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La R&T : une intégration réussie

Propos recueillis par Sonia Pignet
Né en 2005 de la fusion entre Snecma et Sagem, Safran partage ses activités entre l'aéronautique, la défense, la sécurité et les télécommunications. Des domaines dans lesquels la R&D ne fonctionne ni de la même façon, ni au même rythme. Les recherches au sein de ce nouveau groupe sont placées sous la responsabilité d'une direction recherche et technologie (R&T). Armand Dupuy, qui la dirige, explique l'impact de cette fusion sur la R&D.

I.T. : Quel est le rôle de la direction R&T ?

Armand Dupuy : Alors que la R&D englobe tout le processus de recherche et de développement, de l'amont jusqu'au produit final, la R&T ne concerne que les premières phases du processus. Elle est en charge de l'étude des briques technologiques matures qui permettront de lancer, avec un minimum de risques, le développement d'un projet. Car lorsqu'on s'engage dans cette étape, il faut pouvoir disposer de technologies qui soient prouvées. Nous évaluons la maturité d'une technologie par son niveau TRL [Technology Readiness Level], sur une échelle de 1 à 9. La R&T concerne notamment les technologies dont le TRL est compris entre 1 et 6.

Chez Safran, il n'y a pas de laboratoire de recherche centralisé. La R&T est entre les mains des filiales qui sont en charge de leur propre domaine d'activités. Au niveau de la direction, nous orientons sur les grands axes de développement, nous donnons une cohérence à l'ensemble, nous aidons à la mise en place des partenariats avec les laboratoires externes, à la recherche de financements, et nous animons les synergies au sein du groupe, ainsi que les actions de propriété intellectuelle.

I.T. : Comment la recherche a été réorganisée après la fusion, et pourquoi créer une direction technologies aéronautiques ?

A. D. : Suite à la fusion, l'organisation de la R&T a été facile car nous étions issus de deux entreprises high-tech et nous nous comprenons très bien entre scientifiques et techniciens. En termes d'organisation, c'était un peu la même chose, chaque société ou chaque business unit ayant en charge ses recherches avec une animation en central. À la direction de la R&T nous sommes une équipe réduite avec un équilibre qui a été recherché pour que la plupart des domaines soient couverts. Les modes de fonctionnement peuvent être très différents selon les domaines d'activité. Ainsi, les cycles de développement de produits télécoms sont généralement extrêmement courts alors qu'ils peuvent atteindre dix à quinze ans dans l'aéronautique, en incluant les phases de R&T. Car dans les télécoms, il s'agit souvent d'innover en intégrant astucieusement des nouveautés à base de technologies déjà disponibles. D'où un développement très court. Cependant, dans le domaine de la défense il y a aussi des travaux longs, sur les senseurs inertiels par exemple, et qui s'apparentent tout à fait aux mêmes durées de développement que ce qu'on peut trouver dans l'aéronautique.

La direction technologies aéronautiques a été créée afin, notamment, de donner une impulsion nouvelle à la recherche sur la propulsion aéronautique liée à d'énormes enjeux à échéance d'une dizaine d'années pour le remplacement des familles des Boeing B737 et Airbus A320. D'ici à 2015-2017, il y aura sans doute des pas technologiques à franchir pour être bien placés sur ces futurs avions.

I.T. : Y-a-t-il une synergie possible entre les différentes activités de recherche de Safran ?

A. D. : En premier lieu des synergies techniques existent. Je prendrai pour exemple l'électrification des avions, évolution initialisée sur l'A380 d'Airbus avec des réalisations majeures de sociétés du groupe Snecma, amplifiée de façon notoire par Boeing sur le Dreamliner ou le B787. Sur cet avion, qui est plus petit que l'A380, la puissance électrique installée y est deux fois plus importante. Les sociétés de l'ex-groupe Snecma ont apporté des compétences pointues en équipements hydrauliques, mécaniques, et Sagem des compétences d'électronicien et de systémier. Le groupe est directement impliqué puisque, via notre filiale Messier-Bugatti, nous avons développé les freins électriques du Boeing B787. Pour cela, il a fallu des électromécanismes de puissance mais aussi des calculateurs pour la commande des moteurs, une des spécialités Sagem Défense Sécurité.

Mais au-delà des synergies techniques, il y a aussi des synergies de méthodes. À titre d'exemple, la caractérisation des matériaux en aéronautique est extrêmement rigoureuse. Les compétences de Snecma ont permis de mettre en place des méthodes dont Sagem peut profiter dans le domaine de la défense par exemple.

I.T. : Si vous deviez citer trois axes de recherche stratégique, lesquels choisiriez-vous ?

A. D. : Outre la propulsion qui est un axe prioritaire, nous focalisons sur les matériaux composites pour remplacer les matériaux métalliques. Ceux dits "chauds", des thermostructuraux intégrés à des sous-ensembles propulsifs, et ceux dits "froids", ou CMO pour composites à matrice organique, et qui sont destinés à s'intégrer dans les nacelles des moteurs ou les trains d'atterrissage. Les recherches visent principalement à diminuer les travaux de maintenance et à réduire le poids des avions, donc la consommation énergétique.

Enfin l'avion plus électrique est un troisième thème sur lequel nous concentrons beaucoup d'efforts. L'objectif est de remplacer les fonctions qui sont contrôlées par de l'hydraulique par de l'électromécanique, de façon à alléger l'avion, disposer de fonctions plus facilement automatisables et gagner sur les aspects maintenance. Cette évolution a un impact majeur sur la répartition des travaux car elle implique de remonter à une réflexion système, ou sous-système, afin d'optimiser le poids et l'énergie en mutualisant les alimentations de puissance électrique entre plusieurs fonctions.

LES CHIFFRES CLÉS

La R&D chez Safran - 20 % des effectifs du groupe soit 62 000 personnes. - 12 % du chiffre d'affaires soit 1,4 milliard d'euros. La R&T représente 20 % de ces dépenses. - Environ 400 brevets déposés en 2006. - 13 000 brevets en portefeuille.

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