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La semaine de Jean-François Prevéraud

La semaine de Jean-François Prevéraud

Industrie et  Technologies
J'ai rencontré Joseph Puzo, un chef d'entreprise attachant qui ne manque pas d'idées pour innover depuis 25 ans et qui lance maintenant Axon'Cable sur la voie du travail collaboratif.


« Nous sommes dans un marché ou ce ne sont plus les gros qui écrasent les petits, mais les rapides qui surclassent les lents » Et celui qui s'exprime ainsi sur les marches du château de Montmirail, sait de quoi il parle. Il s'agit de Joseph Puzo, président du groupe Axon'Cable. Une PME de 1 500 personnes située dans ce chef-lieu de canton de la Marne qui exporte dans le monde entier grâce à un savoir-faire impressionnant dans le domaine du câble électrique.

Axon'Cable est en effet spécialisée dans l'étude et la fabrication de câbles et systèmes d'interconnexion de pointe. Elle travaille ainsi en partenariat avec de nombreux grands groupes industriels dans les domaines de l'aéronautique et du spatial, de l'électronique militaire, du nucléaire, des télécommunications, de l'électronique médicale, etc. Elle réalise un chiffre d'affaires de 89 millions d'euros et dispose d'une douzaine de sites de production en France, mais aussi en Allemagne, en Ecosse, aux USA, au Japon, en Lettonie, en Hongrie et en Chine.

Créée au tout début de années 60, elle fut parmi les précurseurs de l'utilisation du Téflon pour isoler des câbles électriques, ce qui lui a permis de percer rapidement sur les marchés les plus exigeants comme le militaire, l'aéronautique ou le ferroviaire. Elle a depuis appris à maîtriser de nombreux autres matériaux isolants ou conducteurs, afin de répondre aux demandes les plus pointues de ses clients. Si à ses débuts elle se contentait de fournir des câbles ronds point à point équipés de connecteurs simples, elle propose maintenant ses services pour prendre en charge des harnais complets et développe en fonction des besoins des connecteurs complexes assurant des liaisons électriques, électroniques, optiques ou fluidiques.

Innover dans les produits mais aussi dans les outils et les méthodes

Il faut dire qu'Axon'Cable a créé dès 1981 d'un service de R&D afin de mettre l'accent sur l'innovation, à une époque ou ses concurrents, aujourd'hui disparus, se battaient uniquement sur les prix. Le service comporte une cinquantaine de personnes et englouti 10 % du chiffre d'affaires. « C'est le prix à payer pour rester innovants », justifie Joseph Puzo. « Nous avons ainsi mis au point l'un de nos best-sellers, le Vibraflame, un câble électrique souple qui résiste au feu et qui est très apprécié dans la sidérurgie, car il est insensible aux projections de métal en fusion ».

De fait, il s'agit d'un conducteur réalisé en cuivre nickelé, pour sa résistance à l'oxydation à haute température, enrobé d'un isolant en matériau composite à base de mica, de polytétrafluoréthylène et de fibres de verre. Exempt d'amiante, il résiste pourtant à un feu de 1 050 °C pendant au moins quatre heures et fonctionne dans un bain de métal en fusion à 1 565 °C pendant 15 minutes.

Mais outre dans les produits, l'innovation s'exprime aussi chez Axon'Cable dans les méthodes et les outils de travail. Ainsi en 1987, Joseph Puzo a donné à chacun de ses salariés un livre expliquant les préceptes du Kamban et il a fait d'Axon'Cable la première PMI française à disposer de cercles de qualité. A l'opposé, il convie tous les ans des artistes à venir exprimer leur art dans ses usines à l'aide des produits utilisés dans les ateliers. Il a aussi délocalisé certains salariés ... dans un ancien moulin proche de l'usine, et il a constaté des gains de productivité importants qu'il attribue à l'environnement de travail bucolique plus motivant. Il a aussi été le premier industriel français à investir directement dans la création d'une usine en Lettonie.

Délocaliser tout en créant des emplois en France

La délocalisation permet à Axon'Cable de résister à la pression mise sur les prix par ses donneurs d'ordres. Dans le cas des programmes automobiles, il faut compter deux ans d'études et de préparation avant de lancer la production. « Ensuite, il faut produire pendant environ quatre ans sur la base de prix négociés au début du contrat et passés sous le rabot des acheteurs tous les ans. C'est pourquoi nous produisons la première année en France, puis nous délocalisons vers la Hongrie pour le reste du programme. Mais que l'on ne s'y trompe pas, la délocalisation peut créer des emplois en France », explique Joseph Puzo. Il estime ainsi que la création de 100 emplois à l'étranger, induit 25 nouveaux emplois en France, pour dispatcher le travail, gérer la logistique liée à la délocalisation, intensifier l'effort d'innovation, etc.

Axon'Cable investi aussi beaucoup sur les marchés en émergences. « Nous avons ainsi passé beaucoup de temps avec les constructeurs automobiles et les équipementiers lorsque les premiers airbags ont été conçus. Il fallait mettre au point avec eux un câble permettant de transmettre sans faille le signal de déclenchement à l'airbag conducteur situé dans le volant. Nos ingénieurs ont ainsi développé un câble plat sur ruban qui s'enroule ou se déroule sur lui-même en suivant les mouvements du volant. Et nous équipons maintenant 75 % des voitures européennes doté d'airbag dans le volant ».



« De fait, nos ingénieurs passent beaucoup de temps avec leurs clients pour parfaitement comprendre leur problématique et leur proposer des solutions innovantes ne se limitant pas au seul câble. Ils peuvent aller jusqu'à la remise en cause de solutions techniques existantes et "forcer" leur client à innover dans leur propre métier ».

Le bureau d'études d'Axon'Cable comporte environ 75 personnes, dont un tiers est affecté à la conception des machines de production des câbles, « car il ne peut y avoir de bons produits sans une bonne production ». Après une période Cadkey, pour le prix, Axon'Cable a opté pour Autocad LT, Autocad, puis Mechanical Desktop et maintenant Inventor. « Nos donneurs d'ordres ont bien essayé de nous convaincre d'adopter des solutions plus lourdes, mais leurs choix sont trop variés et surtout variables dans le temps. De plus, ils sont bien souvent incapables de nous fournir des maquettes numériques des zones où nous devons implanter nos faisceaux. C'est pourquoi nous préférons travailler avec les systèmes que nous avons choisis ».

Enthousiasmé par le travail collaboratif

Une idée dans laquelle Joseph Puzo a été conforté depuis qu'il a découvert le travail collaboratif. « J'ai lu en mai dernier dans vos magazines les reportages consacrés à l'utilisation d'une plate-forme de travail collaboratif chez ET Ruiz. J'ai donc pris début juin ma voiture avec mon responsable de bureau d'études et nous avons été visiter cette PME de la région havraise. La démonstration que nous en a fait Manuel Ruiz m'a convaincu et j'ai téléphoné sur la route du retour au responsable de la plate-forme Pi3C pour qu'il vienne nous faire une démonstration chez nous avec nos équipements ».

La chose fut faite sous quinzaine et la commande signée dans la foulée. « Notre métier ne consiste pas uniquement à concevoir des harnais électriques, mais aussi à assurer la liaison entre les 2 ou 3 services techniques du client qui sont partie prenante dans sa définition. Il y a donc un gros travail de communication interne à réaliser, d'où un besoin de collaboration évident. La mise en place d'une telle plate-forme collaborative va nous permettre de mieux dialoguer et surtout de le faire presque en permanence sans avoir à nous déplacer. De fait, nous allons pouvoir aider le client à résoudre ses propres problèmes, ce qui va nous faire gagner beaucoup de temps sur la conception même de nos produits en évitant de perpétuelles modifications ».

« Si l'on ajoute à cela la modicité de l'investissement, 800 euros par mois pour quatre jetons simultanés, et le fait que nous continuions à travailler sur nos équipements existants, il n'y a pas de questions à se poser. De plus, des organismes tels Galia assurent actuellement fortement la promotion de ce genre d'outils dans l'automobile et l'aéronautique, ce qui devrait sensibiliser rapidement les grands donneurs d'ordres ».

Et de fait en moins de six mois, Axon'Cable a déjà convaincu une dizaine de clients et fournisseurs de travailler en mode collaboratif. « Nous pouvons par exemple échanger très facilement avec le mouliste qui réalise les outillages de surmoulage des connecteurs, afin de vérifier des formes ou des cotes », explique Frédéric Didier, le responsable du bureau d'études. « Nous travaillons avec lui en direct en 3D ce qui évite les dérives toujours possible suite à l'interprétation d'un jeu de plans 2D. Nous corrigeons les erreurs dès qu'elles apparaissent. De plus, nous pouvons donner plus ou moins de droits à nos interlocuteurs. Ils pourront ainsi seulement voir, ou manipuler ou copier un modèle. La restriction à la seule visualisation nous permet par exemple de protéger notre savoir-faire vis-à-vis d'un nouveau partenaire que nous n'avons pas encore eu le temps de valider. Ainsi nous pouvons travailler l'esprit libre avec des chinois sans risque de voir nos produits copiés ».

A la semaine prochaine.

Pour en savoir plus : http://www.axon-cable.fr et http://www.pi3c.com

Jean-François Prevéraud, journaliste à Industrie & Technologies et l'Usine Nouvelle, suit depuis plus de 24 ans l'informatique industrielle et plus particulièrement les applications destinées au monde de la conception (CFAO, GDT, Calcul/Simulation, PLM...). Il a été à l'origine de la lettre bimensuelle Systèmes d'Informations Technologiques, qui a été intégrée à cette lettre Web hebdomadaire, dont il est maintenant le rédacteur en chef.




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