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La révolution permanente

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Au cours du demi-siècle écoulé, l'industrie, les technologies et l'innovation n'auront connu qu'une constante : le changement. Et il s'accélère sans relâche.

Pas une. Pas deux. Pas trois... Cinq nouvelles industries créées en un demi-siècle ! Le spatial, la microélectronique, les biotechnologies, la micro-informatique, les nanotechnologies. Pour le même prix, je vous mets une industrie des télécommunications entrée dans l'ère du sans-fil. Et Internet avec ! Et un déluge d'innovations. Qui dit mieux ? En l'espace de cinquante ans, l'industrie et les technologies n'ont pas chômé.

A-t-on fait plus et mieux que pendant le demi-siècle précédent ? On est tenté de le croire. Ce n'est pas si sûr : la première moitié du XXe siècle a vu, elle aussi, d'immenses ruptures scientifiques, technologiques et industrielles. En revanche, les cinquante années passées ont une caractéristique unique : le tempo de l'innovation n'a cessé de s'accélérer. La diffusion de l'innovation et des technologies est devenue d'une rapidité incroyable. Voilà du jamais vu !

Citius, altius, fortius

Songez au laser. Lors de son invention, en 1960, on se demandait à quoi il allait bien pouvoir servir. Il équipe aujourd'hui le moindre lecteur de DVD, il répare la cornée, découpe l'acier... Le micro-ordinateur fera plus fort. Il débute vraiment sa carrière en 1977. À l'époque, Bill Gates, jeune patron du jeune Microsoft, rêve tout haut de voir un "micro" dans chaque maison, sur chaque bureau. On sourit ! On avait tort... Il y est presque parvenu.

Le téléphone portable ira plus vite encore. Il était quasi inexistant en 1992. La planète en compte aujourd'hui 3 milliards ! Et que dire de l'industrie de la microélectronique ? En 1971, lorsque sort le premier microprocesseur, le 4 004 d'Intel, on s'extasie : 2 300 transistors ! La génération qui arrive pour 2009 en comptera 2 milliards. On ne s'extasie même plus... Tout va vite, plus vite. Le titanesque décodage du génome humain, une formalité. Le développement d'Internet, une traînée de poudre. Et tout s'accélère encore. Il ne faudra que quatre années pour qu'un site comme Facebook passe de zéro à... 120 millions d'utilisateurs ! Citius, altius, fortius. La devise olympique est le quotidien de la technologie.

Révolution ? Imaginez la stupéfaction d'un industriel des années 1960 qui découvrirait que le numéro 1 mondial de l'automobile s'appelle Toyota, et que GM est en péril ; que la sidérurgie française bat pavillon indien ; que le joyau américain RCA a fini, via le français Thomson, chez le chinois TCL. Inimaginable ! La géographie industrielle a changé ses contours. Le Japon est monté en puissance dès les années 1970. Puis ce sont les "dragons asiatiques" (Corée du Sud, Hongkong, Singapour, Taïwan). Enfin la Chine et l'Inde. D'improbables constructeurs automobiles, comme le coréen Hyundai, ont pignon sur rue. Des équipementiers télécoms venus de nulle part, comme Huawei (Chine), font trembler les géants.

La technologie redistribue les cartes

L'évolution technologique a joué un rôle majeur dans cette redistribution des cartes. Le phénomène est flagrant dans le turbulent domaine des technologies de l'information. Regardez IBM. La statue du commandeur a failli tomber en poussière. Au début des années 1980, sa domination est écrasante. "Big blue" est sous le coup de la loi antitrust. Il est numéro 1 partout : matériel, logiciel, périphériques. Ses bénéfices sont supérieurs au chiffre d'affaires du numéro 2, Digital Equipment ! Le fabricant de mainframe sera débordé par le microprocesseur. Il a failli ne pas s'en remettre. En 1991, fortement déficitaire, il est sur le point d'être découpé en tranches. Lou Gertsner le sauvera in extremis en réinventant IBM comme entreprise de logiciels et de services.

Un autre géant, Kodak, est lui aussi tombé de son piédestal. Comment pouvait-il en être autrement ? L'un réalisait des profits gigantesques avec le mainframe, l'autre avec le film argentique. Le PC pour l'un, le numérique pour l'au-tre ont changé les règles du jeu. Leur business model a volé en éclats. D'atout, leur position dominante s'est transformée en handicap.

De nouveaux venus ont su saisir leur chance. Microsoft, Intel, Cisco... Ou Nokia, un vague conglomérat finlandais qui produit, entre autres, des pneus et du papier. En 1992, il jette tout par-dessus bord pour se vouer aux télécoms. Bien lui en a pris. Il est nu-méro 1 des téléphones portables.

Ces aventures ont profondément traumatisé le monde des technologies de l'information. « Seuls les paranoïaques survivent », la formule de l'ex-PDG d'Intel, le fameux Andy Grove, traduit leur émoi. Comprenez : face à l'emballement de l'évolution technologique aucune position n'est assurée. Et, surtout, nul ne sait d'où viendra la prochaine menace. Dernier exemple : Google. Il s'affirme comme l'inattendu prétendant au trône de Microsoft. Seuls les paranoïaques survivent... L'industrie tout entière peut désormais en faire sa devise.

De la productique au reengineering

Révolution ? L'organisation industrielle en a eu son content. On automatisait un peu, beaucoup. Voici, au début les années 1980, l'informatique industrielle, alias "productique", alias CIM (Computer integrated manufacturing). L'industrie se met à automatiser passionnément. À la folie, parfois... La CAO, la FAO, la GPAO, la GMAO, les automates programmables, les machines-outils à commande numérique, les robots, les ordinateurs, les réseaux locaux envahissent progressivement ateliers et bureaux d'études. Quel choc !

Ce n'est pas assez. En 1990, le best seller de Jim Womack, Dan Jones, and Daniel Roos, The machine that changed the world, fait (re)découvrir le système de production de Toyota. Il lance le terme lean production. L'industrie auto-mobile, puis manufactu- rière, s'y engouffrera.

Ce n'est encore pas assez. En 1993, paraît un autre best seller, Reengineering the corpo-ration : A manifesto for busi-ness revolution, de Michael Hammer et James Champy. En route pour le Reengineering ! Une refonte complète du business process dans le meilleur des cas. Un prétexte aux licenciements massifs, beaucoup trop souvent.

Avec ces nouvelles organisations de la production - et, aux études, le développement des "équipes projet" - les progrès en productivité ont été époustouflants. Il fallait cinq ans pour concevoir une voiture en 1990. Désormais, deux suffisent et... on en conçoit plusieurs en parallèle. Quand en 1980 un salarié de l'industrie automobile produisait 10,5 voi- tures, il en fait 28,3 en 1999 !

Tout cela a un prix. La cons-truction automobile a vu ses effectifs fondre : en France, un million et demi de salariés ont disparu entre 1980 (3,2 millions) et 1999 (1,7 million) ! Le phénomène est général : en 1970, quelque 44 % des salariés français travaillaient dans l'industrie. Ils sont à peine 23 % en 2008, alors que dans le même temps le nombre total des salariés s'est accru de 3,6 millions. Loin de se calmer, ces changements deviennent plus radicaux encore avec la mondialisation. L'industrie délocalise. Mieux. Des secteurs entiers, dans l'électronique en particulier, ne possèdent même plus d'usines ! La fabrication est réalisée sous contrat par des entreprises de Chine populaire, de Taïwan ou d'ailleurs.

Vers la fin de l'entreprise ?

Internet en ajoute une couche. « Dans le monde de l'entreprise, le résultat le plus immédiat de [la] connectivité accrue [...] est d'élargir considérablement les possibilités techniques de fragmentation des chaînes d'activité », écrit Pierre Veltz dans son livre au titre explicite Le nouveau monde industriel (*). L'entreprise s'éclate aux quatre coins du monde. À propos de la conception d'une machine à café expresso, Luc Dohan, le CTO (Chief technical officer) de SEB, témoigne : « Le marketing est à Paris ; le design s'effectue à Berlin ; certains composants viennent de Chine, d'autres de Suisse ; ce sont d'autres sites qui ont la charge du logiciel et d'autres encore celle de l'industrialisation ».

Le même Pierre Veltz ajoute que « si l'on pousse à l'extrême la logique d'externalisation des tâches et de leur agrégation au sein de réseaux ouverts, la forme "entreprise" elle-même finit par se dissoudre. Une nouvelle forme se profile : celle d'une nébuleuse de contributeurs, stables ou éphémères, qui ajoutent leur pierre à un édifice commun, tout en s'affranchissant des contraintes traditionnelles d'espace, de temps et d'organisation ».

La R&D de "papa" ne fait plus recette

Rien n'échappe à ce remue-ménage. Pas même la R & D. Le récent concept d'Open Innovation, popularisé dès 2003 par Henry Chesbrough de l'université de Berkeley, en est l'illustration. Le temps où une entreprise pensait pouvoir maîtriser en interne l'intégralité de la recherche de son secteur d'activité est passé, écrit-il en substance. La R&D de papa, celle des Philips, IBM et autres Xerox, avec son cercle vertueux « recherche interne - innovation - profits - recherche » ne fait plus recette. Il faut s'ouvrir. Aller puiser les idées et les compétences partout où elles sont : chez les concurrents, dans les start-up et dans les universités, bien sûr. Et, inversement, diffuser largement ses résultats via des licences. Pourquoi tout cela ? « Pour accélérer le processus d'innovation », bien entendu ! Bon, au moins Industrie et Technologies ne risque pas de manquer de sujets pour les années à venir...

Franck Barnu

INCROYABLE !

Qui aurait pensé en 1958 que Toyota deviendrait le numéro 1 mondial de l'automobile et... que tant de robots peupleraient les usines ?

Portrait express de la France

Population 1964 48,9millions 2007 64,1millions Espérance de vie à la naissance 1964 femmes 74,1ans hommes 67,2ans 2007 femmes 84,5ans hommes 77,6ans Répartition de la population selon l'âge 1964 moins de 20 ans 34% plus de 65 ans 12% 2007 moins de 20 ans 24,9% plus de 60 ans 21,6% PIB par habitant 1964 10 484 euros 2006 28 963 euros Durée hebdomadaire du travail 1964 45,9 heures 2008 35 heures Salaire minimum pour 39 heures Indice 100 en 1950 1960 122 2005 354 Chômeurs recensés 1964 0,2million 1,1 % de la population active 2005 2,7millions 9,8 % de la population active

Portrait express de l'industrie

Depuis vingt ans, l'industrie perd en moyenne 50 000 emplois par an alors que, dans le même temps, la production a augmenté de 50 %. Les chiffres sont toutefois à prendre avec précaution, un bon nombre d'emplois de service, auparavant comptabilisés dans l'industrie étant désormais externalisés. S'ajoute à cela l'importance de l'activité des services industriels qui ne sont pas pris en compte dans ces chiffres. La tendance est toutefois claire : la part de la valeur ajoutée de l'industrie manufacturière dans le PIB est passée de 22 % en 1990 à 12,4 % en 2006. (*) en millions Source Insee

LES QUINZE PREMIERS GROUPES INDUSTRIELS EN 2007

Si l'on exclut les industries du pétrole, de la distribution et de la finance du classement de Fortune de 2008 (CA 2007), Toyota est le grand manitou. À noter la présence d'un coréen, Samsung, et d'un indien, Mittal, dans ce top 15.

équipement des foyers En pourcentage - 1964-2006

Automobile 40 80,6 Réfrigérateur 45 96,6 Lave-linge 35 93,9 Téléviseur 35 97,0 Téléphone fixe 11 87,6 Lave-vaisselle 0 47,4 Téléphone portable 0 74,3 Micro-ordinateur 0 54,3 Internet 0 41,8

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