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La réalité virtuelle avance à pas comptés

Nadège Aumond

La réalité virtuelle peine à s'imposer dans l'industrie. Souffrant d'avoir été survendue, elle a encore beaucoup à prouver.

Un certain nombre d'outils de réalité virtuelle sont aujourd'hui suffisamment matures pour donner lieu à de réelles applications industrielles : bras à retour d'effort à six degrés de liberté d'Haption, des logiciels tels que VPS (détection de collision, Boeing), GVM (moteur dynamique de simulation de retour d'effort, CEA List) ou encore celui de création d'animation 3D de l'éditeur Virtools... Par "réelles", il faut entendre qu'ils ont dépassé le stade de prototypes. Les applications les plus abouties sont très ciblées et toutes liées à l'étude de faisabilité de montage/démontage d'équipements (PSA, Renault, EADS...). Dans le prolongement, le prochain pas semble être la conception des postes de travail pour les lignes de production (projet Ervista au sein du pôle de compétitivité Haut de gamme - Automobile et initié par l'équipementier automobile Inergy...). Reste que les réalisations sont encore loin de ce que promettaient - il y a plus de dix ans ! - les aficionados de la réalité virtuelle. Cette dernière souffre d'avoir été survendue. Une survalorisation qui a créé de fortes attentes et qui entraîne aujourd'hui déception et méfiance.

La recherche doit encore progresser

Il est vrai aussi que les projets de réalité virtuelle sont toujours coûteux, même si la baisse des coûts du matériel informatique a apporté un début de démocratisation : « Il est désormais possible de faire tourner des applications sur des PC haut de gamme à des prix incomparables à ceux des stations graphiques nécessaires il y a dix ans », souligne François Guillaume, responsable de l'activité réalité virtuelle au sein d'EADS CRC.

Peut-être, justement, les industriels devraient-ils revoir leurs ambitions à la baisse, concevoir des applications plus basiques car, comme le souligne François Guillaume, « il y a aujourd'hui des technologies matures qui apportent suffisamment si l'application est bien ciblée ».

On trouve donc les prudents qui avancent à pas comptés et ceux qui continuent de foncer tel PSA. Entre effets médiatiques et retombées industrielles, difficile de savoir ce qui motive le constructeur français qui a lourdement investi sur la technologie. D'autant que, côté industrie, il est, en France, le seul à aller aussi loin dans cette démarche.

Quant à la recherche, il y a beaucoup à faire : amélioration de l'affichage et du rendu visuel, travail sur la capture de mouvements, sens tactile... Depuis le programme de recherche Perf-RV1 (2000-2004), il semblerait que toutes les bases pour accélérer les transferts de technologie soient posées. La structuration des communautés de recherche et industrielle française se poursuit. L'association française de réalité virtuelle, créée à l'automne dernier, devrait être opérationnelle très prochainement. Et le programme Perf-RV2, piloté par le CEA, a démarré en tout début d'année avec non plus comme bannière « le bureau d'études du futur », mais « l'humain virtuel dans l'usine numérique ».

Cela dit, les vrais problèmes de la réalité virtuelle ne sont peut être pas technologiques. Selon François Guillaume, « L'intégration de tels outils dans l'entreprise, dans les processus de travail n'est pas évidente, ce qui fait qu'il est difficile aujourd'hui de penser à une introduction massive ». En d'autres termes, il faudra repenser les méthodes de travail très en amont.

Et, pour sa part, Thierry Lehmann, designer du groupe Manitou (équipement de manutention), après une expérience faite avec l'aide de l'association lavalloise Clarté, estime que l'introduction des outils de réalité virtuelle dans l'industrie n'est pas uniquement freinée par les coûts, mais aussi par un problème d'acceptation humaine.

EN BREF

Les atouts - Une communauté académique et industrielle française structurée - Augmentation de la puissance de calcul et baisse des prix du matériel informatique Les freins - Déception et méfiance - Coût élevé des projets, retour sur investissement difficile à évaluer - Adhésion humaine et mise en oeuvre complexes

UN CENTRE DE RESSOURCES POUR LES PMI

- Le Centre lavallois de ressources technologiques (Clarté) a pour mission de promouvoir les technologies de réalité virtuelle. En 2005, plus de 250 entreprises ont été contactées et sensibilisées, plus de quarante autres ont été suivies pour des actions de conseil et d'expertise en maquettes numériques. Également actif en recherche, le centre participe à trois pôles de compétitivité (Images & réseaux, Automobile haut de gamme et EMC2).

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