Nous suivre Industrie Techno

La performance ne fait pas tout

GUIDE RÉALISÉ PAR BENOÎT REY
Les équipements de protection individuelle sont essentiels à la sécurité des travailleurs. De leur choix dépend également la productivité.

Plus un équipement de protection est bas de gamme, moins il est confortable. Moins il est confortable... plus il aura de succès sur le marché français ! C'est ainsi qu'on peut résumer la mentalité persistante des acheteurs, dont la plupart privilégient le faible coût au confort.

Un grand tort, selon Michel Jacques, responsable de la section équipement de protection individuelle (EPI) à l'Institut national de recherche et de sécurité (INRS). « Car de nos jours, la performance des EPI est devenue satisfaisante. Il faut désormais jouer sur d'autres facteurs, moins évidents pour améliorer la qualité de la protection. »

Le confort et l'esthétisme doivent être pris en compte

Le confort en est un. Les EPI mal adaptés engendrent à la longue, fatigue et douleurs (ampoules, maux de tête, etc.). Ils diminuent ainsi la lucidité du travailleur, ses performances physiques, mais également... son rythme de travail, sa productivité.

L'esthétisme est un autre facteur. « Si le travailleur ôte ses lunettes ou son casque par peur du ridicule, ceux-ci ne servent plus à rien, laissant la porte ouverte aux accidents de travail, et autres maladies professionnelles, très lourdes à indemniser pour l'entreprise. » C'est pourquoi lors d'un achat, selon l'INRS, le choix doit être fait par les utilisateurs eux-mêmes, après une période d'essai de quelques jours.

Les verres des lunettes ne sont plus en verre

Cinquante ans après sa première synthèse, c'est établi : le polycarbonate a supplanté les matériaux minéraux dans la fabrication des lunettes de protection. Léger, solide et parfaitement transparent, il est le rempart idéal contre les projections de particules. Sans aucun traitement préalable, il filtre déjà 99 % des rayonnements UV. Avec de telles propriétés, pas de doute, les lunettes de protection en polycarbonate ont de belles années devant elles. Toutefois, la recherche continue, d'autres problèmes restent à résoudre.

Comme par exemple celui des lunettes galbées, qui épousent parfaitement la forme du visage, garantissant un grand confort « Seulement, on s'est aperçu que 10 % des utilisateurs ressentaient une fatigue, ou même se plaignaient de maux de tête après avoir porté ces lunettes », explique David Laird, le directeur général d'Infield Safety. La raison : la forme courbe des verres qui oblige l'oeil à travailler sans que celui qui les porte s'en aperçoive.

Pour résoudre le problème, les fabricants mettent sur le marché des verres asphériquement neutres : l'épaisseur des oculaires est calculée de sorte qu'elle compense la forme galbée, évitant toute distorsion pour l'oeil. L'éblouissement peut aussi être évité grâce à des lunettes en polycarbonate polarisantes, qui, comme les consoeurs en verres minéraux, filtrent la lumière réfléchie. Idéal pour tous ceux qui travaillent, par exemple, au bord de l'eau !

Mais le polycarbonate présente aussi quelques inconvénients. Malgré sa solidité, il se raye beaucoup plus facilement que les verres minéraux. Dans les milieux très poussiéreux, comme les carrières, sa durée de vie sera donc réduite et on lui préférera les verres minéraux. En attendant une innovation qui alliera les qualités des deux matériaux.

Le bruit pollue la vie

Source de fatigue et de stress, le bruit est un véritable fléau du monde de l'industrie. Même sans aller jusqu'aux cas de surdité professionnelle irréversible, dont l'indemnisation coûte très cher à l'employeur.

Depuis le 14 février 2008, le Code du travail impose donc la mise à disposition d'équipements de protection auditive, au-delà d'une pression acoustique de 80 dB(A) pour les sons continus et fluctuants, et de 135 dB(A) pour les impulsions. Les solutions sont multiples, elles vont du casque, ou serre-tête, au simple bouchon d'oreilles en silicone. Ces derniers sont d'ailleurs à privilégier pour un port prolongé, car les casques peuvent à long terme gêner l'opérateur à cause de la pression des coussinets sur ses tempes. « Mais les bouchons sont à exclure pour les sons graves, en dessous de 1 000 Hz, avertit Martin Duban, d'Elstar Prévention. À ces fréquences, le son arrive au tympan par conduction osseuse ! » Dans ce cas de figure, l'idéal est donc d'utiliser des casques actifs, qui intègrent de l'électronique pour annihiler le son incident. Mais attention, une surprotection n'est pas non plus souhaitable. Un équipement trop efficace isolerait l'opérateur du milieu extérieur, et perturberait même l'oreille interne, et donc l'équilibre, ce qui pourrait évidemment s'avérer très dangereux pour les travaux en hauteur. Par conséquent, les fabricants ont développé des systèmes réglables qui permettent de passer manuellement d'un niveau de protection simple, où une conversation est possible, à une protection optimale.

Des casques plus légers

En matière de casques, c'est définitivement vers une quête de confort que s'orientent actuellement les recherches. « La plupart des acheteurs n'ont pas conscience de l'importance du confort dans le choix d'un casque. Il a pourtant un impact non négligeable sur la qualité du travail fourni », explique Jean-Marc Pautrat, le directeur France de Centurion Safety. La comparaison entre deux casques de masse égale souligne ainsi l'importance de la coiffe, la partie qui repose directement sur la boîte crânienne « Si la coiffe est en textile, le casque semblera infiniment moins lourd à porter que si elle est en plastique. Ainsi, le travailleur ne rechignera pas à le porter. » C'est aussi dans cet esprit que l'on recherche de nouveaux matériaux pour la calotte, l'extérieur du casque. Traditionnellement constituée de polyéthylène, de polyester renforcé, ou de polycarbonate, elle se veut aujourd'hui plus résistante au choc et à la perforation, mais aussi, et surtout, plus légère. Et c'est l'acrylonitrile butadiène styrène (ABS) qui pour l'instant répond le mieux à ces nouvelles exigences. Mais le coût d'un casque en ABS, trois à quatre fois plus élevé que ses prédécesseurs, freine sa progression sur le marché hexagonal. Car les industriels français sont encore un peu frileux face à ces innovations et préfèrent souvent les bas de gamme, pourtant inconfortables. Au grand dam de Jean-Marc Pautrat qui reste cependant convaincu qu'à force de campagnes d'information, les mentalités évolueront dans le bon sens...

Maints et maints gants différents

Exit les traditionnels gants de dockers en croûte de porc, place aux gants adaptés aux risques encourus par l'opérateur ! C'est vrai, les premiers protégeaient efficacement contre les risques graves de corrosion chimique ou les coupures de tendon. Mais ils ne faisaient aucun cas de la fatigue, de la sueur et des troubles musculo-squelettiques associés, qui peuvent pourtant aboutir à long terme à une désensibilisation de la main et à des douleurs.

C'est pourquoi aujourd'hui la tendance est aux gants tricotés. Leur absence de couture augmente leur souplesse, et donc le confort de celui qui les porte, sans diminuer sa dextérité. La matière même du tricot dépendra du type de protection recherché. Le nylon assurera une bonne résistance à l'abrasion quand le Kevlar ou, mieux, le polyéthylène, moins rêche mais plus cher, protégeront plus sûrement des coupures. Et pour se prémunir des perforations, on choisira des gants trempés dans un bain de nitrile de polyuréthanne ou de latex, encore plus dense.

Enfin, le confort, oui, mais si c'est au détriment de la fonctionnalité, autant s'acheter des moufles ! Heureusement, certains de ces nouveaux gants tricotés sont si fins qu'ils s'apparentent à une seconde peau. Même l'industrie électronique trouvera son bonheur grâce à des gants isolants qui permettent un travail minutieux sur des cartes et des circuits sans craindre ni les "coups de jus", ni de détériorer les circuits avec l'électricité statique de l'opérateur !

Les composites remplacent l'acier au pied levé

Des matériaux composites pour remplacer l'acier dans les embouts et les semelles, voilà l'avancée du nouveau millénaire en matière de chaussures protectrices. Fini les modèles d'importation à bas prix, c'est aujourd'hui la qualité, même plus chère, que les utilisateurs commencent à privilégier. Aussi résistants que leurs grands frères métalliques, les matériaux composites sont aussi plus légers, plus souples, plus isolants et plus confortables. Mieux encore, ils amortissent plus efficacement les chocs puisqu'ils peuvent se déformer, pour ensuite reprendre leur forme initiale. En outre, ils évitent au travailleur d'ôter ses chaussures dès qu'il doit passer un portique magnétique. Bien pratique pour les personnes qui travaillent dans les aéroports, par exemple ! Mais pour atteindre les meilleures performances en protection, encore faut-il savoir ce dont on a besoin. « Entre les chaussures O1, SB, S3, P5, etc., il est certes un peu difficile de s'y retrouver, explique Jérôme Issartel, responsable du Laboratoire d'essais physiques du Centre technique du cuir. Pourtant, il est très important d'adapter précisément la chaussure en fonction du risque encouru par chaque opérateur sur son propre lieu de travail. » Pour décrypter les marquages officiels, il suffit de se souvenir que O signifie sans embout de protection, et que P et S (pour protection et sécurité) sont synonymes d'embouts résistants à des énergies de choc ou d'écrasement de 100 et 200 joules respectivement. Quant aux chiffres, ils indiquent si la chaussure est imperméable, si elle dispose d'une semelle à crampon, antiperforation, ou si elle possède des propriétés antistatiques.

L'ESSENTIEL

- La protection des yeux passe aujourd'hui par les verres polymères. - Les bouchons d'oreilles et les casques auditifs ont chacun leur domaine de prédilection. - Les casques se veulent plus légers. - Les gants tricotés s'imposent sur le marché. - Les chaussures troquent leur embout et semelles en acier pour des matériaux composites.

LES CRITÈRES DE CHOIX

Le vade-mecum La qualité d'un achat d'équipements de protection découle d'une bonne étude préalable.

- Bien analyser les risques spécifiques encourus par les opérateurs. - Identifier les normes et appellations officielles adaptées à ces risques. - S'assurer de la compatibilité de plusieurs EPI à porter en même temps. - Ne pas sous-estimer l'importance du confort et de l'esthétisme.

PRATIQUE

- En savoir plus www.inrs.fr Site de l'Institut national de recherche et de sécurité pour la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles. - Rendez-vous Le salon Expoprotection aura lieu du 4 au 7 novembre 2008 à Paris-nord Villepinte. Le plus important salon mondial A + A 2009 se tiendra du 3 au 6 novembre 2009 à Düsseldorf (Allemagne).

vous lisez un article d'Industries & Technologies N°0904

Découvrir les articles de ce numéro Consultez les archives 2008 d'Industries & Technologies

Bienvenue !

Vous êtes désormais inscrits. Vous recevrez prochainement notre newsletter hebdomadaire Industrie & Technologies

Nous vous recommandons

ÉLECTROTECHNIQUE

ÉLECTROTECHNIQUE

COMPOSANTS ET APPAREILLAGES Boîtier de distribution à éclairage intégré Le système de distribution d'énergie décentralisé, FieldPower, est complété[…]

01/10/2012 |
EMBALLAGE-LOGISTIQUE

EMBALLAGE-LOGISTIQUE

MESURE

MESURE

ÉLECTROTECHNIQUE

ÉLECTROTECHNIQUE

Plus d'articles