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Interview

La lutte contre l'érosion des plages, source d'eau potable ?

La lutte contre l'érosion des plages, source d'eau potable ?

Jean-Yves Audrain, directeur général d'Ecoplage : "Assécher la plage pour la protéger"

© DR

Jean-Yves Audrain est directeur général d'Ecoplage. La société nantaise est spécialisée dans la protection des plages contre l'érosion. Elle envisage de coupler son procédé par drainage à la production d'eau potable ou de chaleur.

Industrie & Technologies : L'erosion des plages semble inexorable. Comment la technologie peut-elle lutter contre ce phénomène ?

Jean-Yves Audrain : Lors des tempêtes, les vagues prélèvent beaucoup de sable sur la plage. Ce phénomène est normalement compensé le reste de l'année, quand de multiples petites vagues au contraire en rapportent. L'érosion est un déficit dans ce bilan sédimentaire. Ce déséquilibre peut être naturel. Mais depuis 50 ans, il a été accentué par l'homme. A cause, par exemple, de la pression démographique toujours plus près du littoral. Elle impose la construction de digues. En leur présence, les vagues sont moins amorties. Elles repartent avec une grande énergie et emportent donc beaucoup de sable. Notre solution utilise les forces de la nature pour que la plage joue son rôle amortisseur. 


I&T : Par quel procédé ?

JYA :  Le rôle d'une plage est d'amortir les vagues. En s'écrasant, elles doivent perdre leur énergie. Notre système consiste à ensabler des tubes perforés entre 1,5 m et 2,5 m de profondeur. Le principe est d'assécher la plage. L'eau s'écoule par gravité dans les tubes, puis elle est pompée pour être évacuée. Asséchée, la plage est plus compacte et les grains de sable plus difficilement emportés par les vagues. En plus, quand le sable est sec, l'eau s'infiltre plus facilement. Avec deux conséquences : la vague perd son énergie et le sable en suspension se dépose.


I&T : Quelles sont vos perspectives d'innovation ?

JYA : Le procédé est mature. En dix ans, les Sables-d'Olonne (85) ont gagné 10 à 12 mètres de plage à marée haute et 30 à 50 centimètres d'épaisseur de sable. Leur plage récupère plus vite après une tempête. Autre exemple, Saint-Raphaël (83) n'a plus besoin de ramener chaque année du sable par camions. Nous envisageons désormais de réutiliser l'eau captée par notre procédé. Le sable est un vrai filtre. Il nettoie l'eau de ses impuretés. Pourquoi ne pas la dessaliniser ? Un kilomètre de plage suffirait à alimenter en eau potable une ville de quelques dizaines de milliers d'habitants. On pourrait aussi produire de la chaleur en couplant notre procédé à des pompes à chaleur. L'essentiel est que le projet soit économiquement viable. C'est à juger au cas par cas. Chaque plage est différente.

Propos recueillis par Thomas Blosseville

 

 

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