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Interview

La linguistique contre les infections nosocomiales

Muriel de Véricourt
La linguistique contre les infections nosocomiales

Fréderique Segond, docteur en mathématiques appliquées diplômée de l'EHESS, est responsable du groupe linguistique au centre de recherche européen Xerox.

© DR

Dans le cadre d'un projet de recherche européen, le groupe Xerox travaille sur un outil visant à alerter les médecins sur la survenue d'infections en milieu hospitalier. Frédérique Segond, responsable du groupe linguistique au Xerox Research Centre Europe et coordinatrice du projet, présente cette technologie.

Xerox est un acteur inattendu de la recherche sur les maladies nosocomiales… Comment vous êtes-vous retrouvés impliqués dans ce projet ?

Depuis plus de quinze ans, via son centre européen situé près de Grenoble, Xerox a une activité de recherche et développement dans le secteur de l’analyse de documents électroniques. Ces travaux ont trouvé des applications dans le domaine biomédical dès le début, par exemple pour détecter des interactions entre les gènes, extraire des données sur les effets secondaires des médicaments, aider les médecins à identifier les articles qui expriment une nouveauté dans un domaine précis, mener des recherches dans des brevets ou encore générer automatiquement des notices de médicaments dans différentes langues.
Le consortium Aladin-DTH a été créé en réponse à un appel d’offres de l’Agence nationale de la recherche (ANR), suite à la rencontre avec Marie-Hélène Metzger, qui s’occupait de la surveillance épidémiologique des maladies nosocomiales pour les hôpitaux lyonnais. Elle pense en effet que des informations pertinentes peuvent être extraites des dossiers des patients, qui sont de plus en plus sous forme électronique.


Comment fonctionne l’outil que vous avez développé ?

Il s’appuie sur une terminologie compilée par les partenaires du projet, en particulier le CISMeFet Vidal, pour repérer les noms d’antibiotiques ou de symptômes et les relier entre eux. Sont également traitées les données temporelles, comme le nombre de jours entre l’arrivée à l’hôpital et l’apparition de symptômes. A partir de ces informations, notre outil fonctionne comme un système expert à base de règles, capable d’envoyer une alerte s’il repère des informations qui peuvent faire penser à une maladie nosocomiale.


Quel intérêt présente cette technologie en termes d’amélioration de la qualité des soins ?

Dans un hôpital, les patients passent souvent d’un service à un autre, avec des outils et protocoles qui peuvent différer. Notre objectif consiste à dépister plus tôt et plus systématiquement les signaux d’alerte. Ce qui peut s’avérer d’autant plus utile que chaque membre du personnel soignant n’a pas nécessairement en tête tous les éléments du dossier d’un patient : ce serait inimaginable en termes de ressources humaines d’avoir quelqu’un qui relit systématiquement tous les dossiers! L’analyse linguistique permet de repérer les signes d’alerte et d’en faire part au personnel qualifié pour qu’il avise.


Quelles sont les prochaines étapes du projet ?

Depuis le mois dernier, les hôpitaux associés au projet situés à Nice, Lille, Rouen et Lyon testent un outil destiné à anonymiser les dossiers patients pour que le traitement des données qu’ils contiennent ne menace pas la protection des données personnelles. Ces mêmes hôpitaux testeront l’outil d’alerte à partir de 2011.


A qui cette technologie pourrait-elle être utile ?

A tous les hôpitaux et aussi, pourquoi pas, aux médecins de ville, si un dossier électronique était mis à leur disposition, pour qu’ils puissent détecter des maladies nosocomiales après la sortie de l'hôpital. Le même type de système et de technologies pourrait aussi être adapté pour d’autres applications, par exemple le suivi post-opératoire.

Propos recueillis par Muriel de Vericourt

 

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