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« La R&D aura une place centrale dans la construction d’une industrie européenne des batteries », indique Michael Lippert (Batteries Europe)

« La R&D aura une place centrale dans la construction d’une industrie européenne des batteries », indique Michael Lippert (Batteries Europe)

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Plateforme européenne pour les technologies et l’innovation (Etip) dédiée aux batteries, Batteries Europe a publié le 3 juillet une liste de priorités en termes de recherche et développement. Issu d’un travail mené en concertation avec l’industrie et le monde de la recherche, ce document aidera au fléchage des futurs fonds alloués par la Commission européenne aux projets de recherche sur les batteries. Entretien avec Michael Lippert, président du conseil d’administration de Batteries Europe.

Industrie & Technologies : A quels enjeux répondent ces priorités de recherche et développement (R&D) que vous avez définies ?

Michael Lippert : L'objectif est de créer une industrie de la batterie en Europe qui soit compétitive et durable, avec une faible empreinte carbone et un faible impact environnemental. Pour cela, nous devons prendre en compte la chaîne de valeur dans sa globalité. Avec des centaines d’experts de l’industrie et de la recherche, nous avons donc défini des axes de R&D prioritaires dans plusieurs domaines. Ceux-ci vont de l’extraction des matières premières et leur raffinage, aux associations des matières avancées pour les futures technologies de batteries, ou encore la conception et la fabrication des éléments électrochimiques et leur recyclage, mais aussi les usages dans la mobilité et le stockage stationnaire.

Quelle est la suite ?

Nous entrons maintenant dans une phase de discussion avec la Commission européenne qui, au final, décidera des fonds à allouer. Le nouveau cadre global de la recherche et de l’innovation au niveau européen Horizon Europe, qui succèdera à Horizon 2020 sur la période 2021-2028, inclura le premier programme dédié aux batteries. La Commission écrit maintenant le programme pour les deux premières années 2021-2022 qui s’inspirera très largement du travail de Batteries Europe. Les conclusions sont attendues au printemps 2021.

Les programmes sont ouverts à tous les acteurs ayant une activité en Europe. Par définition, un acteur non-européen qui aurait une activité de recherche ou industrielle en Europe peut y faire appel.

De quoi dépendra le succès de la construction d’une industrie européenne des batteries ?

La R&D aura une place majeure. Elle permettra notamment de se différencier technologiquement avec les futures générations de batteries, mais aussi d’avoir des procédés de fabrication avancés et des usines modernes. D'ailleurs, la numérisation jouera un rôle très important.

Mais elle ne fera pas tout. Notre capacité à attirer des investissements à la hauteur du besoin sera cruciale. Pour y parvenir, l'Alliance européenne des batteries (European battery alliance, EBA) met en place des mesures, des incitations et d'autres instruments financiers ou réglementaires par exemple.

Finalement, la compétitivité dépend de plusieurs choses : quelles technologies de batterie devons-nous produire ? Quelle est l'efficacité de notre outil de production, aussi bien en termes de vitesse et de qualité ? Mais aussi quel est l'investissement nécessaire pour lancer la production ? Et il faudra bien sûr atteindre des capacités suffisantes pour bénéficier d’économies d'échelle.

L’Europe parviendra-t-elle à rivaliser avec les acteurs asiatiques qui ont acquis une expertise forte dans la production de batteries et qui s’implantent aujourd’hui sur le continent ?

Nous avons quand même un certain nombre d'atouts. Nous ne partons pas d’une feuille blanche, avec une R&D forte et un écosystème significatif en recherche. Nous avons des industriels, des savoir-faire au niveau des procédés.

Pour produire des batteries ayant un faible impact environnemental, les pays européens ont de plus une carte à jouer grâce à leurs mix énergétiques moins carbonés que celui de la Chine.

Vos priorités R&D ne se limitent pas au lithium-ion…

Absolument pas. Le monde ne va pas s'arrêter avec les batteries lithium-ion dites « tout-solide », annoncées comme les batteries du futur. En particulier, elles ne seront pas la solution optimale pour toutes les applications. Nous devons donc regarder des technologies qui ont des niveaux de maturité moindres. Il y en a énormément et nous devons nous concentrer sur certaines comme le sodium-ion ou le rédox-flow. Certes, certaines de ces technologies n'auront probablement pas un impact industriel fort dans la décennie, mais elles ont un intérêt à plus long terme.

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