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"La France fait partie des premiers pays d’Europe pour le soutien aux jeunes pousses issues de la recherche fondamentale"

Alexandre Couto

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© Réseau SATT

Le 3 juillet dernier, François Jamet remettait à la ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Frédérique Vidal, un rapport sur le transfert de technologie aux start-up. Celui-ci fait suite à un autre rapport remis le 2 juillet par Jean-Lou Chameau dont les recommandations visent à faire émerger des campus d’innovation dans l’Hexagone. Les sociétés d'accélération du transfert de technologie (SATT), qui aident à valoriser la recherche académique, sont des éléments clés de l'écosystème français de l'innovation. Philippe Nérin, président de l'association réseau SATT, revient pour Industrie & Technologies sur les forces, mais aussi les défis que doivent relever les start-ups de la deeptech.

 

Industrie & Technologies : Quelle est votre perception des deux rapports remis en ce début juillet à la ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche ?

Philippe Nérin : Tout d’abord, ces deux rapports montrent une très bonne connaissance des rouages des systèmes de recherche et d’innovation en France. Ils sont dans l’ensemble bienveillants envers l’écosystème français. Si le rapport Jamet s’intéresse plus particulièrement au fonctionnement des SATT en tant que facilitateur pour les start-ups, les recommandations de M. Chameau portent d’avantage sur les universités en tant que pôles rassemblant les laboratoires, les entreprises, les start-up et les financeurs. Les deux rapports s’accordent toutefois sur le besoin de simplification, avec des organisations plus souples et moins centralisées, notamment sur le plan juridique et de la propriété intellectuelle des innovations. Nous ne pouvons que souscrire à cela : il y a bel et bien une complexité inhérente aux SATT et aux accélérateurs de l’innovation issue de la recherche, héritage d’un contexte mis en place avant leur création. Cette lourdeur est un frein notable à l’activité de ces organismes.

I&T : Le rapport de François Jamet s’intéresse particulièrement aux transferts de technologies vers les start-ups. Sont-elles aussi privilégiées dans les SATT ?

P.N. : En tant que SATT, notre rôle consiste à étudier les résultats de la recherche dans certains domaines, à les évaluer et à les protéger. Nous effectuons ensuite des investissements afin de maturer ces technologies. Au bout de ce processus, nous avons deux possibilités de commercialisation de l’innovation, soit en accompagnant une start-up, soit en effectuant un transfert vers une entreprise qui va ensuite l’intégrer. La première solution s’impose dans le cadre des innovations de ruptures. La deuxième concerne principalement les innovations incrémentales, la plupart du temps des améliorations d’un procédé existant. Actuellement, c’est du 50-50. Il y a autant de créations de start-ups que d’intégration en entreprise.

I&T : Cela a-t-il toujours été le cas ?

P.N. : A la création des SATT en 2012, nous nous attendions à porter davantage d’innovations incrémentales. Mais en réalité, il y a beaucoup d’innovations de rupture. Ce constat peut s’expliquer par le fait de travailler avec des organismes publics de recherche qui se situent à la frontière de la connaissance. C’est ce que nous qualifions de « deeptech ». Il y a forcément une rupture. Dans ce cadre, le modèle start-up est le plus pertinent, car l’ensemble des moyens de la start-up est dédiée à l’innovation, ce qui permet de développer la technologie jusqu’à son marché. Par ailleurs, nous mettons également en avant ce modèle parce qu’il est actuellement soutenu par des investissements d’Etat. La France fait partie des premiers pays d’Europe pour le soutien aux jeunes pousses issues de la recherche fondamentale.

I&T : Le rapport Jamet, s’il souligne l’engagement des SATT dans la création de start-up, met également en exergue des risques ou des sources de dérive. En particulier la prédilection des start-up pour le modèle de licences plutôt que celui de royalties ou encore des lancements de produits trop rapides…

P.N. :C’est un point qui est effectivement soulevé, notamment parce que le système de licence passe par un paiement initial (Up Front), qui, s’il est trop élevé, peut rendre, selon le rapport, la négociation difficile, donc la rallonger. Le système de royalties ne génère des revenus qu’après plusieurs années. Ce qu’il ne faut pas perdre de vue, c’est que le cycle de vie de certaines innovations peut être très court, notamment dans le numérique où un produit dure entre 3 et 5 ans. Dans ce cadre, le modèle par licence est le seul moyen de valoriser correctement l’innovation. Dans d’autre domaine, ce seront les royalties qui s’appliqueront mieux. Il n’y a pas de règle unique pour tous les domaines. En ce qui concerne les lancements qui seraient trop rapides, il faut prendre en compte la compétition internationale, en particulier américaine. Nos start-ups doivent aller rencontrer rapidement leurs marchés et leurs investisseurs, sous peine de rater le coche.

I&T : Le 5 juillet dernier, le ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation a dévoilé les résultats du concours i-lab qui récompense les meilleurs projets de création d’entreprises de technologies innovantes. Des start-ups issues du réseau SATT ont-elles été récompensées ?

P.N. : Pour cette 21ème édition, sur 75 jeunes pousses lauréates nous en avons accompagnés 24. Et sur les 10 grands prix qui ont été décernés qui distinguent les projets les plus remarquables, 3 sont issus du réseau SATT.

 

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