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La Roumanie, tête de pont pour attaquer le marché régional

De notre envoyé spécial en Roumanie, Mirel Scherer
Bucarest (Roumanie), 2 - 6 octobre / 5 - 14 octobre 2007. Les industriels français ne regardent plus uniquement les avantages de la délocalisation, mais les opportunités à plus long terme d'un marché de plusieurs dizaines de millions de consommateurs.

La Foire technique internationale (TIB) et le Salon international de l'automobile (SIAB), qui se sont déroulés début octobre à Bucarest, prouvent que la Roumanie garde tout son intérêt aux yeux des investisseurs industriels. Malgré une situation politique des plus chaotiques, un gouvernement que la presse locale juge incompétent et une corruption endémique, la croissance économique ne faiblit pas. On annonce pour 2008 environ 6,5 %. « De l'infrastructure routière à l'agriculture en passant par l'industrie, tout reste à faire dans ce pays », confirme Mihai Constantin, commentateur vedette à la télévision roumaine et fin connaisseur des réalités autochtones.

Certains industriels continuent à chercher les gains rapides d'une délocalisation en profitant de la main d'oeuvre bon marché de ce pays où le salaire moyen se négocie autour de 250 euros. Ce dernier est cependant en hausse constante, ce qui explique la fièvre de la consommation : les nouveaux "riches" peuvent se défouler après plusieurs décennies de frustrations dans les supermarchés qui poussent comme des champignons.

Une forte présence française

Cette évolution, qui sonnera à plus ou moins long terme le glas d'un pays à faible coût, incite les industriels à mettre en oeuvre une autre stratégie. Ces derniers veulent utiliser leurs infrastructures industrielles roumaines pour attaquer des marchés situés dans les pays environnants. Bref, profiter non seulement d'un marché qui compte tout de même 19 ou 20 millions de consommateurs potentiels (chiffres difficiles à estimer car l'émigration est importante), mais aussi saisir les autres opportunités de la région tout entière qui se réveille peu à peu de sa léthargie économique. Les entreprises françaises ont confirmé cette évolution qualitative au TIB en occupant tout le hall 15. Présent depuis huit ans en Roumanie, Air Liquide confirme ces opportunités. La société, qui a installé plus de 70 machines de soudage plasma, mixtes et robotisées, doit faire face à une croissance de la demande considérable. « Au premier semestre 2007, la fabrication d'ensembles soudés pour la construction métallique et les produits en acier s'est développée à un rythme très soutenu », explique Calin Varga, responsable du service automatismes de Ductil-Air Liquide Welding Roumanie.

Spécialiste de la conception et de la réalisation de pièces prototypes, d'outillages, du modelage de fonderie, de l'usinage, de l'assemblage et du contrôle..., le Groupe Allio met en oeuvre, lui, le concept d'ingénierie globale. Un savoir-faire reconnu par de nombreux donneurs d'ordres des industries automobile, aéronautique ou navale que le groupe français accompagne dans leurs démarches internationales. « C'est le cas de la Roumanie où nous avons installé un bureau d'études en novembre 2006 », explique Philippe Hervo, directeur commercial de Group Allio Romania. Quatre concepteurs, bientôt six ou huit, développent dans ce bureau situé à Buftea, une localité très proche de Bucarest, des projets CAO sur Catia V5. Cinq techniciens assurent l'usinage des pièces 2D et 3D, l'ajustage, le montage et le contrôle. Un effectif que le groupe a l'intention de porter à dix, fin 2007. Des moyens de prototypage rapide seront également en service prochainement. « Nous travaillons beaucoup pour l'industrie automobile roumaine, notamment pour Dacia, en collaboration avec un autre bureau d'études français installé à Bucarest, Defi Plus », ajoute le responsable. Objectif : réduire les coûts de développement. Le groupe étudie, en collaboration avec le nouveau centre d'ingénierie de Renault en Roumanie, le futur modèle 4x4 de la Logan. « C'est un moyen pour nous d'accompagner les constructeurs d'automobiles dans leur rayonnement régional », souligne Philippe Hervo.

Diffuser son influence au-delà de la Roumanie

S'implanter localement mais aussi attaquer, commercialement s'entend, les régions limitrophes de la Roumanie, est aussi l'objectif des entreprises comme Sideo, HIFI Filter et Jura Filtration, accompagnées au TIB par la Chambre de commerce et d'industrie de Franche-Comté. Le groupe Sideo (245 personnes et trois sites de production en France), spécialisé dans les opérations de surmoulage, découpage, emboutissage, assemblage, a démarré fin octobre les activités de son site industriel roumain. « Nous considérons cette unité de production, située près de Sibiu, comme une tête de pont pour pouvoir desservir les pays voisins qui présentent un potentiel non négligeable », indique Olivier Goby, chargé d'affaires de Sideo. Ses conseils pour réussir une implantation en Roumanie : « Être très patient, bien préparer son installation, avoir des objectifs précis... »

Le salon international de l'automobile de Bucarest (SIAB) a confirmé, lui aussi, la bonne santé de l'économie roumaine dont le corollaire est, comme partout, un enrichissement continu des habitants. Les embouteillages, qui engorgent Bucarest jour et nuit avec des klaxons qui n'arrêtent pas, et les ventes d'automobiles le prouvent : il s'est vendu au premier semestre 2007 autant de voitures que pendant toute l'année précédente.

Et les modèles à bas coût n'ont plus la cote. BMW estime ainsi que le marché roumain de voitures de haut de gamme connaîtra une croissance de 300 % dans les cinq années à venir. Si les Logan break sont en rupture de stock en France, en Roumanie la préférence des acheteurs potentiels s'oriente vers les modèles qui coûtent plus de 10 000 euros. Ce qui aiguise l'appétit de constructeurs qui annoncent l'ouverture prochaine de nouvelles unités de fabrication comme c'est le cas de General Motors voire même de Renault. Ford est en cours de rachat de l'usine Daewoo de Craiova. « Le constructeur américain fabriquera en 2012, ici, 300 000 exemplaires d'un nouveau modèle qui sera exporté à 90 % », explique Nadia Crisan, directeur du cabinet d'avocats McGuireWoods Romania et responsable communication de Ford Roumanie. « Un investissement estimé à 1 milliard de dollars sur quatre ans, avec une augmentation du personnel de 3 500 aujourd'hui à 7 000, voire 9 000. » Ion Ion, directeur de l'usine de Craiova, une usine qui n'a pas à rougir face à ses homologues françaises et qui fabrique des Matiz, se réjouit de cette opportunité. « Ce rachat provoquera un véritable Big Bang dans notre ville et région si sinistrées industriellement ces dernières années », explique le responsable, l'un des principaux artisans de la réussite technologique de ce site passé successivement de Citroën à Daewoo et General Motors, et enfin à l'État roumain avant Ford.

Une production en constante progression

Quant à François Fourmont, le directeur général de Dacia (qui détient 33 % du marché roumain), il devra gérer dans l'usine de Pitesti (qui a reçu depuis 1999 un investissement de 1 milliard d'euros), en 2008, la fabrication de cinq modèles de la Logan. « En 2008, nous augmenterons notre production de 45 à 60 voitures par heure, soit une production annuelle de 350 000 véhicules », explique le responsable de Dacia. « Alors, aux 2 000 personnes que nous avons embauchées en 2007 s'ajouteront 500 autres l'année prochaine. L'atelier de peinture a été refait de A à Z, il est plus grand et maintenant écologique, la surface de l'atelier d'assemblage a été doublée. »

Dans ces conditions, si vous n'êtes pas encore implantés en Roumanie, il serait peut-être temps d'y penser...

VU AU SALON TIBPOUR UNE CONCEPTION EFFICACE

Spécialiste de la pièce prototype, le Groupe Allio vise le marché roumain mais aussi celui des pays environnants.

VU AU SALON TIBPOUR MIEUX SOUDER

Ductil-Air Liquide Welding Roumanie a installé plus de 70 machines de soudage dans le pays. Ici, la Oxytome 30.

DACIA AU SIABLA FAMILLE LOGAN S'AGRANDIT

- Dévoilée au Salon international de l'automobile de Bucarest (SIAB), la Logan pick-up est destinée à une large catégorie d'utilisateurs, des artisans aux petits commerçants en passant par les amoureux des escapades dans la nature. Le nouveau modèle, dont le prix est inférieur à 9 000 euros, dispose d'une benne dont la capacité utile est de 800 kg et la cabine a un espace de chargement supplémentaire de 3 00 litres. Le modèle sera disponible en 2008 en Roumanie, Bulgarie, Turquie et Algérie et, en 2009, sur les autres marchés européens.

ENTENDU AU TIB

Les distributeurs roumains de machines-outils ont encore des progrès à faire pour être capables de conseiller leurs clients et de leur offrir des solutions clés en main.» Jean-Baptiste Medot, directeur commercial de Realmeca

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