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La haute fréquence en action

Wilfried Maisy

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Paris, 21 - 22 novembre 2007. Les intégrateurs, logisticiens et industriels multiplient les applications d'une technologie arrivée à maturité. Des centaines d'étiquettes RFID peuvent être lues simultanément à 5 mètres de distance.

Le troisième salon de l'identification par radiofréquence (RFID), à Paris fin novembre, a été quelque peu perturbé par la grève des transports. L'organisateur Reed Expo s'est néanmoins félicité d'une fréquentation en hausse, avec 1 800 visiteurs (1 200 personnes en 2006). Le premier salon européen entièrement consacré à cette technologie a apprécié la présence de 13 % d'étrangers.

Les quelque 70 exposants - éditeurs et intégrateurs, fournisseurs de technologies communicantes, fabricants d'étiquettes et de matériels d'identification - convergent vers un constat : les professionnels sont plus exigeants, plus précis dans leurs demandes. Les spécialistes de la RFID ont répondu par des applications concrètes de traçabilité dans l'industrie, le transport et la logistique.

Rappelons que la RFID consiste à abriter un numéro de série ou une suite de données dans une puce reliée à une petite antenne. L'ensemble peut être incorporé ou collé sur des produits. Pour exploiter les informations contenues dans les étiquettes ou tags, il faut disposer d'un lecteur spécifique. Celui-ci émet des ondes radio en direction de la capsule pour l'alimenter en énergie et l'activer. Plus la fréquence du lecteur est élevée, plus le débit est important sur de longues distances.

Les machines dialoguent entre elles

C'est le développement d'une technologie qui a permis l'ouverture du marché, en gestation depuis plusieurs années : les tags à haute fréquence de seconde génération, ou UHF GN2. « Ceux-ci permettent d'identifier plusieurs dizaines d'objets simultanément et presque instantanément, à une distance de 4 à 5 mètres, explique Jean-Christophe Lecosse, responsable veille technologique et innovation de Geodis et président de la toute nouvelle fédération FilRFID. Un portique de lecture peut reconnaître tout le détail d'une palette ou d'un carton passant à la vitesse de 20 km/h. L'UHF GN2 répond aux conditions des processus logistiques courants. Pour lire un ensemble d'objets fixes sur une palette, un travail manuel de lecture des codes-barres demande 2 à 3 minutes. Avec une raquette RFID, cela prend moins de 10 secondes. »

Psion Teklogix, fabricant canadien de terminaux mobiles utilisant des technologies de communication sans fil, équipe déjà de raquettes RFID à haute fréquence certains entrepôts.

« Après des pilotes chez Carrefour et dans le cadre des pôles de compétitivité, un nouveau modèle de raquette UHF GN2 sortira l'an prochain, annonce Pierre Bonnefoy, directeur des solutions RFID de Psion Teklogix. Celui-ci coûtera moins de 2 000 euros. Contrairement aux portiques de lecture, dont le prix atteint 15 000 euros, les matériels portables RFID se vendent déjà bien et sont un excellent moyen de démarrer un projet à un coût raisonnable. »

Par ailleurs, Psion a présenté sur le salon un prototype de solution alliant la RFID et la reconnaissance vocale. Ce dernier vise le marché de la préparation de commandes en entrepôt qui consiste à saisir des articles ou des colis et à les rassembler ailleurs conformément à une feuille de mission. Objectif : permettre aux opérateurs de travailler les mains libres pour manipuler des caisses, sans être encombrés par un clavier ou un terminal de lecture. L'outil se compose d'un boîtier RFID (fréquence UHF à 869,525 MHz) accroché à la ceinture de l'opérateur et d'un terminal Talkman T5 de Vocollect de reconnaissance vocale, lui aussi fixé à la ceinture ou à l'épaule. D'une part, le Talkman interprète les commandes informatisées et les restitue à l'opérateur sous forme de voix synthétisée. Inversement, il décode les indications du préparateur et les transmet numériquement au système central sur lequel tourne le logiciel utilisé par l'entrepôt. D'autre part, la ceinture RFID permet l'identification initiale d'une caisse qui contient tous les articles d'une commande. « Pendant que l'opérateur poursuit sa mission sans interruption, les machines dialoguent entre elles et valident les opérations », souligne Pierre Bonnefoy.

Sécuriser les transferts de fonds

Dans le domaine de la sécurité, l'intégrateur RFID Systèmes a présenté un pilote réalisé avec la société Brinks. Il s'agit de tracer des mouvements de fonds entre les caisses de grands magasins et les agences du convoyeur. Et de solidifier la chaîne de responsabilité entre les différents intervenants, tout en améliorant la rapidité d'exécution. Daniel Rat, directeur des activités de sécurité de Brinks, explique : « Aujourd'hui, une hôtesse place une certaine quantité d'argent dans une pochette identifiée par un code-barres. Le chef de magasin récupère l'ensemble des pochettes et les achemine au local des convoyeurs, où elles sont scannées de nouveau. Mais si deux pochettes se superposent, il peut arriver qu'une seule soit lue. Et il faut aller vite. Entre cette étape et le transfert des fonds, si une pochette disparaît, la responsabilité est partagée entre Brinks et le manager du magasin. »

L'apport de tags RFID sur les pochettes permet de lire rapidement toutes les puces dans le local, sans erreur possible. « La fiabilité est de 100 %, assure Daniel Rat. Les montants et l'identité des intervenants sont transmis au système d'information du magasin en temps réel. La responsabilité des chefs de magasin ne peut être mise en doute. Le pilote est réalisé depuis deux mois chez un de nos clients de la grande distribution. Il sera déployé à l'échelle nationale cette année. »

Contrôler les processus de fabrication en temps réel

Autre domaine phare d'applications RFID, la santé a fait l'objet d'une conférence spécifique sur le salon. La traçabilité et le respect des procédures dans le circuit de fabrication des produits pharmaceutiques sont en effet deux préoccupations majeures de l'univers hospitalier. Pour y répondre, la Pitié-Salpêtrière a acquis la solution de l'éditeur Axyome. À leur arrivée au centre, les matières premières sont identifiées puis taguées au moyen de puces RFID d'une capacité de 2 Ko. À chaque manipulation, les informations relatives aux produits - nature du principe actif, numéro de lots, date de péremption - contenues sur les puces sont transmises au système informatique de l'hôpital. Lequel contrôle la conformité des opérations et valide les étapes successives. Toutes les informations d'un dossier de fabrication sont enregistrées et disponibles en temps réel sur un serveur accessible via Internet. « Un système d'alertes, allant de 1 à 5 en fonction de la gravité, permet de prévenir tout dysfonctionnement, précise Olivier Bousquet, directeur général d'Axyome. Fonctionnant en circuit fermé, l'application utilise une centaine de tags réinscriptibles, réduisant ainsi son coût. L'investissement total a été de 20 000 euros. Par rapport aux codes-barres, les puces RFID ont l'avantage de bien tenir sur le matériel à stériliser. »

Des tags actifs, localisés et communicants

Le marché du tag actif - la puce est alors accompagnée d'une batterie pour émettre de manière autonome - connaît aussi un fort développement. Le prix de ces étiquettes a beaucoup baissé. Il est aujourd'hui de 14 à 40 euros contre 40 à 250 euros il y a un an. Les nouvelles technologies de batteries, plus fines, offrent des autonomies de plusieurs années. On peut intégrer aux tags actifs des capteurs (température, humidité, pression, choc), d'où de nombreuses applications potentielles en domotique, agronomie, logistique et santé.

Nomadic Solutions, fournisseur en informatique embarquée, a présenté sur le salon un système de géolocalisation lié à des tags actifs. Inséré dans un colis de valeur, transporté dans un camion, le tag envoie un signal à intervalles réguliers. L'émission atteint un boîtier "contrôleur" embarqué. En cas de manque, il génère une alerte. Il est relié à un second boîtier GPS et GPRS (systèmes de communication radio) qui transmet l'information à un serveur. Le client est prévenu du problème en temps réel. Le dispositif peut aussi inclure une fonction d'antidémarrage du véhicule. « Cette solution devrait faciliter les transports de produits à haute valeur ajoutée ou le contrôle de la chaîne du froid, par exemple, indique Philippe Orvain, directeur de Nomadic Solutions. Il est utilisé par un premier client en Suisse. »

Nomadic commercialise ces produits en partenariat avec les sociétés Ingécom et Lagassé, dont les contrôleurs sont interfacés avec sa gamme de boîtiers de géolocalisation Intellitrac (GPS-GPRS). Côté technique, le tag actif utilise une fréquence de 2,45 GHz. Il est construit avec des circuits de 0,18 µm Cmos (Complementary Metal Oxide Semi-conductor) à faible consommation. La durée de la batterie est de plus de quatre ans. La distance de lecture est réglable jusqu'à 35 m en standard. Le tag fonctionne sous des températures de - 35 à + 50 °C.

ENTENDU AU SALON

Le marché de la RFID a atteint 5 milliards d'euros en 2007, contre 2,3 milliards en 2006. Il devrait être multiplié par cinq dans les dix ans à venir. »

Laurent Noël, directeur du salon RFID

POUR SÉCURISER LES MARCHANDISES

> Le tag actif Nomadic-Ingécom 2,45 GHz permet l'identification et la microlocalisation d'objets ou de personnes. La durée de la batterie est de plus de quatre ans. La distance de lecture est réglable jusqu'à 35 mètres en standard. Le tag fonctionne sous des températures de - 35 à + 50 °C.

ÉTIQUETTE HAUTE FRÉQUENCE

> Les tags à haute fréquence de seconde génération, ou UHF GN2, permettent d'identifier plusieurs dizaines d'objets simultanément, et presque instantanément, à une distance de 4 à 5 mètres. Un portique de lecture peut reconnaître tout le détail d'une palette ou d'un carton, passant à la vitesse de 20 km/h.

POUR TRAVAILLER LES MAINS LIBRES

> La solution Psion Teklogix se compose d'un boîtier RFID (fréquence UHF à 869,525 MHz) accroché à la ceinture de l'opérateur et d'un terminal Talkman T5 Vocollect de reconnaissance vocale.

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