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La Russie a-t-elle ressuscité son "exterminateur de satellites" ?

Julien Bergounhoux

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La Russie a-t-elle ressuscité son

Dans un climat international tendu, et après des démonstrations de force dans la lutte anti-satellite de la part de la Chine (en 2007) et des Etats-Unis (en 2008), les spéculations courent sur la nature d'un satellite russe capable de modifier sa propre trajectoire depuis l'orbite terrestre pour intercepter d'autres objets. Certains observateurs évoquent un retour du programme soviétique Istrebitel Sputnikov, l'exterminateur de satellites.

Les manœuvres orbitales d'un objet spatial lancé par la Russie en milieu d'année suscitent l'inquiétude. L'objet au cœur de ces spéculations se nomme 2014-28E. Il a été expédié discrètement dans l'espace en mai, en même temps que trois satellites de communication militaires. Il avait originellement été pris pour un débris, mais plusieurs traqueurs de satellites l'ont observé effectuant des manœuvres inhabituelles et contrôlées, rejoignant notamment les restes d'un étage du lanceur qui l'a mis en orbite.

Dans un article publié le 17 novembre, le Financial Times émet même l'hypothèse d'une nouvelle version du programme soviétique Istrebitel Sputnikov («exterminateur de satellites», basé sur le terme russe qui désigne les avions de chasse), qui date du début des années 60 et a été abandonné à la fin de la guerre froide. Le principe de cette arme anti-satellite est de lancer un véhicule spatial robotisé capable de prendre d'autres satellites en chasse et de les détruire ou de les mettre hors service directement depuis l'orbite terrestre.

Une technologie aux multiples usages

La capacité de détruire des satellites ennemis se révèlerait être un atout clé lors d'un conflit international entre plusieurs grandes puissances, cependant on peut douter de l'interprétation faite par les médias du comportement de cet objet mystérieux. Un satellite capable de corriger sa position en orbite a de nombreux usages possibles, aussi bien civils que militaires. Il pourrait notamment servir à inspecter, réparer ou ravitailler un satellite, voire même à le désorbiter s'il est hors service pour éviter d'accroître le nombre déjà important de débris en orbite autour de la Terre. En soi cela n'a rien de particulièrement inquiétant, même si le fait que la Russie n'a pas annoncé ces manoeuvres a renforcé les spéculations, sans parler du climat tendu qui règne suite à l'implication russe en Ukraine.

Il faut néanmoins rappeler que les russes ne sont pas les seuls à développer ce type de technologies. Les États-Unis travaillent sur un certain nombre de technologies de satellites manœuvrables, parmi lesquels on peut citer les missions XSS-11 (Experimental Satellite System-11) de l'US Air Force et DART (Demonstration for Autonomous Rendezvous Technology) ou encore RRM (Robotic Refueling Mission) de la Nasa. La Darpa étudie aussi de son côté des projets de satellites autonomes, notamment au travers de la mission Orbital Express, lancée en 2007, ou du programme Phoenix.

Enfin, que penser de la mission OTV (Orbital Test Vehicle), dont on sait juste qu'elle est classifiée et que le drone X-37B peut passer près de 2 ans dans l'espace ? De la même manière, il n'est pas difficile d'imaginer comment les technologies liées à la mission de redirection d'astéroïde de la Nasa pourraient être adaptées pour cibler un objet artificiel...

La Russie ne mène pas la course à l'armement anti-satellite

D'autant plus que le développement d'armes anti-satellites (ASAT) plus conventionnelles n'est pas vraiment au point mort. Les Etats-Unis disposent de missiles capables d'atteindre des satellites en orbite terrestre basse depuis les années 50, avec le Bold Orion, qui était lancé depuis un Boeing B-47 Stratojet. Son premier tir d'essai anti-satellite fut réalisé en 1959, atteignant le satellite Explorer-6 qui se situait à 251 km d'altitude. Ces efforts se sont poursuivis tout au long de la guerre froide, avec notamment l'ASM-135, qui était lancé depuis un McDonnell Douglas F-15 Eagle à une altitude proche de son plafond de vol (20 000 m). Ce programme avait finalement été arrêté en 1985, coïncidant avec l'arrêt du programme anti-satellite soviétique.

Cependant, suite à la destruction par la Chine d'un de ses propres satellites météo en janvier 2007, l'armée américaine a détruit en février 2008 un de ses satellites espions en fin de vie, à l'aide d'un missile RIM-161 SM 3, fabriqué par Raytheon. Il s'agit à la base d'un missile anti-balistique, qui équipe les navires du programme de défense antimissile Aegis. Mais ce test a prouvé qu'ils sont également capables d'atteindre des satellites en orbite basse (le satellite détruit se trouvait à 247 km d'altitude). Ainsi, même s'il était au final avéré que la Russie développe une arme anti-satellite, il serait difficile de le lui reprocher.

Il faut néanmoins noter que les missiles sus-cités ne sont capables que d'atteindre des satellites se trouvant relativement bas dans l'orbite terrestre. Les satellites géostationnaires (télécommunications civiles et militaires), qui se trouvent à plus de 35 000 km d'altitude, et les systèmes de positionnement (GPS, GLONASS, BeiDou, Galileo) qui orbitent aux environs de 20 000 km, sont complètement hors de leur portée. Un autre satellite, en revanche, pourrait les atteindre...

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