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FRÉDÉRIC DESSORT redaction@industrie-technologies.com

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Le gouvernement veut faire tomber les barrières, souvent culturelles, qui séparent le monde économique des laboratoires publics. Dans le cadre des « Investissements d'avenir », autre nom pour le Grand emprunt, tout va être mis en oeuvre pour valoriser les résultats de la recherche au profit des grands groupes industriels et des PME. Au coeur du dispositif, les instituts de recherche technologique, qui émergeront d'ici à 2015, seront résolument tournés vers le marché.

Au travers du Grand emprunt, l'État incite au rapprochement entre la recherche publique et privée, qui jusque-là s'ignoraient mutuellement. « Maintenant, c'est l'inverse, en tout cas à Toulouse : on ne s'est jamais autant parlé entre industriels et universitaires ! », se réjouit André Benhamou, président de Tompasse, regroupement de vingt industriels de l'aéronautique, de l'espace et des systèmes embarqués, Airbus en tête. Cette association a porté le projet d'institut de recherche technologique (IRT) de Toulouse avec le pôle de recherche et d'enseignement supérieur (Pres) de l'université de Toulouse, qui représentait l'ensemble de la force académique de la ville.

Dans la petite galaxie des Investissements d'avenir, les IRT sont les projets phares en matière de recherche technologique. Financés à parts égales entre les grands industriels et l'État, ils visent à créer une forte dynamique collective entre la recherche publique et privée.

Des bancs d'essais grandeur nature pour les entreprises

Bien entendu, la recherche partenariale existe depuis longtemps en France, mais elle ne concerne le plus souvent que des travaux en amont, proches de la recherche fondamentale. Les IRT vont plus loin en donnant aux entreprises les moyens de développer et tester des prototypes de nouvelles technologies dans un environnement proche de l'utilisation finale. Ces centres de recherche « vont nous aider à transformer les technologies en produits », souligne André Benhamou.

Pour y parvenir, des plates-formes, véritables bancs d'essais grandeur nature, seront mises à disposition des chercheurs et des ingénieurs en R&D. C'est l'une des grandes valeurs ajoutées des IRT. Conçus selon un cahier des charges spécifique, ces grands équipements répondront aux besoins de programmes technologiques transverses. Leur coût, qui peut représenter plusieurs millions d'euros, est mutualisé entre les entreprises et l'État. « Autrement, nous ne pourrions jamais nous offrir de tels outils », reconnaît André Benhamou, qui est aussi le directeur général de Liebherr Aerospace Toulouse. Un bénéfice d'autant plus important que la taille de l'entreprise est petite. « Pour nous, c'est une véritable chance », confirme Nelly Kernevez, responsable des partenariats chez Soitec, une PME grenobloise de 1 000 salariés qui porte une technologie innovante de matériaux semi-conducteurs. « L'IRT nanoélectronique va nous donner accès à de grands équipements qui vont faire progresser rapidement notre R&D. C'est un avantage concurrentiel dans notre marché, qui est très évolutif. », explique-t-elle.

Au-delà des IRT, le thème de la valorisation est central dans les Investissements d'avenir. À cet égard, les cinq sociétés d'accélération de transfert de technologie (Satt) qui vont être lancées dans cinq régions vont devenir des agents essentiels des relations recherche-entreprises. Ces sociétés, dont le capital sera détenu par les établissements publics, porteront une obligation de rentabilité que l'État a fixée à dix ans. L'un des principaux apports des Satt : le financement de la maturation d'une technologie, qu'elle soit issue d'un laboratoire ou d'une PME. La valorisation de l'innovation sera contractualisée dans le cadre d'un modèle de royalties au bénéfice de la Satt qui pourra aussi devenir actionnaire des entreprises accompagnées. Ce qui ne sera possible qu'au travers d'un apport en nature, via, par exemple, un démonstrateur technologique qu'elle aura financé ou encore via une prestation pour établir une preuve de concept. La Satt pourra alors réaliser une plus-value en sortant du capital si l'entreprise réalise un tour de table pour financer sa croissance.

Aller au-delà du soutien à la maturation des technologies

De surcroît, certains grands groupes industriels, comme Airbus, se montrent d'ores et déjà intéressés par les Satt. Ils envisagent de s'appuyer sur elles pour valoriser leur portefeuille de brevets vers de nouveaux marchés ou encore pour connaître les innovations technologiques venant des laboratoires, qu'elles soient en gestation ou déjà déposées.

Enfin l'État a réservé un chapitre entier des investissements d'avenir aux biotechnologies. Dotées de 1,55 milliard d'euros, ces actions sont orientées vers les applications industrielles. Citons notamment les appels à projets de « démonstrateurs préindustriels en biotechnologies », qui entendent faciliter la preuve de concept industrielle, ou encore de « biotechnologies et bioressources », de « nanobiotechnologies » et de « bioinformatique ».

Tous ces dispositifs vont à l'évidence profiter aux entreprises dans un secteur fondamental de leur vie : l'innovation. « Nous ne pouvons que soutenir ce programme d'investissement. En particulier, le financement de la maturation des technologies est essentiel, mais il ne faudrait pas oublier l'étape suivante : la première commercialisation, opération toujours délicate. Sans cela, les meilleures technologies du monde ne valent rien sur le marché. Nous aurions souhaité que le Grand emprunt contribue au lancement des produits, comme les États-Unis le font avec le Small Business Innovation Research », explique François Guignot, délégué général du Comité Richelieu, qui fédère plus de 300 PME innovantes françaises. Le fait d'avoir rejeté 9 projets d'IRT prive aussi nombre d'entreprises de soutien sur les thématiques technologiques qu'ils portaient. L'État va toutefois lancer un deuxième appel à projets d'ici à la fin de l'année. L'occasion peut-être de corriger le tir.

DÉPENSES

L'investissement total en R&D se monte en France à 43,2 milliards d'euros en 2009. Une progression de 2 % par rapport à 2008. (Source : ministère de la Recherche)

Liebherr Aerospace mise sur l'IRT de Toulouse

Liebherr Aerospace Toulouse (1 000 salariés, 304 millions d'euros de chiffre d'affaires) se spécialise dans le développement de systèmes d'air aéronautiques. Filiale d'un groupe suisse, la société consacre près de 20 % de son chiffre d'affaires à la R&D et mobilise une équipe de 400 collaborateurs pour concevoir des systèmes de prélèvement d'air chaud sur les compresseurs des moteurs de climatisation, de pressurisation de cabine, et d'antigivrage. L'entreprise, qui a établi depuis longtemps des relations avec des laboratoires publics (Isae, Laplace, RTRA STAE), s'est logiquement inscrite dans l'IRT AESE (aéronautique espace et systèmes embarqués) de Toulouse : « Nous sommes intéressés par plusieurs programmes technologiques notamment autour des problématiques de gestion de l'énergie à bord en vue de l'avion électrique, et aussi de l'aérothermodynamique. », précise André Benhamou, directeur général de Liebherr Aerospace Toulouse. La société va, en outre, mettre à disposition de l'IRT une chambre anéchoïque de 80 m3.

INSTITUTS DE RECHERCHE TECHNOLOGIQUE (IRT)

LAURÉATS : Lille, Nantes, Metz, Lyon, Grenoble, Toulouse Financés à parts égales par les industriels et l'État, ils visent au développement de prototypes de nouvelles technologies que les entreprises pourront facilement intégrer et mettre sur le marché. Leurs programmes et plates-formes technologiques sont mutualisés.

2 MILLIARDS D'EUROS SUR 10 ANS

SOCIÉTÉS D'ACCÉLÉRATION DE TRANSFERT DE TECHNOLOGIES (SATT)

LES SATT LAURÉATS : « Connectus Alsace », « Lutech » (Paris), « Midi-Pyrénées », « Ile-de-France », « Paca-Corse » Elles vont susciter et développer le transfert de technologies en support auprès des universités, des laboratoires du CNRS, des écoles d'ingénieurs, des instituts Carnot mais aussi des entreprises. Elles financeront la maturation des technologies jusqu'au stade du prototype et géreront les brevets. 1 MILLIARD D'EUROS SUR 10 ANS

INSTITUTS CARNOT

34 LAURÉATS -Ce label est attribué à 34 laboratoires publics qui développent une collaboration poussée avec des entreprises. Ils se partageront 300 millions d'euros sur cinq ans, mais l'État a décidé d'ajouter 200 millions pour les aider à développer des partenariats avec les PME et à tisser des relations internationales. 0,5 MILLIARDS D'EUROS SUR 5 ANS

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