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La nouvelle génération de vaccins arrive

Michel Le Toullec

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Les approches vaccinales permettent la prévention ou le traitement des cancers et s'apprêtent à attaquer la grippe aviaire.

C'est ce que les Anglo-Saxons appellent "a major break trough" : le tout premier vaccin contre le cancer vient d'être autorisé le 8 juin par la FDA (Food and Drug Administration). Le Gardasil, du groupe pharmaceutique Merck, va pouvoir être commercialisé aux États-Unis comme traitement préventif du cancer du col de l'utérus. Par ailleurs, sur le front du vaccin contre la grippe aviaire, se battent en ce moment deux autres géants, Sanofi-Pasteur et GlaxoSmithKline. Pas de doute, le secteur des vaccins est actuellement en plein boom. Selon des analystes américains cités par Business Week, une croissance de 20 % l'an est prévue pour les cinq années à venir, alors que le marché des médicaments en général croît de 5 à 6 % par an.

Les résultats encourageants des recherches sur les vaccins contre les cancers sont pour beaucoup dans cet engouement. Premier à toucher au but, Merck lance donc en ce moment son Gardasil sur le marché américain, avant de le proposer aux Européens sans doute d'ici à 2007. Ce vaccin est conçu pour prévenir l'infection au papillomavirus humain (HPV), responsable du cancer du col de l'utérus, fatal à plus de 270 000 femmes chaque année. Il vise les HPV de type 6, 11, 16 et 18 et pourrait être administré aux fillettes à partir de 9 ans. Sur ce même créneau, GlaxoSmithKline conduit actuellement des essais cliniques en phase III sur son vaccin préventif Cervarix, qui devrait être soumis à la FDA d'ici à fin 2006. Ce vaccin vise en particulier les HPV de type 16 et 18 et est formulé avec un adjuvant dénommé AS04 qui assure un niveau élevé de production d'anticorps par l'organisme.

Vaccins thérapeutiques contre le cancer

En France, Transgène (Strasbourg, Bas-Rhin) se positionne différemment en proposant une stratégie curative. Son vaccin TG 4001 (voir encadré) cible les lésions précancéreuses du col de l'utérus et concerne donc les femmes déjà infectées par le virus HPV 16. Le français offre ainsi une approche médicamenteuse comme alternative au traitement chirurgical de ces lésions.

D'autres vaccins, visant à traiter des cancers non induits par un virus, devraient également apparaître d'ici peu. Le principe consiste à stimuler le système immunitaire pour qu'il reconnaisse une cellule cancéreuse et la détruise. Par exemple, Merck collabore avec la société américaine de biotechnologies Biomira sur un vaccin contre le cancer du poumon et d'autres tumeurs solides (du sein ou du rein). Ce vaccin encapsulé dans un liposome contient la protéine MUC1, surexprimée dans ce type de cancer. De son côté Oxford Biomedica (Grande-Bretagne) débute les essais cliniques en phase III sur son vaccin Trovax contre le cancer du rein. L'approche consiste cette fois à transporter par une souche atténuée du virus de la vaccine (MVA) l'antigène 5T4 présent à la surface des cellules cancéreuses. Les chercheurs britanniques développent aussi cette voie pour un futur vaccin contre le cancer du sein.

En France, Neovacs propose un vaccin thérapeutique induisant une réponse immunitaire contre le VEGF, une protéine impliquée dans la genèse vasculaire des cancers et qui favorise les métastases. Chez Immutep (Orsay, Essonne), il est question de vaccins thérapeutiques contre le cancer rénal métastatique et le mélanome. Son approche vise à stimuler les lymphocytes T, cellules clés du système immunitaire, contre les antigènes de ces tumeurs.

L'autre thème fort du moment est bien évidemment le futur vaccin contre la grippe aviaire. Un domaine où la concurrence est sévère entre Sanofi-Pasteur et GlaxoSmithKline. Qu'on en juge : alors que le premier présentait des résultats d'essais cliniques le 29 mars dernier, le second lançait, le 30 mars, son propre programme d'études cliniques ! Chacun développe deux versions du vaccin. L'une contient principalement le virus inactivé : facile à produire en grande quantité, le traitement doit être administré à forte dose pour être efficace. L'autre vaccin est formulé avec un adjuvant dont le rôle est de renforcer la réponse immunitaire autorisant une administration à moindre dose. Sanofi-Pasteur travaille aussi sur un vaccin contre une autre souche grippale, H7N1, au sein du programme européen Flupan qui s'achève fin 2006.

Des essais prometteurs pour les vaccins à ADN

Enfin, les vaccins dits à ADN commencent à sortir des laboratoires et les premiers essais sont prometteurs. Le principe : alors que la vaccination classique utilise une forme inactivée de l'agent pathogène, un vaccin à ADN ne contient qu'une fraction du matériel génétique du pathogène. L'avantage est que ce vaccin est moins dangereux car dépourvu des gènes nécessaires à la réplication de l'agent pathogène. Son défaut majeur est d'être moins efficace. Un inconvénient que l'on tente de pallier par des techniques de délivrance comme l'électroporation (introduction de l'ADN dans les cellules grâce à des impulsions électriques) ou l'utilisation d'adjuvants pour doper la réponse immunitaire.

Le vaccin à ADN le plus avancé est l'Allovectin-7 de la société californienne Vical. Conçu pour le traitement du mélanome métastatique, il est actuellement en essai clinique de phase III. Les vaccins à ADN semblent également très prometteurs pour le traitement de maladies liées à des virus variables comme celui de la grippe humaine ou le VIH. L'une des sociétés les plus impliquées dans cette voie est Powdermed (Grande-Bretagne) : elle développe, par exemple, un vaccin à ADN contre la grippe humaine dont les essais cliniques phase II sont sur le point de débuter. L'entreprise est, par ailleurs, partenaire de GlaxoSmithKline pour le développement très attendu d'un vaccin à ADN contre le VIH.

L'ESSENTIEL

- Le tout premier vaccin contre le cancer vient d'être autorisé par la FDA : le Gardasil de Merck. - Des vaccins contre la grippe aviaire sont en cours d'essais cliniques chez Sanofi-Pasteur et GlaxoSmithKline. - Le vaccin à ADN le plus avancé est conçu par Vical pour le traitement du mélanome métastatique.

LE MÉCANISME IMPARABLE D'UN VACCIN À ADN

Les vaccins à ADN sont constitués d'un ou plusieurs gènes de l'agent pathogène que l'on insère dans un plasmide, une boucle d'ADN d'origine bactérienne. Le plasmide modifié ainsi obtenu est alors introduit dans les cellules du patient, le plus souvent par injection intramusculaire mais aussi par propulsion dans la peau grâce à un pistolet à gène. Le gène sélectionné commande la production d'un antigène synthétisé normalement par l'agent pathogène. L'organisme va alors se défendre par une double réponse immunitaire : d'un côté, par la production d'anticorps capables, en cas d'infection, de reconnaître l'antigène ; de l'autre, par l'action des lymphocytes T cytotoxiques dont le rôle est de détruire les cellules infectées.

TRANSGÈNE CIBLE LES CANCERS EN PRIORITÉ

- Très impliquée dans les thérapies géniques, en particulier pour les myopathies de Duchenne et de Becker, la société strasbourgeoise Transgène est encore plus avancée dans les immunothérapies des cancers. Deux vaccins thérapeutiques sont actuellement en fin de phase II d'essais cliniques : ils utilisent tous deux comme vecteur une souche atténuée du virus de la vaccine (MVA). Le vaccin porte le gène d'une protéine Le vaccin TG 4001 vise le traitement des lésions précancéreuses du col de l'utérus causées par le papillomavirus humain de type 16 (responsable à lui seul de la moitié de ce cancer). Le vaccin TG 4010 cible, quant à lui, le cancer du poumon dit "non à petites cellules". Ce traitement porte le gène de la protéine MUC1 surexprimée dans les cancers du poumon, mais aussi du sein, de la prostate et du rein. Enfin, le TG 1042 est constitué d'un vecteur adénoviral porteur du gène de l'interféron gamma et se destine au traitement d'un lymphome cutané. En fin de phase II d'essais cliniques, il sera sans doute le premier produit de Transgène à arriver sur le marché, d'ici à 2009.

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