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Mirel Scherer

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Standardisation et fort pouvoir d'intégration donnent des ailes aux outils de gestion du cycle de vie des produits. Ils séduisent de plus en plus les entreprises, dont les PME, nouvelles adeptes du PLM.

Sacré PLM ! Le concept de Product Lifecycle Management (gestion du cycle de vie des produits), inventé il y a une dizaine d'années par Dassault Systèmes, séduit de plus en plus les entreprises. « On trouvait à l'époque d'un côté les systèmes de CFAO [conception et fabrication assistées par ordinateur] et, de l'autre, les SGDT [systèmes de gestion de données techniques]. Il suffisait donc de les intégrer pour construire une solution globale », se rappelle Denis Senpere, membre de la direction générale et vice-président PLM de Dassault Systèmes. L'entreprise est, selon CIMdata, le numéro un mondial du domaine.

Pour ce connaisseur, actif depuis une vingtaine d'années dans le monde du CIM (Computer Manufacturing Integration) et autres PLM, le mouvement s'est accéléré ces dernières années, ce que constate également Michel Rochon d'Euriware. « Après les grandes entreprises, qui en sont déjà à leur deuxième expérience, c'est aujourd'hui au tour des PME de passer à l'acte », commente-t-il (voir interview page 59).

Contrôler et maîtriser l'information

Les raisons de cet engouement sont claires. D'abord la multiplication des outils informatiques utilisés dans l'industrie, de la CFAO à la fabrication en passant par la logistique, la maintenance, le SAV, etc., pose le problème crucial de leur intégration. En effet, la dissémination des informations, stratégiques pour l'entreprise, sans aucune corrélation et maîtrise ne peut plus continuer. Elle risque de pénaliser fortement la compétitivité des industries qui sont déjà ici, en Occident, très concurrencées par les pays à bas coûts. L'intégration de plus en plus forte entre donneurs d'ordres et sous-traitants est, ensuite, une autre raison qui attise les feux du PLM. Le fameux concept "d'entreprise étendue" ne peut exister sans une mise en oeuvre efficace et intelligente de cette démarche.

« Contrôler, maîtriser l'information sur toute la chaîne, de la naissance d'un produit à son recyclage, c'est l'objectif numéro un du PLM », affirme Ed Miller, président de CIMdata. Fort d'un passé riche d'études et de recherches effectuées dans les années 1980 sur le CIM, ce cabinet est passé naturellement aux analyses du PLM, une évolution qui correspond à celle de besoins des entreprises. « Les solutions sont désormais matures car le savoir-faire des principaux fournisseurs ne cesse de croître », estime ce connaisseur du PLM.

Avoir une vision stratégique

Pour l'expert américain, il y a un signe qui ne trompe pas quant à la prolifération que connaîtra cette démarche : la multiplication et l'amélioration de la qualité des solutions pour les PME. Surtout que, côté utilisateurs, la complexité des besoins ne cesse de s'amplifier, tant dans les pays développés qu'émergents. « De nouveaux territoires apparaissent aussi pour les promoteurs du PLM », relève Ed Miller. Il recense l'agroalimentaire, la pharmacie, la confection textile... Ces industries non traditionnelles attirent à la fois les éditeurs de PLM habituels, tel Lascom, qui abandonne peu à peu la CAO pour ce nouvel eldorado, ou des fournisseurs d'un type nouveau comme SAP, Agile (repris par Oracle), Centric Software, Selerant, Infor, etc.

« Ces nouveaux domaines sont confrontés aujourd'hui aux mêmes défis que les industries traditionnelles : ils ont donc besoin des mêmes armes pour gagner la bataille », renchérit Jean-Louis Henriot, PDG de Lascom, dont la solution PLM Advitium fait ses preuves dans l'agroalimentaire aussi. L'éditeur français compte un effectif de 90 personnes et son évolution démontre la montée en puissance du PLM. « Il y a cinq ans, nous réalisions 2,5 millions d'euros dans les applications PLM. Aujourd'hui ces dernières représentent 95 % des 13 millions prévus pour 2007 », confirme Jean-Louis Henriot.

Réactivité, diversification rapide, innovation... la fabrication des yaourts ou des skis doit répondre aux mêmes impératifs. Pour le responsable de Lascom, le PLM est un processus transversal générique qui offre de vraies réponses à la gestion rapide du développement et des modifications d'un produit. « Avec Advitium, on peut appliquer une solution standard à des modèles inconnus, ce qui permet de s'adapter facilement à des produits différents sur des secteurs de marché différents... bref, d'accélérer sensiblement la mise sur le marché d'un nouveau produit », indique Jean-Louis Henriot.

Attention toutefois aux embûches sur le parcours, pas toujours de tout repos, du PLM. « Il faut avoir, dès le début du projet, une vision stratégique et choisir un ou deux problèmes à résoudre, conseille l'expert. Réaliser des tableaux de bord, mettre la documentation et la nomenclature de l'entreprise sous contrôle... autant d'étapes qui permettront à ceux qui se jettent à l'eau de gagner de l'argent rapidement. »

Revoir l'organisation du travail

Pour Denis Senpere de Dassault Systèmes, l'offre est de plus en plus abordable et elle compte tout ce qu'il faut pour supporter les processus de l'entreprise. « Aussi différents soient-ils, car les processus d'un fabricant textile comme Benetton n'ont rien à voir avec ceux d'un constructeur aéronautique comme Latécoère, observe-t-il. La connaissance de plus en plus fine des processus dans les différents domaines a ainsi abouti à la mise au point de solutions PLM hautement standardisées. » Finis les casse-tête des utilisateurs obligés de consentir des développements longs et coûteux pour adapter l'outil PLM à leur cas. Les solutions sont devenues presque prêtes à l'emploi. « Au début du PLM, les outils ne comptaient que 20 % de fonctionnalités standards, le reste étant à développer. Aujourd'hui ce rapport a été inversé : 80 % de l'outil est standard. » Les coûts de mise en oeuvre sont donc devenus « raisonnables ».

Reste que la fourniture de la solution logicielle doit s'accompagner d'une série de méthodes et d'aides. « Ce sont de véritables solutions d'ingénierie, des instruments d'innovation, qui couvrent toute la chaîne, du bureau d'études à l'atelier en passant par les méthodes et les autres services », précise encore Denis Senpere. « Il faut donc revoir l'organisation du travail pour tirer tous les bénéfices d'un projet PLM qui revient à piloter l'entreprise par les processus. »

Dans certaines entreprises comme Labinal par exemple, on déclare volontiers qu'il y a « un avant et un après PLM ». L'utilisateur dispose par ailleurs d'outils pour mesurer le retour sur investissement, des métriques et des tableaux de bord qui montrent que le PLM est sorti de l'artisanat. « L'enjeu est de taille pour les éditeurs et l'on peut penser que le seuil d'entrée sur le marché sera de plus en plus haut », estime le spécialiste de Dassault Systèmes. La concentration de l'offre, qui est en marche actuellement, le prouve. Dassault Systèmes achète bon an mal an deux à trois sociétés (la dernière étant Seemage dans la documentation 3D). Oracle a acheté Agile, Siemens a repris UGS, Autodesk a toute la capacité d'investir dans ce domaine, et PTC séduira peut-être un grand groupe... C'est le début de la prise de conscience : le PLM est devenu une grande affaire stratégique.

Les spécialistes d'UGS, l'autre grand du PLM, 46 000 clients dans le monde et 3 millions de licences vendues, constatent eux aussi la démocratisation de l'approche et la maturation des solutions. « Les coûts d'appropriation de ces dernières baissent, expliquent-ils. La démarche concerne tous les services de l'entreprise avec l'avantage d'avoir une base de données unique. » En conséquence insistent-ils sur l'utilité du PLM pour les développements mécatroniques et, plus globalement, pour l'objectif recherché par toute l'industrie : « Faire bon du premier coup. »

Un processus à développer pas à pas

Comme pour l'ERP, des PLM "légers" permettent aux PME d'accéder à ce nirvana de la gestion industrielle. « Ces solutions sur étagère accélèrent la mise en oeuvre du concept, certains packages pouvant être installés en trois semaines seulement », insistent les spécialistes d'UGS qui soulignent également la maturation des utilisateurs. Leurs conseils : avancer à petits pas, soigner la méthode, poser des fondations solides au projet, construire un modèle de données sain, impliquer les utilisateurs très tôt en amont du projet...

Directeur technique de PTC, Guy Ladan considère lui aussi le PLM comme un processus progressif, qu'il faut développer pas à pas. Et il sait de quoi il parle car, situé à la troisième place du classement mondial des fournisseurs de PLM établi par CIMdata, PTC est également l'un des pionniers du concept. « Il faut avant tout réfléchir à un plan d'implémentation de la solution, établir des feuilles de route », avertit le spécialiste. Un bon conseil pour réussir son voyage sur la planète PLM, si riche en opportunités.

UNE CROISSANCE DE PLUS DE 10 %

Chiffré par CIMdata à 20,1 milliards de dollars en 2006, le marché mondial du PLM a connu une croissance qui a dépassé les prévisions. Les applications de travail collaboratif et de gestion de données (CPDM) ont pesé 6,9 milliards de dollars (soit une croissance de 12,9 %) tandis que la vente de logiciels (CFAO, simulation, etc.) a représenté 13,2 milliards de dollars (croissance de 9,2 %). « Une évolution naturelle pour cette démarche implantée avec succès ces dernières années aussi bien dans les grandes que dans les petites entreprises », estime Ed Miller, président du cabinet américain. Son champ d'application reste, selon l'expert américain, si vaste qu'il prévoit pour 2011 un chiffre d'affaires PLM avoisinant les 30 milliards de dollars. Le marché français fait, lui aussi, bonne figure avec 1,2 milliard d'euros de chiffre d'affaires et 8 % de croissance en 2007 selon Logiciel.org.

"LES SOLUTIONS ACTUELLES S'ADAPTENT PLUS FACILEMENT AUX BESOINS DES ENTREPRISES."

Industrie et Technologies : Que représente le PLM aujourd'hui ? Michel Rochon : La gestion du cycle de vie de produits doit être considérée comme une approche stratégique qui engage l'ensemble d'une entreprise et de ses fournisseurs s'il s'agit d'un donneur d'ordres. C'est aujourd'hui une démarche mature. À preuve : les entreprises importantes en sont déjà au stade du renouvellement de leur solution avec, à la clé, une deuxième génération d'outils PLM. I. T. : Comment définissez-vous ces outils ? M. R. : Il s'agit de solutions capables de répondre aux défis de l'entreprise étendue, qui intègrent de plus en plus d'outils de calcul et de simulation. Les solutions PLM de jeunesse nécessitaient de très lourds développements spécifiques car elles ne capitalisaient pas suffisamment l'expérience des utilisateurs. Leur maintenance était coûteuse. Ce n'est plus le cas des solutions actuelles qui offrent un bon niveau de standardisation et s'adaptent beaucoup plus facilement aux besoins de l'entreprise. I. T. : Comment évolue ce concept ? M. R. : Le PLM est de plus en plus utilisé non pour une seule phase du cycle de vie du produit (comme cela a été souvent le cas) mais pour toute la chaîne (de la conception à la fin de vie). Le bénéfice apporté s'en trouve considérablement accru. Par ailleurs l'utilisation des nouvelles technologies a ouvert la voie aux systèmes distribués et facilite grandement le travail collaboratif. L'intégration de la simulation numérique dans le PLM représente une évolution capitale pour les entreprises qui produisent des systèmes complexes.

LES BONS CONSEILS D'EURIWARE

Pour bien réussir un projet PLM, il est indispensable de : - Ne pas considérer le projet comme un projet technique mais comme une évolution culturelle de l'entreprise ; - Assurer un engagement fort de la direction générale ; - Évaluer l'impact de la reprise de données ; - Faire converger l'expression des besoins des utilisateurs avec les capacités du progiciel standard, en ne conservant les développements spécifiques que pour les composantes du PLM à forte valeur ajoutée.

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