segments restent porteurs, comme les Manufacturing Execution Systems (MES), l’optimisation des processus, la logistique ou la tracabilité, qui ont tous comme dénominateur commun des retours sur investissement rapides. Un must pour des industriels qui essayent de restaurer leurs marges '.

Autre façon d’envisager le marché, sa segmentation par grandes familles de fournisseurs. La demande de services (conseil, assistance, intégration de systèmes, infogérance) a triplé durant la dernière décennie, à tel point qu’elle représente maintenant 45 % des dépenses. La demande en progiciels et solutions standardisées à connu une progression similaire, atteignant le milliard d’euros. Ces progressions se font au détriment des matériels qui représentent maintenant moins de 40 % des dépenses des utilisateurs contre 55 % voici 10 ans.

Par ailleurs, au sein des services, on a assisté à une croissance très forte de la demande en prestation de conseil et assistance (50 % du segment services) au détriment de l’intégration de systèmes, alors que l’infogérance (externalisation des exploitations principalement) émerge seulement vers la fin de la décennie.

Comment va évoluer le marché ?

Nous prévoyons encore une baisse du marché de l’ordre de 5 % en 2003, par contre celui-ci devrait retrouver une croissance moyenne de l’ordre de 4 à 5 % à l’horizon 2004-2005. Ce qui signifiera une croissance proche des deux chiffres pour le segment des services '.

En effet, si l’on considère que les niveaux bas du traditionnel modèle du CIM vont rester calmes (notamment pour les segments relatifs aux automatismes de base et à la GPAO traditionnelle), il n’en sera pas de même pour les autres segments applicatifs, qui sont au cœur des problématiques stratégiques et économiques des entreprises '.

Dans le monde du MES, et particulièrement dans les industries d’assemblage, les tendances relatives à la personnalisation des produits fabriqués, les impératifs de croissance de qualité, fiabilité et tracabilité, vont inciter les entreprises à investir dans de nouveaux systèmes d’information permettant d’accroître la connaissance des paramètres concernés et d’améliorer les processus correspondants. '

Les bureaux d’études et de méthodes sont de plus en plus impliqués dans la bataille de la productivité et de la compétitivité. Le développement du travail collaboratif dans ce domaine aura des impacts significatifs sur la gestion des données industriels pour le plus grand bénéfice du segment naissant du PLM '.

La nécessaire réduction des coûts passe par l’optimisation et les systèmes d’information y joueront un rôle clé.

A moyen terme, la communication électronique dans le domaine industriel va s’aligner sur les technologies IP. Leur gestion va également prendre des formes nouvelles, qui passent notamment par l’externalisation d’un nombre croissant de tâches comme par exemple la supervision '.

La période 2003-2005 devrait connaître l’émergence d’une demande significative en infogérance de systèmes d’informatique industrielle. Ce mode d’externalisation est déjà présent dans certains pays anglo-saxons et va se développer en France avec la maturité d’offres de télé-exploitation hébergées et du concept de TPO (Technical Process Outsourcing) qui devrait suivre celui déjà bien établi du BPO (Business Process Outsourcing). Enfin, on devrait aussi assister à un développement des prestations de conseil, poussées par la complexité croissante des solutions en informatique industrielle (MES, Supply Chain Execution) et interrelation avec les couches ERP '.

De nouveaux partenaires pour de nouveaux schémas

Cette évolution du marché se fera aussi via de nouveaux acteurs. ' C’est pourquoi le groupe Air Liquide a décidé de se lancer lui aussi dans le domaine des services informatiques en 2000, moins par attrait pour le e-Business alors triomphant, que par volonté de diffuser notre savoir-faire dans le domaine de l’utilisation de la Supply Chain vers nos clients ', explique Jérôme Girard, directeur général du pôle services du groupe.

Outre des réelles compétences informatiques, cette équipe de 300 personnes, qui devrait réaliser un chiffre d’affaires de 36 M€ en 2003, connaît très bien les problématiques, les habitudes de travail et les modes de décision de l’industrie pour les avoir pratiquées dans le groupe.

Notre objectif est de travailler sur le long terme avec nos clients dans le cadre de contrats de Facility Management de 5 à 7 ans. Cela nous permet de construire une solution robuste durant les 18 premiers mois sans facturer le client. Il ne commence à nous rétribuer sur ses gains que quand la solution est opérationnelle. L’investissement est donc transparent pour lui. De plus, il évite la prise de risque et l’embauche d’une équipe informatique souvent conséquente '.

Décliner les savoir-faire en offres commerciales

Le fait d’appartenir à un grand groupe nous a permis de développer des savoir-faire que nous proposons maintenant sous formes d’offres commerciales.
La surveillance centralisée en temps réel et à distance de nos 50 installations européennes de production de gaz, nous a conduit à développer des outils capables de gérer jusqu’à 70 000 données avec des cycles de rafraîchissement de 2 minutes à 10 secondes. D’autres outils en assurent la surveillance pour contrôler les dérives lentes. Enfin nous avons développé des outils d’optimisation de la consommation énergétique globale des usines, afin de produire et d’acheminer au moindre coût. Tout cela se retrouve dans notre offre télégestion et de MES multi-sites qui intéresse fortement l’industrie pétrochimique.
Autre compétence développée, la gestion de nos actifs et notamment des contenants recyclables (bouteilles, containers, wagons, semi-remorques…) qui nous servent à livrer nos gaz chez nos clients. Nous avons plus de 10 millions de bouteilles chez nos clients et certaines y restent de longs mois alors qu’elles sont vides. Afin d’augmenter leur taux de rotation, nous les avons toutes équipées, lors de leur retour dans nos usines, avec des puces électroniques permettant leur identification rapide et leur gestion. Elles sont ainsi passées de 5 à 10 rotations par an en moyenne. Ces savoir-faire se retrouvent dans notre offre tracabilité, retenue notamment par Primagaz.
De même, nous proposons une offre de gestion de flotte de véhicules issue de nos propres besoins pour nos camions de livraison, une offre retenue par Oshop, l’activité livraison à domicile du groupe Carrefour
 '.

Cette arrivée du groupe Air Liquide dans le domaine des services informatique, si elle peut surprendre, correspond bien à la logique de l’entreprise. Elle permet de faire face à la baisse de consommation des gaz due au ralentissement de l’économie manufacturière. Notons au passage que le marché des services informatique est deux fois plus gros que celui des gaz industriels. Elle permet aussi à l’Air Liquide de diffuser chez ses clients son excellence industrielle, notamment dans le domaine de la Supply Chain, afin de les fidéliser encore plus. Enfin, les services informatiques nécessitent environ trois fois moins d’immobilisation de capital par euro de chiffre d’affaires que la production de gaz.

Une diversification qui devrait aussi satisfaire les actionnaires.

A la semaine prochaine

Jean-François Prevéraud, journaliste à Industrie & Technologies, suit depuis 22 ans l’informatique industrielle et plus particulièrement les applications destinées au monde de la conception (CFAO, GDT, Calcul/Simulation, PLM…). Il était jusqu’à une date récente rédacteur en chef de la lettre bimensuelle Systèmes d’Informations Technologiques, qui a été intégrée à cette lettre Web hebdomadaire.

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